Le bitcoin, bombe crypto-nucléaire ? (13/12/2017)

Le monde des crypto-monnaies, dont le bitcoin est sans nul doute le plus insigne spécimen, demeure pratiquement imperméable au commun des mortels. A première vue certes, ces monnaies virtuelles, émises ou plutôt fabriquées hors de tout contrôle étatique et néanmoins réputées infalsifiables, obéissent à quelques principes simples : elles sont comme l’argent comptant universellement accessibles, numériques (scripturales si l’on préfère) comme les dépôts bancaires et, bien que sans cours légal, ont au même titre que les monnaies classiques pouvoir libératoire dans les transactions dites «peer-to-peer» (c’est-à-dire sans intervention d’un intermédiaire). Mais, au-delà, que c’est compliqué !

Leur caractère inviolable repose en effet sur une alchimie informatique d’une rare complexité. Le bitcoin justement, dont le nombre final ne pourra, du fait de son architecture même, dépasser 21 millions d’unités d’ici 2140, est créé à l’occasion d’opérations dites de «minage» effectuées par des «mineurs» utilisant leurs capacités de calcul pour valider puis réunir sous forme de «blocs» liés les uns aux autres (d’où l’expression «blockchain») chaque transaction au moyen d’un algorithme aboutissant via une fonction de hachage à ce qu’on appelle une «preuve de travail». Les puissances de calcul mises en jeu ne cessent de grandir au fur et à mesure de l’augmentation du nombre de transactions ainsi validées et enchaînées, de telle sorte que l’énergie absorbée par les ordinateurs affectés au «minage» égale d’ores et déjà la consommation d’électricité de villes et même de pays entiers. Aïe !

Or, il semble bien que plus la chose se complique, plus elle soit de nature à aiguiser les appétits d’une foule d’acheteurs se précipitant sur ce nouvel objet de spéculation. Evalué à quelques millièmes à peine de dollar au moment de son apparition en 2009, le bitcoin s’est échangé pour quelques centaines de dollars jusqu’à fin 2016, puis à connu divers hauts et bas avant de tâter, ces derniers jours, les alentours de 15'000 dollars.

Sur la signification de cette envolée fulminante, les avis divergent. Les plus optimistes imaginent un bitcoin à plus d’un million de dollars pièce, puisque aucun obstacle concret ne semble pouvoir se placer en travers d’un cheminement aussi purement virtuel. D’autres superposent la route du bitcoin à celle d’autres objets de spéculation, tels les bulbes de tulipe dans la Hollande du 17e siècle, ou plus récemment la bulle Internet de 2000 ou la crise des subprime de juillet 2007. On pourrait y ajouter la cote incompréhensible de certaines œuvres sur le marché de l’art, comme les 58 millions de dollars atteints par le «Balloon Dog» de Jeff Koons en 2013 à New York.

A la différence cependant de ces bulles qui une fois dégonflées laissent tout de même quelques miettes à leurs ultimes acquéreurs, le bitcoin, notait récemment Jean Tirole, le Nobel français d’économie, n’a strictement aucune valeur intrinsèque, hormis le logiciel qui lui a donné vie. Mais le temps passe et d’autres crypto-monnaies verront le jour, comme celles d’ailleurs qui aujourd’hui déjà lui font concurrence ou se préparent dans les laboratoires de recherche de plusieurs banques centrales à commencer, qui sait, par la nôtre. 

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