Monnaie

  • Médecins au chevet de la prochaine crise

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    Le débat qui s’intensifie au sujet des intérêts négatifs est révélateur du désarroi qui règne chez les économistes. Comment expliquer que les liquidités mises à disposition des intermédiaires bancaires par le truchement de politiques monétaires extraordinairement accommodantes n’alimentent pas le crédit aux entreprises, mais continuent d’être parquées en réserves stériles auprès des banques centrales en dépit des pénalités qui les frappent désormais? Des taux directeurs quasi nuls voire inférieurs à zéro, innovation radicale dans l’arsenal de la lutte anti-crise, ont certes permis de maintenir la dette publique dans des proportions supportables (puisqu’ils n’en alourdissent pas le service, alors même qu’elle continue de grandir), mais c’est là une maigre consolation face à la montagne de difficultés que signifiera le retour à la normale.

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  • 2019, année de la monnaie

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    L’euro n’a jamais eu la cote chez les économistes, qui l’ont considéré dès sa naissance comme condamné à disparaître à la première occasion, car conçu à rebours du bon sens. Au lieu de parachever une harmonisation des politiques budgétaires et une nécessaire union bancaire, donc d’intervenir au dernier stade de l’intégration économique, la création de la monnaie unique les a précédées, comme si elle pouvait forcer la main de gouvernements restés maîtres chez eux.

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  • Après les taux bas, retour du franc fort ?

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    Le petit monde de la finance attend avec une certaine fébrilité ce que la direction générale de la Banque nationale suisse va annoncer jeudi, à l’occasion de sa conférence de presse trimestrielle de décembre. Les exégètes de la politique monétaire helvétique ne s’attendent pas à de grands changements et prédisent que la BNS va maintenir le cap qu’elle suit avec constance depuis des mois. On perçoit néanmoins ici et là de premiers appels à un resserrement des liquidités plus rapide que celui auquel l’Institut d’émission semble se préparer, avec un premier relèvement des taux programmé dit-on pour l’an prochain.

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  • La Banque nationale a des soucis de riches

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    La Banque nationale suisse est en principe, sous toutes les coutures légales et réglementaires, une institution indépendante qui ne reçoit d’ordres de personne et s’emploie uniquement à remplir son mandat constitutionnel. Elle mène donc «une politique monétaire servant les intérêts généraux du pays» (Cst. art. 99 al. 2). Les circonstances l’ont cependant amenée non pas à s’écarter de ce mandat, mais à donner à la notion d’intérêt général un sens plus large que celui auquel on avait l’habitude de se référer.

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  • L’idée sulfureuse des crypto-monnaies

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    Les crypto-monnaies ont beaucoup pour plaire : elles sont nouvelles, donc excitantes (“hype”), basées sur le numérique, donc dans l’esprit du temps, et indépendantes des autorités monétaires, ce qui leur donne cette touche libertaire dont raffolent les jeunes générations. Mais à quoi servent-elles ?


    A rien, diront les sceptiques, ou tout au plus à faire fonctionner des réseaux privatifs sans beaucoup d’importance pour la majorité des usages inhérents aux vraies monnaies, celles émises par des banques centrales au bénéfice d’un monopole de l’émission de moyens de paiement ayant cours légal.

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  • La crise turque, comme un air de déjà-vu

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    L’égotisme des autocrates les conduit en général à se sentir plus forts que tout. C’est ainsi que le président Recep Tayyip Erdoğan rejoint dans l’illusion du pouvoir sur les événements son contemporain chaviste Maduro, avec lequel il entretient au demeurant les meilleures relations. La descente aux enfers de la livre turque (-70% par rapport au dollar depuis le début de l’année) ressemble d’ailleurs de plus en plus à celle du bolivar vénézuélien, qui ne vaut plus grand chose sur le marché des changes (à peine 0,1 dollar). Car, les mêmes causes produisant les mêmes effets, les politiques absconses suivies tant au Venezuela qu’en Turquie devaient fatalement aboutir à l’explosion des déficits et à l’inflation dans les deux pays  – hors de contrôle chez le premier, en passe de le devenir aussi chez le second, à moins d’un revirement déchirant des options prises lorsqu’on pouvait encore croire aux miracles, mais qu’on pourrait abandonner maintenant qu’il ne reste plus que celle de frapper à la porte du FMI.

