03/06/2014

Genève et la Suisse, un drôle de mariage

Qu’est-ce que Genève, à l’époque, pouvait attendre de son entrée dans la Confédération ? Difficile à dire. Sur le plan politique, comme l’écrivait David Hiler en 1992 dans un ouvrage publié par la Bourse de Genève à l’occasion du 700e anniversaire de la Confédération («Genève et la Suisse, un mariage d’amour et de raison»), la volonté généralement partagée était «non de devenir suisse – il n’est pas question de cela – mais d’appartenir à cette alliance d’Etats indépendants qu’est la Confédération, et de retrouver sa propre indépendance». Irène Hermann confirmera un peu plus tard la nature diversement appréciée de ce mariage en émettant quelques réserves sur l’unanimité confédérale genevoise de 1814. «J’aime bien l’autorité fédérale surtout quand elle n’en a pas», ira-t-on jusqu’à lire dans La Trique, une brochure éditée en 1872.

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27/05/2014

La face cachée des déficits publics: il manque dix milliards

Du haut de son petit promontoire, une Suisse assez satisfaite d’elle-même (car peu touchée par la crise) contemple avec un brin de commisération ces 28 pays en train d’élire sans grande conviction les 766 députés d’un parlement dépourvu de réels pouvoirs, au contraire du nôtre dont les prérogatives ne s’arrêtent que là où s’interposent, à vrai dire de plus en plus fréquemment, les instruments de la démocratie directe.

Cette Suisse prospère, sans déficit ou presque, à la dette publique en baisse depuis une dizaine d’années quand celle des pays de l’Union européenne presque sans exception ne cesse d’augmenter, cette Suisse-là ferait cependant bien de considérer de plus près l’état effectif de son patrimoine.

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13/05/2014

Europe: sous la pression populiste...

Le gros de la crise financière est passé, mais les dégâts qu’elle a causés sont tels qu’il n’est pas certain que les économies occidentales, européennes au premier chef, soient tirées d’affaire. Il se pourrait même, s’il n’y est pris garde, qu’elles plongent dans ce qu’à une époque pas si éloignée que cela (c’était en 2009) on avait appelé le «double dip», c’est-à-dire la menace d’une double récession.

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06/05/2014

Ce Français qui fait mouche aux Etats-Unis

Extraordinaire, le succès de Thomas Piketty en Amérique ! Son pavé de 800 pages (Le Capital au XXIe siècle), à peine remarqué hors du monde francophone à sa parution en 2013, s’arrache littéralement aux Etats-Unis depuis qu’il y a été traduit. Il est vrai que l’ouvrage tombe sur un terreau fertile : jamais le débat public sur l’origine des inégalités n’avait été aussi intense dans un pays traditionnellement attaché à la liberté d’entreprendre en tant que facteur de réussite personnelle. L’énorme et croissant écart de revenus entre une infime minorité d’hyper riches et l’immense majorité des classes plus modestes appelle une explication, et des remèdes, que se disputent théoriciens de gauche et de droite, les premiers voyant dans de telles inégalités le principal frein à la croissance, les seconds faisant au contraire de celle-ci le seul moyen de réduire celles-là.

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29/04/2014

Monnaie: l'initiative "Vollgeld", une manière de se préparer au pire

Il se lance, comme on sait, beaucoup d’initiatives populaires à propos d’à peu près tout et n’importe quoi. Mais parfois, contrairement aux apparences, un texte à première vue farfelu mérite mieux que le dédain. Ainsi en va-t-il de l’initiative dite Vollgeld («monnaie pleine»), qui veut ni plus ni moins qu’interdire la création de monnaie par les banques, et la réserver à la seule Banque nationale suisse.

Les initiants estiment en effet que la disproportion écrasante entre monnaie centrale (en gros, les billets) et masse monétaire représentée par l’ensemble des dépôts bancaires est la principale source d’instabilité du système bancaire, et la cause directe des crises financières majeures qui en résultent périodiquement.

