Le blog de Marian Stepczynski

  • La grande folie du bitcoin continue

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    La grande folie du bitcoin continue. Visiblement impressionnés par l’engouement que suscite la crypto-monnaie, et pressés de toutes parts par les afficionados de l’instrument, la Securities and Exchange Commission américaine (SEC) a finalement délivré à un ETF lié à elle l’autorisation d’exister et d’être coté en bourse.

    Du coup, ceux des spéculateurs qui hésitaient encore à tremper leur petit doigt dans la sulfureuse potion magique se sont empressés de saluer la décision, et le cours de la chose s’est envolé au point de retrouver ses plus hauts niveaux, après avoir même frisé, le 20 octobre dernier, les 67'000 dollars le jeton.

    Pour rappel, parmi les dindons de la farce Madoff, on trouvait aussi des banquiers privés…

    Ce montant ne dit rien si l’on ne rappelle pas que le cours du bitcoin, après avoir oscillé entre 0 et 1 dollar durant ses deux premières années d’existence, avait atteint le 29 novembre 2013 le niveau alors considéré comme phénoménal de 1250 dollars, soit l’équivalent du prix d’une once d’or.

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  • Le gambit osé (manqué ?) du gaz russe

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    La Russie de Poutine aime mieux les échecs que les règles du marché, parce qu’elle est passée maître dans l’art de jouer aux premiers, alors qu’elle n’entend guère aux secondes. Le Kremlin a certes cru qu’en faisant monter les prix du gaz, il parviendrait à déboucher le conduit Nordstream2 des sédiments politiques qui obstruaient son démarrage et finirait ainsi par obtenir sa mise en service. Mais ce faisant, il a risqué à la fois d’inciter les Européens à diversifier leurs modes d’approvisionnement (par des importations de gaz liquide par exemple) et leurs sources d’énergie, puis de provoquer dans un deuxième temps une rechute des prix du gaz dont son économie dépend pourtant étroitement. 

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  • «Ceci n’est pas une inflation»

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    On a d’abord pu penser que les hausses brutales de certains biens et services n’étaient que le reflet de pénuries passagères, destinées à disparaître dès le retour à la normale des chaînes d’approvisionnement. Même raisonnement pour le manque de personnel faisant ici et là cruellement défaut : l’après-pandémie remettra les choses en place, sur un marché du travail dont on a toujours vanté la flexibilité – en Suisse s’entend.

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  • Le jeton électronique, monnaie du futur

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    La course aux cryptomonnaies met à ce point les autorités monétaires sous pression qu’elles se sont sérieusement attelées à l’étude de ce que pourrait devenir une monnaie numérique de banque centrale à notre portée à tous.

    Un groupe de travail réunissant les principales d’entre elles (dont la BNS) à Bâle, au siège de la BRI, vient de produire un troisième rapport d’étape montrant si besoin était combien l’affaire devient urgente.

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  • Valeur locative: un impôt qui fait de la résistance

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    Sous le titre «Incitations du système fiscal à l’endettementprivé et mesures possibles pour les réduire», un groupe de travail formé d’experts des administrations fédérales des finances et des contributions, de l’Office fédéral du logement, de la BNS et du Seco avait pointé du doigt en 2016 l’endettement considérable des ménages, qui totalisent à eux seuls 93% des emprunts hypothécaires, essentiellement destinés à financer le logement, pour un montant chiffré à l’époque à quelque 630 milliards de francs.

    Le groupe avait clairement identifié la principale cause de cet endettement unique au monde, savoir un régime fiscal imposant la valeur locative tout en autorisant la déduction des intérêts passifs et des frais d’immeubles (entretien et autres charges). Les Helvètes n’étant pas tombés de la dernière pluie, ils ont vite réalisé tout l’avantage fiscal qu’ils pouvaient retirer de pareil régime en remboursant aussi lentement que possible leurs hypothèques, de sorte qu’ils se trouvent collectivement débiteurs de montants frisant pour près des trois quarts d’entre eux la limite du supportable.