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  • La question de la monnaie, un vrai casse-tête

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    Maintenant que les passions sont retombées (à vrai dire assez peu nombreuses sur ce sujet-là, qui n’a pas soulevé les foules), reprenons sereinement la question, mal posée par les initiants, de la monnaie. On a voulu confier (ou plutôt rendre) à la Banque nationale le monopole de la création monétaire, ce qui est au fond une tautologie, puisque la seule monnaie, au sens strict du terme, est bel et bien la monnaie dite fiduciaire légale (les billets et les pièces, y compris les réserves auprès de la BNS). Les dépôts bancaires sont en réalité des créances sur les banques, et ils ne (re)deviennent de la monnaie (du «cash») qu’à l’occasion des retraits.

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  • Monnaie electronique. Si même The Economist le dit…

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    L’initiative Monnaie pleine, dont on parle beaucoup ces jours-ci puisque les citoyens trancheront le 10 juin prochain, ne suscite pas seulement l’opprobre des bien-pensants et l’adhésion aveugle de ses inconditionnels partisans. Elle renvoie aussi indirectement à des considérations plus sérieuses, telle celle que deux économistes bâlois viennent de publier dans le bulletin trimestriel de la Federal Reserve Bank of St. Louis, l’une des 12 banques régionales de la Fed américaine, dont la division de recherche est réputée dans le monde entier pour la qualité de ses travaux*.

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  • Une monnaie pleine de (contre-) vérités

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    La Suisse est le seul pays où les citoyens sont appelés aux urnes à l’initiative de quelques-uns pour chambouler s’ils le souhaitent l’ordre établi. La plupart du temps, ils n’en saisissent pas l’occasion et préfèrent même, à la stupéfaction générale du reste du monde, le renforcer. C’est ainsi que la majorité d’entre eux ont refusé d’allonger leurs vacances ou de baisser leurs impôts, comme ils accepteraient sans doute de travailler plus longtemps et de gagner moins. Leur attachement à ce qui fonctionne les amène le plus souvent à rejeter l’aventure, telle l’idée utopique d’un revenu inconditionnel, ou à s’abstenir de sauter dans l’inconnu, comme lorsque ils ont écarté l’initiative «no Billag». Ils feront sans doute de même avec l’initiative dite «Monnaie pleine», un peu ubuesque et surtout au libellé trop complexe. Ce n’est pas «courage, fuyons», mais plutôt «dans le doute, abstenons-nous».

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  • La Monnaie pleine a déjà ses gardiens du temple…

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    Je me suis fait rappeler à l’ordre la semaine dernière pour avoir écrit dans ces colonnes qu’en cas d’acceptation de l’initiative Monnaie pleine, les clients des banques pourraient choisir entre elles et la banque centrale pour déposer leurs avoirs. Le raccourci était un peu malheureux, j’en conviens. Aussi, je m’explique.

    Il n’est bien entendu pas (encore) question que chacun puisse ouvrir un compte à la Banque nationale. En revanche, une monnaie qui soit «pleine» signifierait que les crédits bancaires devraient être couverts en totalité par de l’argent créé par la banque centrale, et seulement par elle. D’ailleurs, l’intitulé «monnaie pleine» dérive du 100% money proposé par Irving Fisher en 1935, qui voyait dans l’abandon du système de réserves fractionnaires le moyen d’éviter la répétition de krachs tels que celui de 1929.

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  • La Monnaie pleine a déjà ses gardiens du temple…

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    Je me suis fait rappeler à l’ordre la semaine dernière pour avoir écrit dans ces colonnes qu’en cas d’acceptation de l’initiative Monnaie pleine, les clients des banques pourraient choisir entre elles et la banque centrale pour déposer leurs avoirs. Le raccourci était un peu malheureux, j’en conviens. Aussi, je m’explique.

