Le blog de Marian Stepczynski

  • La finance durable, qu'èsaquo ?

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    Dans l’un de ses derniers «Repérages», le Centre genevois de droit bancaire et financier (CDBF) pointe du doigt deux circulaires de la FINMA qui semblent «nudger» les banques et les assurances vers l’investissement durable. Voilà quiappelle quelques éclaircissements, que fournit heureusement Jeremy Bacharach, l’auteur de ladite note.

    Nudger, verbalisation de l’affreux anglicisme «nudge», signifie encourager ou inciter à changer de comportement en dehors de toute contrainte ou interdiction, ainsi que l’a formalisé le prix Nobel d'économie 2017 Richard Thaler.

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  • Et si la BNS distribuait son énorme trésor…

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    Si l’on y réfléchit, la Banque nationale suisse s’est, pour la bonne cause, aventurée sur une voie à sens unique. Car selon toute probabilité, les pressions sur le franc, monnaie refuge, vont perdurer, et conduire l’Institut à répéter chaque fois que nécessaire ses interventions sur le marché des changes pour en empêcher la hausse. Résultat, ses avoirs en devises ne cessent d’augmenter – ils ont passé de 46,5 milliards de francs à fin 2005 à 892 milliards à fin 2020 – et génèrent ipso facto (puisque ces devises sont placées) des revenus supplémentaires qui grossissent ses fonds propres.

    Maintenant, imaginons qu’à l’inverse, par impossible, le franc se mette à baisser tout seul : la conséquence en serait que la BNS enregistrerait une plus-value de ses actifs, c’est-à-dire un gain comptable qui viendrait à son tour grossir ses fonds propres ! Le résultat de cette politique monétaire est donc bel et bien à sens unique : quoi qu’elle entreprenne, la BNS engrange, année après année ou presque (il lui arrive exceptionnellement de perdre), des bénéfices, et par conséquent des fonds propres, de plus en plus élevés.

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  • Multinationales taxées à 15% et maintenant sus aux flibustiers du Web

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    La fin ne justifie pas toujours les moyens, mais cette fois-ci est la bonne. L’accord en matière de fiscalité internationale auquel sont parvenus la quasi totalité des pays sous l’égide de l’OCDE montre que lorsque l’intérêt commun est en jeu, les souverainetés domestiques finissent par plier. Au départ, on ne donnait pas cher de la croisade menée contre l’optimisation fiscale dont les grandes multinationales se sont fait une spécialité. Mais voilà : les centaines, que dis-je, les milliers de milliards de dépenses publiques engagées pratiquement sans compter pour la relance de l’économie et qu’il faudra bien financer un jour ont levé le scepticisme habituel en l’espèce, et rendu possible un consensus que l’on croyait hors de portée.

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  • Le télétravail, denrée mobile mais périssable

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    Après l’immigration non contrôlée, les ennemis de la libre circulation vont se découvrir un nouvel os à ronger : l’emploi délocalisé. En l’occurrence, il ne s’agit pas du remplacement de la main-d’œuvre locale par celle d’entreprises transplantées dans des pays à bas salaires, mais des opportunités offertes par le télétravail. Puisque, la pandémie l’a confirmé, il est parfaitement possible d’expédier à la maison tous ceux dont l’outil est l’ordinateur, plus rien ne s’oppose à ce que la domiciliation de la place de travail se fixe partout ailleurs dans le monde. Il y a, dans cette perspective, beaucoup à gagner et à perdre pour l’employeur comme pour l’employé (des gains de productivité, des heures non comptées, un doux mélange entre temps ouvré et loisirs), mais à coup sûr une évolution irréversible dont on devine à peine les effets futurs sur les structures économiques.

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  • La Ville de Genève, une sous-préfecture ?