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    Lien permanent Catégories : Dette, Fiscalité, Immobilier, suisse 3 commentaires
  • Ce curieux r* qui nous gouverne 

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    Les économistes l’appellent r*, ou encore «taux d’intérêt naturel». La notion peut paraître absconse, mais elle détermine beaucoup de choses, dont notre vie matérielle à tous dépend dans une mesure qui nous échappe.

    Commençons par les définitions. Le «taux d’intérêt naturel» est, en théorie économique, le taux réel à court terme qui égalise l’épargne et l’investissement ou, si l’on préfère, qui assure l’équilibre entre l’offre et la demande. L’idée n’est pas récente : c’est l’économiste suédois Knut Wicksell qui l’a développée dans un ouvrage – Interest and prices – paru en 1898 (certains l’a font même remonter à la seconde moitié du 18e siècle en évoquant les considérations d’Adam Smith, le «père» de tous les économistes, sur les rapports entre taux d’intérêt et croissance).

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  • De choc en choc, l’histoire hoquette

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    De choc en choc, l’histoire hoquette

     

    Comparaison n’est pas raison : les chocs pétroliers des années 70 avaient certes bloqué l’économie, comme aujourd’hui la rupture des chaînes d’approvisionnement met les industries à l’arrêt, mais les similitudes s’arrêtent là. A l’époque, le sevrage énergétique était intervenu en pleine période inflationniste, et avait ajouté la stagnation conjoncturelle à unrenchérissement persistant pour donner naissance à ce concept inédit de stagflation, qui allait durer une bonne décennie. A présent, l’inflation pointe le bout de son nez, même de manière assez nette en Allemagne (3,4%), et surtout aux Etats-Unis (5,4 %). Mais on part en bonne logique de l’idée que les logistiques de distribution se raccommoderont en l’espace d’une ou deux année au plus, après quoi l’économie réintégrera sa pente naturelle de croissance, voire mieux. De sorte que les bouffées actuelles de renchérissement demeureront sans lendemain. A quelques conditions toutefois : car si les tensions apparues sur certains marchés encouragent les entreprises et les syndicats à renouer, les premières avec leurs hausses de tarifs, les seconds avec leurs habituelles revendications salariales, le risque existe alors qu’une spirale inflationniste s’amorce, qu’il ne sera pas si aisé que cela d’interrompre.

    Quelques indices donnent d’ailleurs à réfléchir, moins pour leur contenu intrinsèque qu’en fonction du contexte dans lequel ils apparaissent, et des arguments qui les accompagnent. L’USS, par exemple, tire parti du redressement de l’activité qu’elle croit percevoir pour réclamer une hausse des salaires qui correspondrait à un meilleur partage des fruits de la croissance entre travail et capital. Il y a peu, la centrale syndicale se préoccupait surtout de l’emploi, et de sa protection, ce qui en dit long sur le changement de perspective auquel elle a procédé. De son côté la Poste annonce un relèvement du tarif des lettres, au motif qu’il n’a pas bougé depuis 18 ans : faible prétexte, si l’on songe que le courrier électronique a progressivement ramené cet unique pan régalien des activités postales à la portion congrue. De même sent-on venir une hausse possiblement marquée des prix du gaz, d’autant plus vraisemblable que les réseaux gaziers sont majoritairement en mains de distributeurs locaux au statut monopolistique, et que leur principal sinon unique approvisionneur jouit identiquement d’une situation de monopole, naturel celui-là, puisque les gros tuyaux qui nous fournissent la précieuse énergie fossile par voie sous-marine aussi bien que terrestre excluent des facto n’importe quel autre mode d’acheminement, et donc toute possibilité sérieuse de concurrence.