    Il n’est bien entendu pas (encore) question que chacun puisse ouvrir un compte à la Banque nationale. En revanche, une monnaie qui soit «pleine» signifierait que les crédits bancaires devraient être couverts en totalité par de l’argent créé par la banque centrale, et seulement par elle. D’ailleurs, l’intitulé «monnaie pleine» dérive du 100% money proposé par Irving Fisher en 1935, qui voyait dans l’abandon du système de réserves fractionnaires le moyen d’éviter la répétition de krachs tels que celui de 1929.

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  • Monnaie pleine: Le tort d’avoir raison trop tôt

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    Il se dit beaucoup de bêtises à propos de l’initiative «Monnaie pleine». La seule chose vraie est que, si elle était acceptée, les banques ne pourraient plus compter systématiquement sur la différence d’intérêts comme source de profit (principale, voire unique pour certaines d’entre elles), puisque leurs clients actuels pourraient dorénavant choisir entre elles et la banque centrale comme lieu de dépôt de leurs encaisses.

    Tout le reste, ou presque, est littérature. Ce qui est particulièrement faux, c’est l’argument selon lequel l’acceptation de l’initiative rendrait encore plus difficile l’obtention de crédits par les entreprises, comme l’affirme, par exemple, l’association faîtière des hôteliers. Les banques qui aujourd’hui financent leurs prêts par les dépôts de leurs clients obtiendraient en effet sans difficulté les crédits nécessaires auprès de la banque centrale. Ces crédits ne seraient évidemment pas octroyés gratuitement, mais la BNS aurait tout loisir de varier ses conditions, comme elle le fait d’ailleurs déjà aujourd’hui.

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  • La nouvelle guerre des monnaies

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    Ou plutôt la guerre des nouvelles monnaies ? C’est un peu les deux. Ce n’est en tout cas pas la guerre des changes, que les Etats se livraient régulièrement par le truchement de dévaluations compétitives à l’époque de l’étalon-or, puis de l’étalon de change-or après la guerre, et qui selon les circonstances a servi (et sert encore) d’alternative aux guerres commerciales directes, menées à coups de tarifs douaniers, restrictions quantitatives et autres barrières non tarifaires.

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  • Cet engouement délétère pour les cryptomonnaies

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    Au fond, qu’est-ce qu’une monnaie ? L’analyse – économique, mais pas seulement – résume la chose de la manière suivante. La monnaie est à la fois unité de compte, moyen de paiement et réservoir de valeur. A ce triple titre, et sous les multiples formes qu’elle a pu revêtir au cours de sa déjà longue histoire, elle facilite l’échange de biens et de services de manière infiniment plus efficace que le troc, qui suppose la double coïncidence en temps et en lieu d’une offre et d’une demande. Mais il faut aussi, et par dessus tout, que cette monnaie soit acceptée par tous. Or une telle confiance, établie peu à peu par l’usage, ne résiste à l’usure du temps que si elle peut s’appuyer sur une convention (sociale, institutionnelle) de nature à en prévenir les débordements, et ils sont nombreux, susceptibles de la ruiner. L’histoire monétaire est en effet jonchée d’épisodes d’hyperinflation dont le monde n’a réussi à sortir que par le truchement de monopoles d’émission confiés aux banques centrales.

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  • Le franc rapporte gros. A la BNS

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    Les circonstances font que la Banque nationale suisse est devenue le principal gérant d’actifs du pays et qu’elle s’en sort plutôt bien. L’an dernier en effet, elle a réalisé une performance nette de 54 milliards de francs sur un portefeuille – monté jusqu’à 784 milliards à fin novembre 2017 – d’avoirs placés «passivement» (dure leçon, soit dit au passage, pour les gérants dits «actifs»). Tant mieux pour les pouvoirs publics fédéraux et cantonaux qui, du fait des conventions de distribution passées entre elle et eux, se partageront 2 milliards. Pour autant la question de fond demeure: la BNS s’occupe-t-elle de politique monétaire, ou gère-t-elle la richesse financière nationale ? Un peu des deux, dira-t-on, mais «à la retirette», puisque, si elle se consacrait pleinement à la première de ces fonctions, elle n’aurait pas dû abandonner le taux plancher, et si c’est la seconde qui prend désormais le dessus, elle pourrait distribuer bien davantage que 4% de son bénéfice.

