Financement des retraites

  • Taux nuls : calamité ou bénédiction?

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    On sait maintenant, ou du moins croit-on savoir, que des taux d’intérêt nuls ou même négatifs sont faits pour durer. Comment, en effet, expliquer qu’ils demeurent aussi bas – alors que l’activité, repartie un peu partout, devrait logiquement réveiller l’inflation et les faire remonter dans la foulée – sinon que des mécanismes plus profonds sont à l’œuvre, qui déjouent les relations habituelles entre épargne et investissement et font que malgré des salaires plutôt en augmentation, signe d’une amélioration de l’emploi, les entreprises ne répercutent pas leurs hausses de coûts sur les prix.

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  • Dividendes, le gros mot

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    La rétribution des actionnaires n’a pas bonne presse ces jours-ci, c’est le moins qu’on puisse dire. A leur seul prononcé, on se lève comme un seul homme sur les bancs de la gauche pour condamner toute forme de distribution de dividendes, à défaut d’aspirer à leur pure et simple disparition. Il est vrai que l’histoire est longue du partage jugé inégal de la valeur ajoutée entre travail et capital, entre «juste rémunération de l’effort» et «captation illégitime des profits».

    Pour autant, il circule beaucoup d’idées fausses à ce sujet. Ainsi, on est persuadé que la part des salaires dans le revenu national n’a cessé de baisser au fil des années par rapport à celle des revenus de la propriété, alors qu’il n’en est rien.

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  • Caisses publiques de retraite: in cauda venenum

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    Dans sa grande sagesse, le législateur a prévu que les caisses publiques de prévoyance pouvaient renoncer à une capitalisation complète si l’Etat, supposé éternel, leur accordait sa garantie. Il a toutefois placé un garde-fou à cette exception, en fixant après d’âpres débats au moment de la révision de la LPP (2010) un plancher absolu au degré minimum de capitalisation à atteindre au bout de 40 ans, savoir 80%. Pour les caisses publiques les plus faiblement capitalisées, le défi est de taille : si elles présentent une structure d’âge défavorable, ne comptent que peu de cotisants par rapport au nombre de retraités, ou encore maintiennent des taux de cotisation trop bas en regard des engagements promis, l’effort de recapitalisation se chiffre vite en milliards, voire dizaines de milliards pour les plus grandes d’entre elles.

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  • Caisse de pensions des fonctionnaires genevois: entre salades et baratinage

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    Le projet de nième recapitalisation de la Caisse de prévoyance de l’Etat de Genève (CPEG), objet d’interminables initiatives et référendums, véhicule son cortège d’inexactitudes et d’approximations quand ce ne sont tout simplement des fadaises.

    Championne du genre, l’Asloca fait, dans un communiqué, remonter aux années 80 – et l’impute à des «choix politiques de la droite» – le passage d’une capitalisation à 100% à un système de capitalisation partielle de ce qui était alors la CIA. En réalité ladite caisse, fusionnée depuis avec la CEH qui était en bien meilleur état, n’avait jamais atteint un taux de couverture de 100% et s’en éloignait toujours plus, de sorte que le grand argentier de l’époque, Robert Ducret, avait habilement suggéré de passer à un système mixte de capitalisation partielle, à la satisfaction générale et non au seul contentement du camp bourgeois.

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  • Médecins au chevet de la prochaine crise

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    Le débat qui s’intensifie au sujet des intérêts négatifs est révélateur du désarroi qui règne chez les économistes. Comment expliquer que les liquidités mises à disposition des intermédiaires bancaires par le truchement de politiques monétaires extraordinairement accommodantes n’alimentent pas le crédit aux entreprises, mais continuent d’être parquées en réserves stériles auprès des banques centrales en dépit des pénalités qui les frappent désormais? Des taux directeurs quasi nuls voire inférieurs à zéro, innovation radicale dans l’arsenal de la lutte anti-crise, ont certes permis de maintenir la dette publique dans des proportions supportables (puisqu’ils n’en alourdissent pas le service, alors même qu’elle continue de grandir), mais c’est là une maigre consolation face à la montagne de difficultés que signifiera le retour à la normale.

