Primes maladie: les ménages suisses presque champions du monde (08/07/2014)

Selon toute vraisemblance, les primes de l’assurance-maladie de base augmenteront de 4,5% l’an prochain. Pour autant la Suisse continuera de figurer dans la moyenne des pays, à vrai dire nombreux en Occident, consacrant un peu plus de 10% de leur produit intérieur brut aux dépenses de santé. Ce qui, après tout, est assez normal de la part de pays riches, et demeure encore loin des quelque 18% qui font des Etats-Unis, sous cet angle, un cas tout à fait exceptionnel.

En revanche, c’est la Suisse qui fait exception s’agissant du poids de ces dépenses pour les ménages. En 2011 (dernière année pour laquelle des données sont disponibles), leurs versements nets ont représenté presque 26% des dépenses totales de santé, soit presque le double de la proportion observée pour l’Allemagne, et plus du triple de celle observée pour la France. Par tête, en prix courants et en parité de pouvoir d’achat, la Suisse n’est dépassée que par la Norvège.

C’est donc bien ce poids, davantage que l’enveloppe globale des dépenses de santé, qui fait problème, et transforme chaque annonce de hausse des primes de l’assurance de base en un psychodrame national. Ailleurs, où les coûts de la santé se noient dans la facture globale de la prévoyance sociale et se financent en majeure partie par l’impôt, leur progression année après année passe pour ainsi dire inaperçue. En Suisse, cette progression est d’autant plus douloureuse que la notion d’assurance y est prise au pied de la lettre si l’on ose dire, les primes d’assurance-maladie continuant d’être calculées par tête, et non en fonction du revenu à l’instar des cotisations AVS, laquelle, contrairement à son nom, n’est pas une assurance à proprement parler.

Autre singularité helvétique, la part considérable (32%) que prennent ici les soins ambulatoires dans les dépenses totales de santé, au bas mot 30% à 40% plus élevée qu’ailleurs, alors que, contrairement à l’idée communément admise, la part attribuable aux hôpitaux – un gros tiers – s’inscrit dans la moyenne de pays comparables (Suède, Autriche, Pays-Bas).

Le «modèle suisse» est-il amendable ? Une caisse unique vaudrait-elle mieux qu’un simulacre de concurrence entre assureurs ? D’autres réformes sont-elles envisageables ? Las. Tout au plus pourrait-on mieux faire jouer la concurrence – la vraie ! – entre prestataires de soins, et renoncer à un système de tarification qui pousse à la consommation médicale. Mais les modestes gains d’efficacité qui en découleraient ne feraient qu’étaler un peu plus dans le temps une hausse des coûts de la santé qui, comme partout ailleurs, découle du vieillissement de la population et du progrès des techniques médicales. Mieux vaut, décidément, être riche et bien portant…

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