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    La rencontre sinon inopinée du moins tardivement agendéeentre Biden et Poutine sur les hauteurs du parc La Grange a passagèrement hissé Genève en tête des news mondiales au milieu de la semaine dernière. Cette heureuse diversion,interrompant une succession de mornes nouvelles au sujet de l’avenir du «chef-lieu» – comme disent volontiers nos amis vaudois – de ce canton-ville, nous console un peu. Car, à force de rabrouements populaires successifs (contre le MAH, les tours trop hautes, les Vernets, la Cité de la Musique, les abattages d’arbres, la densité du PAV et j’en passe), on était en train de dériver gentiment vers l’insignifiance, bref, vers la fin de la Genève internationale, seule ville de Suisse dont le nom soit connu dans le monde entier.

    Comme le relevait Isabelle Graesslé lors de l’inauguration du Musée international de la Réforme qu’elle dirige, «seuls 17% des Genevois se disent protestants, mais ils sont conscients que, sans Calvin et la Réforme, leur ville serait restée une petite sous-préfecture de province». 

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  • Au secours du 1er pilier

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    L’AVS n’a pas à proprement parler de défaut structurel, sauf à considérer que les systèmes de retraites par répartition soient par définition nuls et non avenus. Ce qui pèche avec ce premier pilier, c’est l’incapacité du législateur, qui en tient les clefs, à accepter l’évolution démographique pour ce qu’elle est. La population vieillit, l’espérance de vie s’allonge, surtout celle des femmes, et l’assiette de financement rétrécit. Pas étonnant, dans ces conditions, que les comptes de l’assurance sociale se détériorent, plus ou moins rapidement selon la situation économique, puisque la plus grande partie des entrées dépend – encore – du taux d’emploi de la population active, donc de la masse salariale.

     

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  • L’inflation, cette fois-ci pour de bon ?

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    L’inflation n’est plus tout à fait celle souhaitée, et commence même à devenir problématique. Ce qui était souhaité par les autorités monétaires, c’était un taux de renchérissement en hausse, mais inférieur de justesse à une limite fixée plus ou moins arbitrairement à 2%. Ce qui est en train de se produire, c’est presque le double dans la zone OCDE(+3,3% sur un an à fin avril), beaucoup moins en Suisse certes (+0,3%), mais nettement plus que l’an dernier à pareille époque (-1,3%).

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  • Suisse-UE : l’erreur historique

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    Qu’est-ce qui n’a pas été dit et écrit sur l’arrêt brutal des négociations avec Bruxelles ! Le projet d’accord institutionnel aurait été mauvais, alors qu’on y travaillait depuis 2008, et que l’idée remonte même à 1997. Il aurait, selon la version officielle, de toute façon été rejeté en votation populaire, ce qui en dit long sur le courage de l’autorité fédérale, qui n’ose affronter l’opinion. On mesure ici les limites de la démocratie directe, dont les instruments corsètent l’action gouvernementale par la perspective de rejets populaires qui se manifestent à la moindre occasion.

    Fines fleurs de nos institutions politiques, les droits d’initiative et de referendum ont beau être la fierté de la Suisse, on ne veut pas voir que, sur les sujets centraux, ils l’enferment dans des contradictions qu’elle est inapte à surmonter. Il faut donc cesser de s’abriter derrière la formule « le peuple a toujours raison ». Le peuple n’est pas idiot, il demande juste à être informé à la juste mesure. Dans le cas d’espèce, la faute de l’échec échoit intégralement au Conseil fédéral, qui n’a pas pris la peine, inutile a-t-il peut-être considéré, d’expliquer au public la vraie nature des enjeux et des risques encourus à refuser d’y souscrire.

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  • Le bitcoin? Une marchandise.

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    Feriez-vous confiance à une monnaie qui, même si elle remonte ensuite, perd la moitié de sa valeur en quelques jours ? Sûrement pas. Donc, le bitcoin n’est pas une monnaie, puisque le propre d’une monnaie est, outre ses fonctions de moyen de paiement et d’unité de compte (deux fonctions que cette crypto-monnaie ne remplit au demeurant qu’imparfaitement), de servir de réservoir de valeur. Unréservoir ne peut être un puits, non pas sans fond, mais dont le fond varie de hauteur au gré des circonstances.