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15/04/2014

Le marché très particulier des hauts salaires

Comment s’expliquer que, dans des économies où la concurrence fonctionne tant bien que mal mais fonctionne, les rémunérations des dirigeants des très grandes entreprises ne soient pas «tirées vers le bas» par l’existence d’une abondante offre de managers au moins aussi compétents qu’eux ? Autrement dit, pourquoi ce segment particulier du marché du travail échappe-t-il aux lois les plus banales de l’offre et de la demande ?

La raison tient probablement au fait qu’il se tisse entre directions générales et conseils d’administration des liens, de nature implicite, analogues aux pratiques cartellaires que l’on rencontre sur les marchés des biens ou des services. 

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08/04/2014

Ponts, musées, patinoire: où trouver ces millions qui nous manquent

Coïncidence : la semaine même où ce journal relevait (TG du 22 mars) à quels lourds investissements Genève allait devoir faire face ces prochaines années dans le seul domaine de la culture (MAH, Nouvelle Comédie, Grand Théâtre, etc.), l’hebdomadaire britannique The Economist rendait publique une étude du cabinet de conseil McKinsey selon laquelle les besoins annuels mondiaux en infrastructures dépasseraient d’un bon trillion (mille milliards) de dollars les sommes dépensées actuellement à cette fin sur la planète, équivalentes à 2,7 trillions, soit quelque 4% du PIB mondial.

Les bâtiments culturels n’ont certes rien à voir avec les ponts et les chemins de fer, mais ils partagent avec eux leur caractère d’équipements publics aussi nécessaires que coûteux, mais trop souvent, pour cette dernière raison précisément, renvoyés à des jours meilleurs faute de place dans les budgets courants.

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01/04/2014

Le gendarme dégaine, les banques tremblent

Ce fut, l’autre jour, comme un coup de tonnerre dans le ciel redevenu presque bleu de la finance américaine. La Réserve fédérale, chargée de veiller à la capacité du secteur à résister à un choc de grande ampleur, a recalé plusieurs grandes banques à l’issue de la troisième vague de «stress tests» organisées en application du «Dodd–Frank Wall Street Reform and Consumer Protection Act». Cette loi par ailleurs contestée, censée éviter la répétition de la chaîne d’événements nés de la crise des subprime (2008), vise au premier chef les groupes bancaires «too big to fail» dont le sauvetage avait coûté des centaines de milliards de dollars au contribuable.

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25/03/2014

L’inflation se cache-t-elle là où on ne l’attend pas?

Coup sur coup, la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque nationale suisse (BNS) ont révisé à la baisse leurs prévisions d’inflation pour les mois à venir. C’est que, le mois dernier, la hausse des prix à la consommation s’est finalement révélée inférieure à ce que l’une et l’autre avaient pronostiqué. Non seulement cette hausse est moindre que prévu, mais encore elle est inférieure à ce qui, pour diverses raisons, est tenu à Francfort comme à Zurich pour un niveau équivalant à la stabilité des prix telle en tout cas que la visent les deux banques centrales, soit une hausse annuelle de 2% au maximum. Or les prix en zone euro n’ont augmenté que de 0,7% en un an, et en Suisse, la hausse sur douze mois de l’indice des prix à la consommation à fin février est même légèrement négative (-0,1%).

Il y aurait donc, désormais encore davantage que précédemment, un risque de déflation qu’il ne faudrait pas ignorer, même si, de l’avis répété des patrons des deux instituts, Mario Draghi et Thomas Jordan, ce risque reste négligeable. Le mot même de déflation n’apparaît d’ailleurs pas dans le dernier communiqué de la BNS.

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18/03/2014

Genève, une propriété pas si privée que ça

D’abord le constat. Genève, comme toutes les villes-centres d’une certaine importance, attire du monde, qui cherche évidemment à se loger. Dans le même temps, il s’y construit peu, et même de moins en moins si l’on en croit la statistique. D’où une tendance, logique, à la hausse des prix des logements, qu’ils soient loués ou occupés par leurs propriétaires. Précision qui a son importance : les loyers des logements existants sont soumis à diverses réglementations visant à les empêcher d’augmenter plus vite qu’un étalon de référence politiquement correct mais économiquement discutable, qui correspond aujourd’hui à un taux hypothécaire moyen. Autre remarque d’importance : alors que de plus en plus de ménages souhaitent accéder à la propriété de leur logement, les milieux dits de protection des locataires dénoncent une pénurie de logements à loyers abordables et s’opposent, par principe, à l’augmentation de la part de logements en PPE dans les constructions nouvelles. Il y a donc un déséquilibre fondamental entre l’offre, insuffisante, et une demande largement insatisfaite.