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  • Les "somnambules du XXIe siècle", version économique

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    Les «somnambules du XXIe siècle» (la formule est d’Emmanuel Macron, lors de la campagne présidentielle) n’arpentent pas seulement la scène politique. On les rencontre aussi sur le terrain économique, qu’ils minent à force de contre-vérités et d’initiatives malencontreuses et risquent d’entraîner dans la crise. La mise en pièces du multilatéralisme, la méfiance à l’endroit de la construction européenne, le repli sur soi et le rejet de l’immigration en sont les principales manifestations, à l’Est du continent comme aussi dans nos riches démocraties occidentales. Il ne faut pas se leurrer : la Suisse est tout autant frappée par le phénomène que ses voisins.

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  • Les retraites, façon grandes banques

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    La nouvelle n’a pas fait grand bruit en Suisse romande, et pourtant l’affaire est d’importance. La caisse de pensions d’UBS, la plus grande institution bancaire suisse, empoigne la réforme de la prévoyance avec une rare énergie : dès 2019, l’âge du départ en retraite des employés de la banque sera porté à 65 ans, celui du début de leur affiliation, ramené de 25 à 20 ans, leur taux de cotisation, relevé entre 0,5% et 2% selon l’âge, et le taux technique (c’est-à-dire le taux de rendement annuel moyen espéré à long terme) abaissé de 3% à 1,5%, ce qui aura pour effet de réduire encore le taux de conversion du capital en rentes, raccourci des 5,44% actuels à 4,42%. Pour rappel, le taux de conversion minimal en vigueur pour la partie obligatoire de la prévoyance professionnelle, initialement fixé à 7,2%, avait été ramené à 6,8 % lors de la première révision de la LPP en 2005. Depuis, le peuple a fait de la résistance : le taux de 6,4% proposé par le Conseil fédéral en 2008 «étant donné la nécessité de tenir compte de la diminution notable des rendements attendus à long terme sur les marchés financiers» a été sèchement refusé en votation populaire le 7 mars 2010. De même, les 6% prévus en quatre étapes jusqu’en 2022 ont été balayés, comme tout le paquet de la Prévoyance vieillesse 2020, lors de la votation de septembre dernier.

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  • Prévoyance en Suisse: et si on tentait un plan C ?

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    La politique passe pour être l’art du possible, même si le possible, outre qu’il contrevient souvent à la logique économique, peut chez nous échouer devant le peuple. Prenons le projet Prévoyance 2020. Tout a été dit, y compris son contraire, à son propos. Périlleux bricolage, mariant allégements divers et charges supplémentaires comme on marie la carpe et le lapin, il a été conçu de manière à répondre aux multiples objections soulevées au Parlement. Pour autant, il n’est pas sûr qu’il rallie une majorité suffisante devant les urnes, tant les oppositions croisées qu’il a suscitées ont fini par se neutraliser et risquent bien de faire trébucher le tout. Même un plan B, qui selon certains serait déjà prêt, n’échapperait pas en votation populaire à un rejet sec et cinglant.

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  • Les caisses de retraire publiques, un 2e pilier spécial?

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    Le rééquilibrage devenu impératif du bilan actuariel de la Caisse de prévoyance de l’Etat de Genève (CPEG) enflamme les esprits, tant il supposera de milliards et de sacrifices supplémentaires à charge des uns et des autres. Les uns, ce seront principalement les assurés actifs, tandis que les autres, ce seront in fine les contribuables, puisque la recapitalisation assénera un nouveau coup de massue aux finances cantonales.

    La raison de ce soudain remue-ménage est à la fois simple et compliquée.