    S l’on fait l’addition de ces premiers signes, et de quelques autres annonces du même genre émanant de services publics occupés à redresser leurs comptes, on est bel et bien amené à en tirer la conclusion que la marge entre un simple accès de fièvre et une vraie inflation devient singulièrement étroite. D’où le changement de discours, ô combien précautionneux, des responsables monétaires à Francfort et Washington, qui multiplient les périphrases pour éviter d’annoncer qu’ils se préparent à l’imprononçable : la mise à ban des accommodements illimités, la fin des achats d’actifs tous azimuts, bref, le retour des agrégats monétaires – et des taux d’intérêt ! – à la normale.

    Marian Stepczynski

     

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  • Vers des subprimes à la sauce helvétique?

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    Lorsque, le 31 août dernier, Fritz Zurbrügg, vice-président du directoire de la Banque nationale suisse, s’est longuement exprimé à l’Université de Lucerne sur les risques liés à l’évolution du marché immobilier, il n’y est pas allé par quatre chemins. Non seulement il a repris dans les grandes lignes les principales conclusions, assez édifiantes, du dernier Rapport sur la stabilité financière de la BNS sur le sujet*, mais il y a ajouté cette constatation qui fait réfléchir: «Si les taux d’intérêt subissaient une hausse forte et brutale et si les prix de l’immobilier chutaient dans le même temps […], de nombreux emprunteurs ne seraient plus en mesure de payer leurs intérêts hypothécaires».

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  • Banque cantonale sous la loupe

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    Ce n’est pas n’importe laquelle puisque, bien que cantonale, la ZKB compte parmi la poignée de banques dites d’importance systémique. Il est donc assez logique qu’elle soit passée au scanner de la Finma, l’autorité de surveillance des banques et des assurances, qui la scrute au bas mot depuis une quinzaine d’années pour toutes sortes de raisons mais surtout pour le mode de sélection de ses organes dirigeants. A l’instar de beaucoup de ses consœurs infiniment plus modestes de taille et d’ambition, la ZKB demeure organisée en la forme d’institution de droit public, et dépend par conséquent de l’autorité politique de son canton, qui nomme les membres de son conseil d’administration et de sa haute direction. A Zurich, c’est le Kantonsrat qui se réserve cette prérogative. Dans les cantons où la banque cantonale est devenue société anonyme, l’Etat, qui garde la majorité des voix, désigne un certain nombre d’administrateurs, les autres étant élus par l’assemblée générale des actionnaires.

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  • Vertigineux e-coins !

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    Dans le monde de plus en plus rapide dans lequel nous vivons, la monnaie, cœur de nos échanges et étalon de nos économies, est sur le point de basculer du papier – le papier-monnaie –  vers le jeton électronique.

    D’astucieux aventuriers, à l’origine du fabuleux parcours du « bitcoin » (parti de rien, ce premier artefact numérique dépasse actuellement les 49'000 dollars), ont ouvert une voie que les banques centrales, souveraines monopolistes seules en charge d’émettre la monnaie fiduciaire légale (celle qui efface les dettes en toutes circonstances), entendent bien se réserver.

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  • Le jour où le monde a cru basculer

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    Dimanche 15 août 1971. Nous fûmes nombreux – sinon tous – à penser et écrire que la fin de la convertibilité du dollar en or, annoncée ce jour-là dans une allocution télévisée par le président Richard Nixon, allait plonger le monde dans une longue période d’incertitude, «marquée par le retour en force des tendances protectionnistes et le repli des économies sur elles-mêmes»*.

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    Lien permanent Catégories : Banques centrales, Dette, Dollar 0 commentaire
  • Logement: le prix de l’obstination genevoise

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    La pression sur l’immobilier est devenue telle qu’on en vient à se demander s’il n’y a pas une obstination coupable dans la politique du logement telle qu’elle est menée en Suisse en général et à Genève en particulier.

