Le blog de Marian Stepczynski

  • La concurrence, bijou à dorloter

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    Quand on est né, économiquement parlant, dans l’admiration du marché et de sa principale règle de fonctionnement, la concurrence, on ne peut que réfuter toutes formes d’excuses à son non respect. Margrethe Vestager, la vice-présidente exécutive de la Commission européenne et commissaire à la concurrence depuis 2014, est de cette trempe-là, elle qui n’a jamais dévié de sa trajectoire, quitte à ne pas se faire que des amis au sein du Conseil européen. On se rappelle les amendes et redressements colossaux qu’elle a infligés à Apple en 2016 et à Google en 2017, son refus de la fusion Alstom-Siemens, et surtout cette phrase, lâchée en novembre dernier dans une interview au quotidien belge Le Soir: «Lorsqu'il y a des champions européens, c'est parce qu'ils ont été stimulés par la concurrence, et non parce qu'ils ont été biberonnés et chouchoutés». Elle s’opposait ainsi frontalement aux idées avancées par le ministre français de l’économie Bruno Lemaire («L’Europe a besoin de champions industriels»), qui entend, de concert avec son homologue allemand Peter Altmaier, obtenir une révision du droit européen de la concurrence.

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  • Arrêt sur image, ou saut dans le vide ?

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    La chute verticale des activités déclenchée, il y a maintenant deux mois, par la mise en quarantaine d’un nombre croissant de pays et de populations se révélera-t-elle au bout du compte un simple arrêt sur image, de sorte que tout repartira non point comme avant mais assez rapidement pour effacer les traces laissées par le confinement, ou faut-il au contraire s’attendre à une lente remontée des activités, accompagnée d’un chômage persistant et d’une multiplication des faillites ?

    La prévision ici est hasardeuse, car rien de tel ne s’est jamais produit. On peut tout juste s’aventurer à prédire que ce qui était faible et fragile avant la pandémie résistera moins bien que ce qui était déjà puissant et efficace. Et que la remise sur pied des systèmes et services publics malmenés par la crise (santé, transports en commun, assurances sociales) engendrera des besoins de financement outrepassant toutes les limites budgétaires connues.

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  • La BNS prise au piège de ses avoirs

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    Les colossales réserves de change de la Banque nationale suisse (280 milliards de dollars, 304 milliards d’euros, et ainsi de suite) aiguisent les appétits. Avec un pareil actif, qui porte les 852 milliards de francs de total de bilan bien au dessus du produit intérieur brut de la Suisse (700 milliards et quelques à fin 2018), l’Institut d’émission enregistre, au gré des fluctuations des marchés, des gains et des pertes d’une ampleur qui donne le vertige. Les gains l’emportent toutefois dans la durée, bien que le portefeuille soit composé et géré de manière conservatrice : un peu d’or (52 milliards) comme le veut la loi, et des titres sûrs, composés à 80% d’obligations (dont 70% d’obligations d’Etat), pour 20% seulement d’actions. De sorte que les bénéfices accumulés continuent en moyenne de grossir, au point que les fonds propres dépassent les 167 milliards de francs (situation au 31 décembre 2019)*.

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  • Imbroglio juridico-monétaire en Europe

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    Lorsque le droit se mêle d’économie, on peut être sûr que les choses sont parties pour durer. En l’occurrence, l’affaire porte sur un sujet éminemment délicat, celui des compétences respectives de l’Union européenne et de son membre le plus influent et le plus puissant, on aura reconnu l’Allemagne, en matière de politique monétaire.

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  • Comment se figurer le monde d’après

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    L’irruption d’un virus inconnu bousculant nos vies ordinaires a fait éclore toute une série d’initiatives visant à façonner ce que pourrait être le monde de demain. Ces avions sagement alignés sur les tarmacs, on imagine s’en passer désormais. L’absence de trafic ayant rendu le ciel inhabituellement bleu, on suggère d’en profiter pour bannir carrément la voiture du centre-ville à l’avenir. Et ce télétravail, testé avec un succès acceptable, pourquoi ne pas en faire la règle partout où on l’a introduit ? Un monde presque parfait ainsi campé, ne reste plus qu’à l’imposer dans la réalité.

