Et si le populisme était en définitive le meilleur moyen de sauver le capitalisme ? (15/05/2019)

Et si le populisme était en définitive le meilleur moyen de sauver le capitalisme ? Cette thèse, pour le moins hétérodoxe, est défendue de manière assez convaincante par Raghuram G. Rajan, ancien gouverneur de la banque centrale de l’Inde et actuel professeur de finance à la très réputée Chicago Booth School of Business, dans un article qu’il vient de publier (“Why capitalism needs populism”)*.

L’idée est en gros la suivante. Les «superstars» du genre Amazon ou Facebook qui, à force de gains d’efficience et d’économies d’échelle, dominent le monde (dominent en tout cas le marché aux Etats-Unis, sur lesquels l’auteur appuie sa démonstration), ces entreprises géantes déforment gravement les règles du jeu en échappant à toute forme de concurrence, que ce soit par la complaisance dont les autorités font preuve à leur égard, ou tout simplement du fait des barrières à l’entrée du marché que leur assurent les positions de monopole qu’elles ont réussi à s’assurer. Or l’histoire montre que ce sont le plus souvent des pressions venues de la base qui ont fini par imposer la réhabilitation d’un minimum de concurrence.

C’est ainsi, toujours aux Etats-Unis, le Populist Movement de la toute fin du 19e siècle, puis le Progressive Movement au tournant du 20e, qui sont à l’origine d’une série d’initiatives ayant conduit respectivement au Sherman Antitrust Act de 1890, premier exemple de droit de la concurrence dans son acception moderne, et au Glass-Steagall Act de 1933 qui, en réponse à la crise boursière de 1929, instaurait une stricte séparation des activités de banque de dépôt de celles de banque d'affaires (dispositif malencontreusement abrogé sous la présidence Clinton, et que dans un rare exemple de lucidité l’administration Trump envisage de rétablir sous une forme adaptée aux circonstances présentes).

L’auteur de l’article ne va pas jusqu’à suggérer que le radicalisme d’extrême-droite ou les appels au renversement du capitalisme par l’extrême-gauche soient de bons moyens de rétablir la concurrence, mais il souligne, à juste titre, combien le capitalisme a besoin d’être restauré sur des bases saines – savoir des règles de concurrence empêchant la formation de positions dominantes et garantissant une pleine ouverture du marché – mais combien aussi ce capitalisme triomphant mérite d’être accompagné de politiques suffisamment redistributives pour assurer à tous ceux qui s’en sentent exclus une pleine participation à la vie économique, et regagner ainsi la confiance du public dans les vertus de l’économie de marché. C’est dans cette mesure-là, conclut-il, que la critique populiste doit être prise en compte.

Si, prolongeant la démarche de Rajan, on en vient au fait et au prendre, il faudra bien finir par se pencher sérieusement sur l’avenir de la relation entre revenu et travail, et étudier sans idées préconçues les propositions visant à instaurer une forme quelconque de revenu universel, même si les tentatives menées à ce jour, au Canada et en Finlande notamment, n’ont pas convaincu.

 

 

 

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