    Une tout récente publication de l’Office fédéral du logement (Libre circulation des personnes et marché du logement – Région lémanique 2020) est éloquente à cet égard. Alors que le marché du logement locatif tend plutôt à se détendre et, partant, les loyers à se stabiliser, celui du logement en propriété suit le mouvement inverse : la demande ne cesse d’augmenter, alors que l’offre stagne. L’une et l’autre de ces tendances sont parfaitement identifiées, mais rien n’y fait. On refuse de reconnaître l’évidence, et l’on s’obstine à considérer qu’il y a pénurie de logements à louer et que, à l’inverse, il y a bien assez de logements à vendre, alors que la réalité est exactement le contraire.

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    Lien permanent Catégories : Capital, Démocratie, Immobilier 1 commentaire
  • La finance durable, qu'èsaquo ?

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    Dans l’un de ses derniers «Repérages», le Centre genevois de droit bancaire et financier (CDBF) pointe du doigt deux circulaires de la FINMA qui semblent «nudger» les banques et les assurances vers l’investissement durable. Voilà quiappelle quelques éclaircissements, que fournit heureusement Jeremy Bacharach, l’auteur de ladite note.

    Nudger, verbalisation de l’affreux anglicisme «nudge», signifie encourager ou inciter à changer de comportement en dehors de toute contrainte ou interdiction, ainsi que l’a formalisé le prix Nobel d'économie 2017 Richard Thaler.

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  • Et si la BNS distribuait son énorme trésor…

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    Si l’on y réfléchit, la Banque nationale suisse s’est, pour la bonne cause, aventurée sur une voie à sens unique. Car selon toute probabilité, les pressions sur le franc, monnaie refuge, vont perdurer, et conduire l’Institut à répéter chaque fois que nécessaire ses interventions sur le marché des changes pour en empêcher la hausse. Résultat, ses avoirs en devises ne cessent d’augmenter – ils ont passé de 46,5 milliards de francs à fin 2005 à 892 milliards à fin 2020 – et génèrent ipso facto (puisque ces devises sont placées) des revenus supplémentaires qui grossissent ses fonds propres.

    Maintenant, imaginons qu’à l’inverse, par impossible, le franc se mette à baisser tout seul : la conséquence en serait que la BNS enregistrerait une plus-value de ses actifs, c’est-à-dire un gain comptable qui viendrait à son tour grossir ses fonds propres ! Le résultat de cette politique monétaire est donc bel et bien à sens unique : quoi qu’elle entreprenne, la BNS engrange, année après année ou presque (il lui arrive exceptionnellement de perdre), des bénéfices, et par conséquent des fonds propres, de plus en plus élevés.

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    Lien permanent Catégories : Banques centrales, Humeur, suisse 3 commentaires
  • Multinationales taxées à 15% et maintenant sus aux flibustiers du Web

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    La fin ne justifie pas toujours les moyens, mais cette fois-ci est la bonne. L’accord en matière de fiscalité internationale auquel sont parvenus la quasi totalité des pays sous l’égide de l’OCDE montre que lorsque l’intérêt commun est en jeu, les souverainetés domestiques finissent par plier. Au départ, on ne donnait pas cher de la croisade menée contre l’optimisation fiscale dont les grandes multinationales se sont fait une spécialité. Mais voilà : les centaines, que dis-je, les milliers de milliards de dépenses publiques engagées pratiquement sans compter pour la relance de l’économie et qu’il faudra bien financer un jour ont levé le scepticisme habituel en l’espèce, et rendu possible un consensus que l’on croyait hors de portée.

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  • Le télétravail, denrée mobile mais périssable

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    Après l’immigration non contrôlée, les ennemis de la libre circulation vont se découvrir un nouvel os à ronger : l’emploi délocalisé. En l’occurrence, il ne s’agit pas du remplacement de la main-d’œuvre locale par celle d’entreprises transplantées dans des pays à bas salaires, mais des opportunités offertes par le télétravail. Puisque, la pandémie l’a confirmé, il est parfaitement possible d’expédier à la maison tous ceux dont l’outil est l’ordinateur, plus rien ne s’oppose à ce que la domiciliation de la place de travail se fixe partout ailleurs dans le monde. Il y a, dans cette perspective, beaucoup à gagner et à perdre pour l’employeur comme pour l’employé (des gains de productivité, des heures non comptées, un doux mélange entre temps ouvré et loisirs), mais à coup sûr une évolution irréversible dont on devine à peine les effets futurs sur les structures économiques.