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  • En vue : un endettement colossal

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    Le confinement, moyen grossier (mais y en avait-il d’autre ?) de ralentir la propagation du virus, a déclenché le choc conjoncturel le plus brutal que le monde ait connu depuis la guerre. Avec la même détermination qu’ils ont mise à déployer séance tenante les remparts sanitaires, les gouvernements ont construit, en tapant au hasard dans l’arsenal des moyens monétaires et budgétaires à leur disposition, des plans de soutien des entreprises et des ménages frappés par la chute des revenus. Ce sont, si on les additionne, des milliers de milliards au total qui auront été ainsi annoncés, et pour partie déjà débloqués.

    Seront-ils efficaces ? Bien malin qui pourrait aujourd’hui en juger. Etant donné qu’on est incapable de prédire le temps que prendra le déconfinement, et encore davantage d’en évaluer les retombées secteur par secteur, on ne sait pas ce qu’il en ressortira en termes de finances publiques, sinon que presque partout les ratios d’endettement vont exploser, eux qui étaient déjà élevés depuis la crise financière de 2007-2008. Ils franchiront allègrement les 100% du PIB dans les pays fortement endettés, s’en approcheront aussi aux Etats-Unis et pourquoi pas en Allemagne, pour ne pas parler des 150% italiens et des plus de 200% japonais.

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    Lien permanent Catégories : Chine, Chômage, Croissance, Dette, Futur 5 commentaires
  • Le problème des aides tous azimuts

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    On ne peut que comprendre la détresse financière des prestataires de services en tout genre, sanitaires, culturels, cosmétiques, etc. privés de la moindre possibilité de «faire entrer de l’argent», et tenter d’y remédier. Reste que distribuer du pouvoir d’achat à large échelle sans qu’existe, en face, une production correspondante, pose un problème macro-économique qui n’est simple ni à comprendre ni à résoudre.

    Si en effet la distribution se généralise, dans le cas extrême, à l’ensemble de la population active confinée, elle n’équivaut plus à une prestation d’assurance, financée selon le principe de la prise en charge collective des risques, mais elle représente bel et bien une dépense sans contrepartie. Il en résulte par définition un excès de demande sur l’offre, ce qui est la condition d’apparition de l’inflation.

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  • On a sorti la grosse artillerie

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    En 2007-2008, ce sont les banques centrales qui s’étaient trouvées en première ligne pour empêcher que la crise financière n’emporte l’économie. En 2020, pour barrer la route à une crise d’ampleur à ce jour encore inconnue mais qui selon toute vraisemblance, si on la laissait filer, se révélerait au bout du compte du même ordre de grandeur que celle des années 30, ce sont les Etats qui, à coup de milliers de milliards, volent au secours de pans entiers de l’économie.

    Les banques centrales sont également de la partie, mais moins pour soutenir un système bancaire dans l’ensemble plus solide qu’à l’époque, que pour empêcher que ce flot inédit de dépenses publiques n’entraîne une remontée des taux d’intérêt et par contrecoup l’insolvabilité de bon nombre de pays surendettés.

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  • «On vous l’avait bien dit !»

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    Et voici venu le temps des redresseurs de torts et des justiciers du jour d’après. Ecoutez-les : «Comment se fait-il que la Suisse, patrie des pharmas, soit incapable de fournir les masques et les solutions hydro-alcooliques dont nos soignants débordés ont un cruel besoin ? Comment n’a-t-on rien vu venir, alors qu’une pandémie de cette nature nous pendait au nez depuis que des scénarios catastrophes l’avaient annoncée que chacun pouvait consulter ? Comment des gouvernements, dont les ministres de la santé au premier chef, ont-ils pu fermer des hôpitaux et laisser s’étioler les budgets du secteur médico-social alors que les besoins de populations vieillissantes allaient visiblement augmenter même avant que surgisse cette cochonnerie de virus ?».

