Le monde à la merci d’un fou ? (11/07/2018)

On attribue volontiers la brutalité avec laquelle le président américain s’acharne à mettre à terre l’ordre international au fait qu’il tiendrait ses promesses de campagne et contenterait ainsi son électorat. Ce détour par le populisme est dans l’air du temps, puisque il rejoint d’autres manifestations de refermement sur soi qui ne s’observent pas seulement aux Etats-Unis mais aussi au cœur des plus vieilles démocraties européennes. Il y a cependant une autre explication, qui fait froid dans le dos. Et si Donald Trump était atteint de maladie mentale ?

Depuis plus de deux ans, tenants et opposants de la thèse psychiatrique échangent leurs arguments par médias interposés. Cela va, pour les seconds, de la version «soft» propagée par les admirateurs des audaces de ce «Madman» à celle qui fait de l’inconstance bouffonne de l’homme le plus puissant du monde un «symptôme de la brutalité régnante», comme le suggérait la chroniqueuse Laure Murat dans les colonnes de Libération en octobre 2016. Ces explications-là font de l’état actuel des choses une situation dont on finit par s’accommoder, le «clown moderne» installé à la Maison Blanche n’étant au fond que «l’avatar très concret du libéralisme sauvage, l’ultime rejeton de la dérégulation des marchés». Explications pratiques, qui donnent aux discours haineux des commentateurs anonymes sévissant sur les réseaux sociaux une sorte de justification a posteriori.

Mais l’hypothèse psychiatrique est d’une autre nature. Les 27 signataires de l’ouvrage collectif  «The Dangerous Case of Donald Trump» paru en octobre 2017, comme avant eux les dizaines de milliers de psychologues et psychiatres américains ayant signé en février de la même année une pétition demandant la destitution du président, soulignent les dangers que fait courir au monde ce cas patent de «narcissisme malfaisant».

S’il fallait encore y ajouter le poids des arguments économiques, on pourrait se référer à la tribune que vient de publier sur la plateforme Project Syndicate l’éminent économiste Jeffrey Sachs, accompagné de la non moins renommée psychiatre Bandy X Lee, experte en recherche forensique sur la violence et chargée de recherche pour le compte de l’OMS, persuadés eux aussi que Trump souffre d’au moins trois pathologies – paranoïa, absence d’empathie et sadisme – qui en font un danger réel pour le monde : «L'histoire, écrivent-ils, fournit de nombreux exemples d'individus mentalement diminués qui ont acquis de vastes pouvoirs en tant que sauveurs potentiels, pour finalement devenir des despotes qui ont nui gravement à leurs sociétés et à d'autres. La force de leur volonté́ et leurs promesses de grandeur nationale attirent une vaste opinion publique qui les soutient. Mais s'il y a une leçon à retenir de ce genre de pathologie au pouvoir, c'est que les résultats à long terme sont indéniablement catastrophiques pour tous».

Les États-Unis sont certes une très grande puissance qui importe beaucoup de voitures et de services bancaires de l’étranger, mais ce ne sont pas là des raisons suffisantes pour que le reste du monde, et singulièrement les Européens, se soumettent sans broncher aux menaces et rodomontades de leur fou de président.

 

 

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