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  • L’inflation au secours des retraites

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    Il y a quelque chose de byzantin dans la façon dont le Conseil national et le Conseil des Etats, par commissions interposées, se renvoient la balle à propos du projet de réforme de la prévoyance vieillesse présenté par le Conseil fédéral. Les ajustements, proposés pour être aussitôt écartés, ne sont certes pas des broutilles, puisque tantôt ils ajoutent et tantôt ils soustraient des montants par milliards à l’addition finale. Mais l’horizon visé est bas : à quinze ans de distance – une paille à l’échelle démographique – tout sera à reprendre, car les mesures sur lesquelles on s’écharpe ne sont que des mesurettes.

    Traitées ensemble ou séparément, AVS et prévoyance professionnelle obligatoire se heurtent en effet à la même évidence, qu’on voyait pourtant venir il y a fort longtemps déjà : la transition démographique désarticule, en Suisse comme ailleurs, les savantes constructions bâties sur les certitudes de l’époque.

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  • L’idée du professeur Tschopp reste actuelle

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    Il y a un quart de siècle ou presque, le 30 novembre 1992 très exactement, le conseiller national Peter Tschopp déposait une initiative parlementaire proposant l’adjonction aux institutions d’assurances prévues par la Constitution (LAMA, AVS, LPP) d’une «institution fédérale de prise en charge des frais sanitaires et d’encadrement liés au grand âge».

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  • AVS, 2e pilier, c’est du pareil au même

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    prevoyance vieillesse retraite.jpgOn tient mordicus à opposer 1er  et 2e pilier, alors que les deux ouvrages sont confrontés au même problème de statique. L’AVS, fondée sur la répartition (“pay as you go” disent les Anglo-Saxons), souffre du vieillissement démographique qui détériore le rapport de dépendance. La prévoyance professionnelle obligatoire, fondée sur l’accumulation et le placement d’épargne, est censée y échapper, mais en réalité trébuche sur le même obstacle, pour des raisons qu’on se garde généralement de mettre en lumière. Voici donc, pour la clarté de la chose, de quoi il retourne.

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  • Les calculs d’épicier de la prévoyance

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    Si notre prévoyance à trois piliers, modèle de réussite actuarielle, suscite partout l’admiration, elle s’avère en réalité plus coûteuse qu’efficace, du moins si l’on en juge par son résultat, savoir le taux de remplacement du dernier salaire.

    La Suisse se classe en effet à cet égard quelque part entre le vingtième et le trentième rang mondial, avec un taux de l’ordre de 40%, ce qui ne l’empêche pas de connaître, elle aussi, des difficultés croissantes de financement. Les perspectives démographiques pèsent sur l’avenir de l’AVS et, alliées à la faiblesse des rendements financiers, menacent également l’équilibre des caisses de pensions.

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  • L’effet singulier des taux négatifs

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    Les taux négatifs qui se répandent un peu partout mettent le monde à l’envers et rendent les caisses de pensions schizophrènes.

    D’un côté en effet ces dernières, grandes consommatrices d’actifs sûrs, acceptent d’acheter des obligations de la Confédération dont le rendement est inférieur à zéro y compris pour des échéances très lointaines, ce qui signifie qu’elles n’entrevoient guère d’améliorations sur ce plan là avant très, très longtemps.

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  • BNS: pourquoi changer quand tout va bien (ou presque)

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    La Banque nationale suisse n’est pas la Banque centrale européenne, n’empêche qu’elle essuie depuis quelque temps le même genre de critiques. On lui reproche en gros de prendre ses décisions de manière indépendante, ce dont on se félicitait quand tout allait bien, mais qui ne va plus du tout lorsque la politique monétaire qu’elle a choisi de suivre heurte les intérêts de tel ou tel secteur de l’économie. Il conviendrait par exemple de flanquer son directoire de commissions d’experts, ou plus radicalement de le remplacer par un comité élargi, à l’image de celui de la BCE ou, mieux encore, de la Réserve fédérale américaine. On éviterait ainsi qu’un organe décisionnel de taille restreinte ne s’aventure sans boussole autre qu’une connaissance purement académique du terrain entre les écueils d’un monde financier de plus en plus complexe et imprévisible.