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    Lien permanent Catégories : Banques, Banques centrales, Bitcoin 0 commentaire
  • «Cette vidéo n’est pas disponible dans votre pays»

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    Combien de fois, frustré, le téléspectateur romand n’est-il pas tombé sur cette annonce en essayant de rejoindre une chaîne européenne coutumière du genre. On ne va pas en faire tout un fromage, mais tout de même. Il y a dans cette minuscule déconvenue un exemple parlant (quoique cette restriction géographique tienne plutôt à une question de droits de diffusion que l’UE peine à régler*) de ce que pourrait signifier pratiquement le fait d’être tenu à l’écart de la construction européenne.

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  • Quand la sécurité tue l’épargne et les banques

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    Parce qu’elles rechignent à faire crédit ou que tout simplement peu d’emprunteurs les sollicitent, les banques parquent leurs liquidités sur leurs comptes auprès de la banque centrale. Les chiffres sont éloquents à cet égard. Alors que l’ensemble de leurs crédits en Suisse n’ont augmenté que d’un peu plus de 40% en 10 ans – et encore essentiellement en prêts hypothécaires (+50%), les autres crédits n’ayant crû que de 15% – leurs avoirs en comptes de virement auprès de la BNS ont été multipliés par quinze !

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    Lien permanent Catégories : Banques, Capital, Futur, Taux d'intérêt 1 commentaire
  • La dette Covid, vrai ou faux problème ?

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    C’est selon. Le fait est que les sommes gigantesques allouées à différents soutiens correspondent à des engagements publics qu’il n’est pas compliqué de financer pour l’instant puisque l’épargne abonde. Mais ensuite ?

    Toute la question tiendra dans l’attitude des épargnants. Pour l’heure, faute de visibilité et face à l’incertitude, la masse de pouvoir d’achat qui est thésaurisée ne semble pas devoir se déverser d’un coup sur les marchés des biens et services au prix d’une inflation non contrôlée. Cette épargne en partie contrainte, en partie volontaire, finance indirectement la compensation de revenus momentanément non disponibles pour cause de confinement. Mais ensuite ?

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  • Bientôt aussi endettés qu'après la IIe guerre

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    Aux dernières nouvelles, la dette publique de l’ensemble des pays du monde atteindrait quelque 85'000 milliards de dollars, soit presque 100% de leur produit intérieur brut. Cette somme gigantesque, que les aides de toute nature accordées aux victimes de la pandémie ont évidemment contribué à grossir (et qui n’englobe pas la dette privée, trois fois supérieure !), n’a pas son pareil dans l’histoire, sauf peut-être au lendemain de la seconde guerre mondiale, quand les dettes cumulées des seuls pays vainqueurs avaient frisé les 125% du PIB.

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    Lien permanent Catégories : Dette, Etats-Unis, Fiscalité 10 commentaires
  • Le côté sombre de la nature humaine

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    Il y a quelques années de cela, David Bosshart, tête pensante de l’Institut GDI de Rüschlikon, avait capsulé dans la formule «Geiz ist Geil» (la pingrerie, c’est génial) les comportements du consommateur d’aujourd’hui, qui porte volontiers son choix sur les produits de la gamme M-Budget ou Prix Garantie* sans renoncer pour autant aux delicatessa de chez Globus. Les hauts et les bas de la consommation moderne mordent ainsi sur le gros de la gamme moyenne jusqu’ici dominante, ce que tous les distributeurs ont eu loisir de constater.

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  • Ici, à Genève, enseigna le «père» de l’euro

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    Genève voit passer, vivre, discourir et enseigner nombre de célébrités qu’on oublie presque de compter tant il y en a eu. Parmi elles, il faut évoquer ici les quelques années (1965-1975) de lectures données à l’Institut – qui n’était pas encore l’IHEID, mais déjà l’IUHEI, fondé par William Rappard du temps de la SdN, en 1927 – par un prix Nobel d’économie d’origine canadienne, le très respecté Robert Mundell, décédé il y a quelques jours, considéré urbi et orbi comme le «père de l’euro» pour les raisons que l’on va voir.