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11/03/2014

Les retraites des Suisses affectés d'un risque systémique

Depuis l’entrée en vigueur de la prévoyance professionnelle obligatoire (1985), le nombre des caisses de pensions toutes catégories confondues a été divisé par neuf. Alors qu’on en comptait près de 18'000 à l’époque, elles sont à peine plus de 2000 aujourd’hui. Ployant sous les charges administratives et les coûts liés à une réglementation toujours plus complexe, de moins en moins capables, faute d’une gestion suffisamment professionnelle, d’atteindre les objectifs que leur assignent leurs statuts ou tout simplement la loi, faute aussi d’une structure d’âge ou encore de marchés financiers qui leur soient favorables, les plus petites d’entre elles disparaissent, liquidées, fusionnées ou absorbées par plus grosses qu’elles. 

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04/03/2014

Un avenir pour l’Ukraine

Que souhaiter de mieux aux Ukrainiens que d’accéder un jour à ce bien-être dont ils rêvent tous – peut-être un peu plus ceux de l’ouest, agricole, ou du centre, que ceux qui peuplent la partie orientale du pays, minière et industrialisée, aux structures il est vrai empesées car encore profondément marquées par les lourdeurs de l’ère soviétique ?

C’est précisément pour cela que, désespérant de se rapprocher d’une Europe qu’on leur a soudainement retirée après la leur avoir promise, ils s’étaient mis à dresser des barricades et avaient tenu la rue des semaines durant face à un pouvoir inepte et corrompu jusqu’à la moelle.

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07:50 Publié dans Démocratie, Europe, Russie | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | |

25/02/2014

Bitcoin, le début de quelque chose

Supposons que le milliard d’utilisateurs fièrement annoncés par Facebook, ou que « seuls » les 400 millions d’utilisateurs réguliers du réseau acceptent dans un même élan de recourir au Bitcoin ou à quelque autre artefact électronique pour effectuer quotidiennement leurs paiements: cette «monnaie» deviendrait du jour au lendemain le moyen d’échange le plus universel, détrônant du même coup dollars, euros, livres et autres yens…

Pourquoi l’accepteraient-ils ? 

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18/02/2014

Suisse-UE: la resquille, c’est fini !

L’acceptation à une infime majorité (0,67 % des votants) de l’initiative "Contre l’immigration de masse" n’en finit pas d’être analysée, et pour cause. On y aura vu, très généralement, l’expression d’une sourde hostilité ou du moins d’une certaine méfiance de l’opinion helvétique, toutes catégories sociales confondues, à l’égard d’une construction européenne ressentie comme bureaucratique et attentatoire à une indépendance dont les Suisses sont si jaloux.

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11/02/2014

Ces remèdes pires que le mal

Le contingentement de l’offre de travail dans lequel tant de Suisses voient leur salut est un exemple typique de ces remèdes qui sont pires que le mal. Ce que l’on entend protéger, l’emploi indigène, dépend au contraire, de manière «contre-intuitive» comme on dit aujourd’hui, d’une libre circulation des personnes et des capitaux, car c’est cette liberté de mouvement qui débride la croissance, seule créatrice d’emplois.

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04/02/2014

Serait-ce, déjà, la fin du travail ?

La Suisse va incontestablement mieux que la plupart de ses voisins, mais ce serait une erreur que d’y voir la preuve que nous sommes et demeurerons longtemps meilleurs que les autres pour la simple raison, par exemple, que nous saurions mieux qu’eux maîtriser nos dépenses publiques, et que notre système de formation à nul autre pareil nous protégerait à jamais de l’adversité. Si le reste du monde développé connaît un sous-emploi persistant malgré une croissance – molle mais croissance tout de même – c’est peut-être bien, à y réfléchir, qu’il y a dans ce mal-être économique fait de chômage persistant et de stagnation des salaires réels depuis des décennies quelque chose de plus profond et de plus durable que l’effet de mauvaises politiques, et que par conséquent l’exception helvétique n’est pas destinée à durer. Ici aussi l’automatisation des tâches, y compris dans les activités où on l’attend le moins, devrait finir par imposer sa loi.