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  • Le bitcoin, bombe crypto-nucléaire ?

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    Le monde des crypto-monnaies, dont le bitcoin est sans nul doute le plus insigne spécimen, demeure pratiquement imperméable au commun des mortels. A première vue certes, ces monnaies virtuelles, émises ou plutôt fabriquées hors de tout contrôle étatique et néanmoins réputées infalsifiables, obéissent à quelques principes simples : elles sont comme l’argent comptant universellement accessibles, numériques (scripturales si l’on préfère) comme les dépôts bancaires et, bien que sans cours légal, ont au même titre que les monnaies classiques pouvoir libératoire dans les transactions dites «peer-to-peer» (c’est-à-dire sans intervention d’un intermédiaire). Mais, au-delà, que c’est compliqué !

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  • Ces milliards de la BNS à portée de main…

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    Les 33 et quelque milliards de francs de bénéfice affichés par la BNS au 30 septembre 2017 interloquent beaucoup de lecteurs, qui ne comprennent pas pourquoi d’aussi somptueux profits ne donneront lieu en fin d’année, s’ils se concrétisent, ce qui est plus que probable, qu’à une maigre distribution à la Confédération et aux cantons, au lieu par exemple de venir soulager les comptes de l’AVS ou ceux de la santé. Comment ne pas condamner, s’exclame l’un deux, «une réalité aberrante qui veut que dans un pays aussi riche que le nôtre, un tiers des ménages touche une aide sociale ?»

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  • N’enterrons pas trop vite la «monnaie pleine» !

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    L’initiative dite «monnaie pleine», qui entend réserver à la Banque nationale le pouvoir de créer de la monnaie, est l’objet d’une salve de critiques émanant aussi bien des milieux bancaires que de la sphère académique, qui lui reprochent tantôt son inutilité tantôt son impraticabilité. Pourquoi changer ce qui marche bien – le système monétaire actuel – pour courir l’aventure ?

    C’est vrai que, si séduisant qu’il paraisse en théorie, le régime proposé se heurte à une série de difficultés, le diable se cachant comme toujours dans les détails. Faut-il pour autant l’écarter sans autre forme de procès ?

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  • Bons et mauvais côtés de la baisse du franc

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    Thomas Jordan et ses collègues du directoire de la Banque nationale suisse le répètent à l’envi, y compris depuis que l’euro s’est installé au-dessus de 1.10 Fr : aux yeux de la BNS, le franc demeure nettement surévalué. On peut donc en déduire, sans forcer le trait, qu’il n’y a pour les intervenants en tous genres (hedge funds, traders, trésoriers publics, spéculateurs réguliers ou occasionnels) pratiquement plus guère de risque de voir ce cours enfoncé, ce qui entraîne un certain nombre de conséquences. Il ne vaut ainsi plus guère la peine de se couvrir contre le risque de change, même si le coût de la couverture a chuté.

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  • "Monnaie pleine": Oser ou ne pas oser l’utopie

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    Pour la génération des “millenials”, l’opinion d’un Mark Zuckerberg compte sans doute bien davantage que celle d’un Bill Gates ou a fortiori de vieilles barbes du siècle dernier comme Milton Friedman ou James Tobin. Tous ont pourtant en commun de s’être prononcés, d’une manière ou d’une autre, en faveur du principe d’un revenu universel. En Suisse, où l’on a les pieds sur terre et la tête très peu dans les nuages, l’idée a été rejetée en juin de l’année dernière par 76,9% des votants appelés à s’exprimer sur l’initiative “Pour un revenu de base inconditionnel”.

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