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  • Inflation: Anne, ma sœur Anne...

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    L’inflation est-elle en train de se rappeler à notre bon souvenir ? Peu en doutent, tant les signes précurseurs et les raisons de le penser sont nombreuses : taux longs qui se redressent, objectifs et prévisions des banques centrales révisés à la hausse, dépenses de consommation bridées par la crise sanitaire mais prêtes à repartir au moindre desserrement des contraintes, etc. 

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  • L’immobilier, saison 2

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    Après avoir exemplifié ici même les causes de la pénurie de logements locatifs à l’aide du cas berlinois, venons-en à l’autre saga immobilière, celle de l’impossible accès à la propriété dans ce pays et tout particulièrement à Genève.

    Il y a exactement trente ans, un groupe de travail formé à l’initiative de la CEG d’alors (Caisse d’Epargne du Canton de Genève) avait identifié ce qu’étaient les raisons principales d’une offre insuffisante et d’une constructiontrop coûteuse. On cherchait surtout à l’époque les moyens de répondre à la pénurie de logements bon marché, mais l’analyse ne passait pas à côté des motifs plus généraux du déséquilibre immobilier, symbolisé par l’image, bien connue des économistes, de la paire de ciseaux*.

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  • Moins de monde sur la planète, un bien ou un mal ?

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    On meurt beaucoup dans les grandes épidémies, et celle du Covid-19 ne fait pas exception. Au dernier comptage, elle aurait fait plus de 2,7 millions de victimes. Ce ne sont pas fort heureusement, et de loin, les mêmes ravages que ceux causés par la grippe espagnole de 1918-1919 (entre 20 et 100 millions de morts), mais c’est davantage que ceux imputés à la grippe asiatique de 1956-1958 (1,1 million), et on n’en a pas fini avec ce maudit virus. 

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    Lien permanent Catégories : Futur, Population, Prévoyance 5 commentaires
  • Logement : la leçon de Berlin

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    Genève n’est pas Berlin, mais la leçon de l’une vaut pour l’autre. Dans l’intention louable de freiner une hausse devenue explosive, le Sénat (municipalité) de la ville-Land a introduit en février 2020, puis renforcé à diverses reprises, un gel des loyers («Mietendeckel») d’une durée de cinq ans obligeant les propriétaires d’un bon million et demi de logements à en maintenir, et cas échéant réduire, les loyers à leur niveau de juin 2019. Porté en appel devant la cour constitutionnelle de Karlsruhe par une société propriétaire de plusieurs milliers d’appartements, objet d’une multitude d’expertises juridiques, et évidemment contesté par l’opposition à la coalition rose-verte au pouvoir dans la capitale, le dispositif, d’une rare complexité (il prévoit douze niveaux de loyer s’étageant de 3,92 à 9,80 euros le mètre carré au maximum selon l’âge et le niveau de confort du logement*), a déclenché comme on pouvait s’y attendre un vaste débat sur l’efficacité de ce genre de mesure. 

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    Lien permanent Catégories : gouvernance, Immobilier, Prix 1 commentaire
  • 1900 milliards pour la planète!?

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    Arraché au forceps à un Sénat divisé comme jamais, le plan de relance à 1900 milliards de dollars de l’administration Biden soulage en même temps qu’il inquiète. En contraste total avec celui dont l’administration précédente se targuait (puisque, au lieu de miser comme ce dernier sur des baisses d’impôt allouées aux riches, le programme démocrate, assez keynésien, promet un large soutien aux classes modestes), la stimulation qu’il  va imprimer à l’économie américaine aura sans aucun doute pour effet de déclencher un redressement massif de la consommation.

    Trump se vantait de restaurer une force de frappe industrielle par des investissements qui n’ont pas réellement suivi. La dépense des ménages, elle, ne se fera pas prier : non seulement l’immense majorité des Américains n’en avaient plus les moyens, mais ceux qui le pouvaient ont préféré épargner dans l’attente de jours meilleurs. Joignez les deux, et vous verrez la consommation exploser. L’investissement, forcément, suivra.

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