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28/01/2014

Surchauffe immobilière: par l’autre bout de la lorgnette

La décision du Conseil fédéral de relever le volant anticyclique de fonds propres imposé aux banques dans le secteur des crédits hypothécaires à l’immobilier résidentiel a été diversement appréciée, c’est le moins qu’on puisse dire. Les professionnels de l’immobilier ont qualifié la mesure d’inutile dans un marché qui selon eux est en train de se corriger de lui-même. Les banques ont regretté une mesure à leurs yeux inefficace et pour ainsi dire superfétatoire, puisque décidée sans concertation avec leurs représentants et sans attendre que l’autorégulation en laquelle elles croient dur comme fer ait eu le temps de déployer tous ses effets.

Réactions somme toute logiques, puisque venant de ceux et celles que la mesure va frapper au cœur de leurs principales sources de revenu – les marges de promoteur et commissions de courtage pour les premiers, les différences d’intérêts pour les secondes – qui devraient forcément baisser dans un marché ralenti.

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21/01/2014

Contrôle des banques: business as usual...

Est-ce que 2008 vous dit encore quelque chose ? La crise des subprime bien sûr, avec le choc effroyable qu’elle a signifié pour un système bancaire qu’il a fallu sauver in extremis de l’anéantissement et dont le sauvetage continue de se payer au prix fort : crise de la dette publique, récession, chômage, menace d’éclatement de la zone euro, état toujours déprimé de la conjoncture mondiale.

Or ceux-là mêmes qui ont été à l’origine d’un aussi funeste enchaînement se portent aujourd’hui comme un charme. Les grandes banques américaines, les Goldman Sachs et autres JPMorgan, paient sans sourciller des amendes par milliards qui pour autant ne sont pas des pichenettes mais presque par rapport à leurs résultats 2013 (revenus nets de 34 milliards de dollars pour la première et 18 milliards pour la seconde), et distribuent à nouveau d’insolents bonus à des traders qui ailleurs auraient été expédiés derrière les barreaux pour moins que cela. En Europe le sursaut n’est pas aussi spectaculaire, les plus grandes banques affichant néanmoins des résultats compris entre 2 et 4 milliards par trimestre quand certaines étaient encore en perte (Deutsche Bank, Crédit Agricole) ou nettement moins profitables (HSBC) l’année précédente.

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14/01/2014

BNS: Une banque centrale à nulle autre pareille

Or donc, pour la première fois de son histoire, la BNS ne distribuera ni le dividende de 6% au maximum à ses actionnaires prévu par ses statuts, ni la part de bénéfices qui, depuis la dernière mouture de la loi sur la Banque nationale (2003), remplace et au-delà l’indemnité de 80 centimes par habitant qui était traditionnellement versée aux cantons en compensation de leur renonciation à leur souveraineté en matière monétaire. En cause, la perte entraînée par la moins-value de son stock d’or consécutive à la baisse des cours du métal jaune en 2013 (-30%), qui dépasse de loin les profits réalisés sur ses placements en devises et sur la vente du StabFund, la fameuse structure de défaisance des actifs toxiques repris à UBS et qui vient d’être rachetée par celle-ci.

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07/01/2014

Il y a quinze ans, l’euro

Le 1er janvier 1999, après des décennies de tentatives de rapprochement plus ou moins réussies entre monnaies nationales, naissait enfin l’euro. Scriptural d’abord, mis trois ans plus tard en circulation sous forme d’espèces sonnantes et trébuchantes dans une douzaine de pays, il est à ce jour la monnaie commune des dix-huit membres actuels de l’Union économique européenne (UEM), sous-ensemble de l’Union européenne fragilisé par la crise de la dette d’où, par raccourci de langage, l’expression abusive de «crise de l’euro».

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