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  • La Ville de Genève, une sous-préfecture ?

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    La rencontre sinon inopinée du moins tardivement agendéeentre Biden et Poutine sur les hauteurs du parc La Grange a passagèrement hissé Genève en tête des news mondiales au milieu de la semaine dernière. Cette heureuse diversion,interrompant une succession de mornes nouvelles au sujet de l’avenir du «chef-lieu» – comme disent volontiers nos amis vaudois – de ce canton-ville, nous console un peu. Car, à force de rabrouements populaires successifs (contre le MAH, les tours trop hautes, les Vernets, la Cité de la Musique, les abattages d’arbres, la densité du PAV et j’en passe), on était en train de dériver gentiment vers l’insignifiance, bref, vers la fin de la Genève internationale, seule ville de Suisse dont le nom soit connu dans le monde entier.

    Comme le relevait Isabelle Graesslé lors de l’inauguration du Musée international de la Réforme qu’elle dirige, «seuls 17% des Genevois se disent protestants, mais ils sont conscients que, sans Calvin et la Réforme, leur ville serait restée une petite sous-préfecture de province». 

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  • Au secours du 1er pilier

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    L’AVS n’a pas à proprement parler de défaut structurel, sauf à considérer que les systèmes de retraites par répartition soient par définition nuls et non avenus. Ce qui pèche avec ce premier pilier, c’est l’incapacité du législateur, qui en tient les clefs, à accepter l’évolution démographique pour ce qu’elle est. La population vieillit, l’espérance de vie s’allonge, surtout celle des femmes, et l’assiette de financement rétrécit. Pas étonnant, dans ces conditions, que les comptes de l’assurance sociale se détériorent, plus ou moins rapidement selon la situation économique, puisque la plus grande partie des entrées dépend – encore – du taux d’emploi de la population active, donc de la masse salariale.

     

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  • L’inflation, cette fois-ci pour de bon ?

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    L’inflation n’est plus tout à fait celle souhaitée, et commence même à devenir problématique. Ce qui était souhaité par les autorités monétaires, c’était un taux de renchérissement en hausse, mais inférieur de justesse à une limite fixée plus ou moins arbitrairement à 2%. Ce qui est en train de se produire, c’est presque le double dans la zone OCDE(+3,3% sur un an à fin avril), beaucoup moins en Suisse certes (+0,3%), mais nettement plus que l’an dernier à pareille époque (-1,3%).

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  • Suisse-UE : l’erreur historique

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    Qu’est-ce qui n’a pas été dit et écrit sur l’arrêt brutal des négociations avec Bruxelles ! Le projet d’accord institutionnel aurait été mauvais, alors qu’on y travaillait depuis 2008, et que l’idée remonte même à 1997. Il aurait, selon la version officielle, de toute façon été rejeté en votation populaire, ce qui en dit long sur le courage de l’autorité fédérale, qui n’ose affronter l’opinion. On mesure ici les limites de la démocratie directe, dont les instruments corsètent l’action gouvernementale par la perspective de rejets populaires qui se manifestent à la moindre occasion.

    Fines fleurs de nos institutions politiques, les droits d’initiative et de referendum ont beau être la fierté de la Suisse, on ne veut pas voir que, sur les sujets centraux, ils l’enferment dans des contradictions qu’elle est inapte à surmonter. Il faut donc cesser de s’abriter derrière la formule « le peuple a toujours raison ». Le peuple n’est pas idiot, il demande juste à être informé à la juste mesure. Dans le cas d’espèce, la faute de l’échec échoit intégralement au Conseil fédéral, qui n’a pas pris la peine, inutile a-t-il peut-être considéré, d’expliquer au public la vraie nature des enjeux et des risques encourus à refuser d’y souscrire.

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