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  • Un stress test grandeur nature

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    Les épreuves d’effort (stress tests en langage administratif) imposées aux établissements bancaires après la débâcle de 2007-2008 avaient rendu obligatoires des recapitalisations censées leur permettre de résister aux chocs les plus rudes. Les régulateurs avaient imaginé à peu près tous les cas de figure, mais on doute qu’ils aient prévu une pandémie grossissant à la vitesse de l’éclair et soumettant les branches d’activité liées à la circulation des personnes – transport (aérien surtout), tourisme, hôtellerie, restauration – à une chute quasi instantanée de leur activité, donc à l’évaporation complète ou presque de leurs entrées de recettes.

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  • Le bon côté (s’il y en a un) de la crise

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    Un virus, et tout s’arrête, titrait-on ici même il y a quinze jours. On ne croyait pas si bien dire. Le monde se ferme et se renferme, toutes les activités stoppent net, les flux de paiement, salaires et dépenses diverses, tarissent à la source, du jamais vu y compris lors des chocs pétroliers et des vagues d’attentats terroristes.

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  • Des milliards jusqu’à plus soif

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    Aux dernières nouvelles (28 février), les réserves de change de la Banque nationale suisse s’élèvent à 821,4 milliards de francs. Leur principale contrepartie, au passif du bilan, est représentée par les dépôts des banques (leurs «avoirs en compte de virement»), qui ont peu varié depuis le début de l’année, et dans une moindre mesure par les avoirs d’autres institutions – Centrale de compensation AVS, SIX-clearing, SUVA, grandes caisses de pensions, assurances, etc. – autorisées à déposer leurs liquidités auprès de la BNS. Ces avoirs-là ont augmenté de presque 10 milliards (+11%) depuis le 3 janvier (ce qui, soit noté au passage, en dit long sur la frilosité de ces institutions, plus enclines à thésauriser qu’à placer leurs encaisses excédentaires).

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  • Un virus, et tout s’arrête

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    Avocats de la cause féminine et champions de l’urgence climatique n’ont qu’à bien se tenir : un virus pas si létal que ça est en train de les remplacer sur l’agenda des priorités, mettant la planète médiatique sens dessus dessous et semant le chaos dans la gouvernance mondiale. Il se pourrait même, si les choses durent voire s’aggravent, que l’économie bascule carrément dans la récession, à la manière de ce qu’avaient entraîné la crise des subprimes ou, plus loin encore dans le temps, les crises pétrolières.

    Deux sortes de caractéristiques font toutefois la différence.

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  • En route vers la parité ?

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    Mine de rien, la Banque nationale suisse s’accommode d’un recul progressif de l’euro, tombé ces derniers jours à 1.06 franc, c’est-à-dire à un niveau qui, il n’y a pas si longtemps de cela, aurait fait hurler les exportateurs, et qui, quelques années plus tôt et à quelques décimales près (on s’était même approché à une occasion de la parité), avait justifié l’introduction momentanée d’un cours plancher.

    Pour expliquer ce qui ressemble à un abandon ou à une manifestation d’impuissance face aux forces du marché, on invoque généralement un différentiel d’inflation qui amenuise peu à peu la surévaluation effective du franc, sans compter l’œil sévère que Washington porte à nouveau sur la Suisse, soupçonnée de manipuler le cours de change de sa monnaie.

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  • L’économie américaine va bien. Vraiment ?

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    Les budgets, Donald Trump n’en a cure. Alors que, sous l’administration Obama et même avant, leur présentation était l’occasion de conférences de presse solennelles, le président actuel ne cache pas son peu de considération pour les chiffres. Lors d’un dîner réunissant en janvier des donateurs à Mar-a-Lago, sa résidence d’hiver en Floride, il aurait même déclaré, selon une fuite rapportée par le Washington Post : «Qui diable se soucie du budget? Nous allons redresser ce pays».

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    Lien permanent Catégories : Capital, Croissance, Dette, Etats-Unis 1 commentaire
  • Après les Ninja EN 2007, qui déclenchera la prochaine crise?

