La dette des Etats-Unis n’est pas une dette comme les autres (22/10/2013)

Pour gigantesque qu’elle semble et est effectivement devenue, la dette publique des Etats-Unis n’est pas tout à fait une dette comme les autres. D’abord, son trait caractéristique est d’être détenue pour moitié par des créanciers externes.

C’est également vrai de la dette d’autres pays, mais les créanciers, moins officiels que privés, de ces derniers en détiennent pour des raisons tout différentes : les banques centrales de Chine et du Japon ont accumulé en quantité des bons du Trésor américain parce qu’elles y voyaient et continuent pour l’instant d’y voir une manière commode et sûre de placer leurs considérables réserves de change, tandis que les banquiers allemands et les assureurs français détiennent de la dette publique portugaise parce que celle-ci offre un rendement intéressant en échange certes d’un risque élevé – mais qui ne risque rien n’a rien.

 

Ensuite, la dette américaine est libellée en dollar, qui demeure la monnaie de référence, et est émise sous forme de titres de toutes échéances («bills», «notes», «bonds») aisément négociables sur le plus grand marché monétaire et financier du monde, ce qui en assure en permanence profondeur et liquidité, comme disent les spécialistes. En regard de ces attributs, la hauteur, qu’elle soit absolue (milliards) ou relative (pourcents du PIB), de la dette américaine ne joue à première vue qu’un rôle secondaire. D’ailleurs, sous le second de ces angles, elle n’a rien d’exceptionnel : à 110% du PIB à fin 2010, la dette publique brute des Etats-Unis est légèrement inférieure à la moyenne de l’OCDE (113%), sensiblement moindre que celle de la France (116%) et bien sûr de la Grèce (189%), et ne représente que la moitié de celle du Japon (233%).

Mais cela n’est vrai qu’à première vue. Si l’on y regarde de plus près, on constate que la dette extérieure des Etats-Unis, secteurs public et privé confondus, est aujourd’hui tout aussi importante que leur dette publique ; que son solde net, encore positif en 1985, est aujourd’hui lourdement négatif ; et que surtout il augmente toujours plus vite, au point de dépasser les 4500 milliards de dollars à la fin du 2e trimestre 2013. En d’autres termes, sous quelque angle qu’on le considère, l’endettement des Etats-Unis, conséquence d’un excès irréfréné de dépenses rendu possible par le rôle dévolu à leur monnaie, est en train de plonger le pays dans une spirale descendante qui se manifeste aujourd’hui par une baisse quasi ininterrompue du dollar et pourrait conduire demain à son abandon pur et simple en tant que monnaie de référence.

On dit parfois la chose impossible, faute d’alternative : l’euro est faible, le yuan peu convertible, le yen trop régional. Or il existe une unité monétaire qui pourrait fort bien un jour, à l’échelle internationale, jouer le rôle précurseur qui fut celui de l’ECU à l’échelle européenne : les DTS, ou droits de tirage spéciaux. Pourquoi, après tout, ne pas les tirer de la disgrâce dans laquelle l’abandon des changes fixes les avait fait tomber ?

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