Dette: comment jouer à se faire peur (19/12/2011)

Jouer, vraiment ? Voyez plutôt ce cercle presque parfait: des banques européennes s'apprêtent à faire appel à l'aide publique, pour la raison que les tests de résistance organisés par l'Etat ont montré que les créances qu'elles détenaient sur lui (ce qu'on appelle les «obligations souveraines) avaient perdu tellement de valeur qu'elles n'étaient plus, du coup, suffisamment capitalisées.

Il n'y a pas que le serpent européen à se mordre ainsi la queue. Les Etats-Unis ne sont pas mal lotis non plus: on a pu calculer que les dépôts bancaires assurés par la FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation), qui se définit elle-même comme une agence indépendante «créée par le Congrès pour maintenir la stabilité et la confiance du public», que ces dépôts bancaires, donc, représentaient 337 fois la somme dont l'agence dispose. Si bien que, ­dans le cas - qu'on espère évidemment très peu vraisemblable - où les déposants prendraient peur et voudraient retirer leurs avoirs, le système bancaire américain dans son ensemble se révélerait n'être rien d'autre qu'une immense chaîne de Ponzi et s'effondrerait comme un château de cartes.

L'Etat fédéral américain lui-même, censé dans cette hypothèse lui voler au secours, ne pourrait guère, surendetté qu'il se trouve déjà, faire autrement qu'inviter la Réserve fédérale à émettre des dollars en quantités astronomiques, qui ne vaudraient dès lors pas beaucoup plus que les assignats de 1789. Et encore n'aurait-il pas, cet Etat, tenu compte de l'ensemble de ses engagements dans la durée, tels que le modèle Auerbach-Gokhale-Kotlikoff de comptabilité générationnelle (1994) permet de les évaluer. Calculé de cette manière, le fiscal gap équivaudrait à 5 fois le PIB américain ! Pour le combler, il faudrait rien moins que doubler pour toujours le taux des impôts sur le revenu.

Ceux qui se moquent doucement de ces Etats-Unis en faillite virtuelle omettent de remarquer que presque tous les pays développpés se trouvent peu ou prou dans la même situation. En Suisse non plus, s'il fallait rembourser tous les déposants des banques, l'assurance des dépôts n'y suffirait pas avec son plafond de 4 milliards de francs, alors que le total des seuls avoirs à vue de la clientèle dépasse les 570 milliards. Et la comptabilité générationnelle laisse aussi la Confédération et les cantons dans une situation financière pour le moins délicate.

L'un des économistes américains susnommés, Laurence Kotlikoff, fervent partisan d'une réforme complète du système bancaire, a rassemblé ce genre de constats effrayants dans un ouvrage (Jimmy Stewart is dead) qui a fait l'an dernier pas mal de bruit dans le monde anglo-saxon, mais n'a curieusement rencontré aucun écho chez nous. Une voix de plus dans le désert, sans doute.

 

 

 

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