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    Une crise, financière comme il se doit, commence toujours par un événement marginal. En 2007, ce fut l’effondrement localisé du marché des subprimes, cette frange de prêts hypothécaires accordés à des «NINJA» (no income, no job, no assets), ces ménages américains ne disposant ni de revenus ni d’avoirs suffisants pour honorer une dette hypothécaire, qui contamina ensuite via la titrisation de créances pourries fautivement classées AAA l’ensemble du système bancaire domestique puis, par ricochet, celui du reste du monde.

    Précédemment dans l’histoire, le krach de Wall Street d’octobre 1929 s’en était pris en 1931, l’étalon-or aidant, à une banque autrichienne, la Creditanstalt, qui fit faillite et entraîna dans son sillage la totalité de l’économie et de la finance européennes. Aujourd’hui, le déclencheur d’une nouvelle crise pourrait être, pense-t-on le plus souvent, la cascade de blocages (des frontières, des transports, du tourisme) générés par l’épidémie de coronavirus 2019-nCoV, qui paralyse effectivement, dans un monde d’échanges à flux tendus, la plupart des chaînes de valeur manufacturières.

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  • Ma caisse de retraite recherche dette, désespérément

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    Lorsque l’incertitude règne, il est assez normal que l’on réfugie ses avoirs dans des valeurs sûres. Or, l’univers des placements financiers ne compte pas une infinité de choix en la matière. On les compterait même, ces choix, sur les doigts d’une seule main : à part les métaux précieux (encore que la plupart d’entre eux fluctuent beaucoup trop pour offrir en tout temps une sécurité adéquate), il n’y a guère que les titres de dette émis par des Etats inspirant confiance qui satisfassent au critère.

    On comprend donc que les individus et les organismes collectifs appelés à gérer des fonds de manière à la fois précautionneuse et si possible rentable se bousculent à l’émission de nouveaux emprunts publics, voire se tournent faute de mieux vers le marché secondaire, la Bourse, pour y acheter ce qui s’y présente quitte à en faire monter les cours.

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  • Cours du franc : le Big Mac a parlé

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    Que le franc soit surévalué, personne ne le conteste. Mais de combien? Là, les estimations divergent, car il y a le cours nominal, le cours réel (inflation déduite, mais il y a deux déflateurs : les prix à la consommation et les prix à la production…), le cours pondéré par le pouvoir d’achat (la fameuse «parité des pouvoirs d’achat», ou PPA, obtenue quand on corrige le cours nominal au moyen d’un indicateur tel, par exemple, que le produit intérieur brut par personne).

    Sans compter que le cours du franc par rapport au dollar n’est évidemment pas le même que son cours face à l’euro, au yen japonais, à la livre sterling, au dollar canadien, à la couronne danoise, etc., sans parler de l’indice du cours de change effectif, nominal ou réel, total ou partiel, par rapport aux monnaies des principaux partenaires commerciaux…

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  • Fixettes d’ici et d’outre-Jura

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    Bien qu’il existe presque autant de régimes de retraite que de pays, tous reposent en définitive sur le même principe : réserver aux retraités une part de la richesse créée par le travail des actifs. Que les rentes assurées le soient par répartition (les cotisations des actifs financent les rentes en cours) ou par capitalisation (les cotisations accumulées pendant la vie active, égales à une épargne forcée, financent les rentes au moment de la retraite) ne change rien à l’affaire. Il y a, dans les deux cas, une solidarité intergénérationnelle, puisque actifs et retraités partagent le même gâteau, aujourd’hui comme ils le feront demain.

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  • La face cachée de la Lune

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    Le débat quasi universel sur la réforme des retraites occulte un point pourtant essentiel. S’il est bien sûr important, vital même, de résoudre la question du financement de la prévoyance, étroitement lié comme on sait à l’évolution démographique, on néglige le plus souvent d’en étudier les répercussions sur le marché du travail. De sorte que lorsque paraît la moindre étude sur le sujet, l’étonnement est aussi grand que si l’on venait de découvrir la lune.

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