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  • Ce qui se cache derrière les taux négatifs  

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    Les pères et mères de la prévoyance professionnelle obligatoire n’auraient sans doute jamais imaginé que des taux d’intérêt puissent devenir négatifs et ruiner du même coup leur œuvre commune. Car des taux négatifs, soyons-en conscients, détruisent du capital ; or l’essence même du 2e pilier est la capitalisation, primo du fait de l’accumulation d’épargne (les cotisations payées par les employeurs et leurs salariés), secundo du fait de la rémunération de cette épargne (l’intérêt légal servi sur les avoirs de vieillesse), et même, tertio, par l’intervention d’un taux, dit technique, servant à calculer la valeur actuelle des engagements futurs de rentes.

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  • Une enseignante dit basculer dans la pauvreté... Qu'en est-il?

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    «J’ai honte de basculer dans la pauvreté», confiait récemment une enseignante genevoise dans les colonnes de ce journal. L’aveu, sans aucun doute sincère, de cette préretraitée du DIP a dû ébranler plus d’un lecteur. Et l’amener à s’interroger sur ce qui a pu engendrer pareil sentiment chez une personne – qu’on se gardera bien de juger, faute de connaître sa situation familiale et pécuniaire – qui s’apprête à vivre avec une rente AVS qu’on suppose pleine, et un 2e pilier d’environ 2500 francs selon ses dires. Soit, au total et en chiffres ronds, 4850 francs mensuels, qui correspondent à 65% du salaire médian genevois et à un peu moins, mais tout de même, de 56% du salaire médian calculé pour le secteur public, évalué à 8'666 francs en 2012.

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  • Un 2e pilier sans avenir?

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    vieux marionnettes.jpgAux taux actuels, plus bas que jamais, les régimes de prévoyance fondés sur l’accumulation de capitaux n’ont pas d’avenir. Ce n’est pas moi qui le dis, mais le professeur bâlois Heinz Zimmermann, lors d’un forum qui s’est tenu à St-Gall.

    L’économiste – dont ce n’est pas le premier avertissement – a mis le doigt sur les incohérences du système de retraites par capitalisation tel que la Suisse l’a façonné et ancré jusque dans sa Constitution, où l’on peut lire à l’article 113 que la prévoyance professionnelle, conjuguée à l’AVS, doit permettre à l’assuré de «maintenir de manière appropriée son niveau de vie antérieur». Concrètement, ce niveau approprié a été arrêté à 60% environ du dernier salaire.

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  • Obligations, le piège fatal

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    1000 francs.jpgContraintes par la loi ou amenées à s’y conformer par la force de l’habitude, les institutions collectives allouent une part importante voire prépondérante de leur fortune aux placements en valeurs à revenu fixe, et de préférence en obligations d’emprunts d’Etat. Les caisses de pensions suisses leur consacrent 35% de leurs avoirs ; les assureurs-vie, jusqu’à deux fois plus s’agissant de la fortune liée à leurs engagements, notamment vis-à-vis des premières nommées.

    Bref, l’idée conventionnelle selon laquelle absence de risque rime avec créance sur débiteur souverain et si possible sur la Confédération continue de façonner le gros de la structure de nos systèmes de prévoyance.

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  • Locataires, retraités: Quand le droit va de travers

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    Le Tribunal fédéral, interprétateur sourcilleux du droit du bail, vient de juger que les rendements prévus dans les plans financiers des habitations à loyers contrôlés par l’Etat devaient s’ajuster au – bas – niveau des taux hypothécaires actuels, donc en suivre la courbe fortement descendante. D’où, comme l’a relevé Christian Bernet la semaine dernière dans la Tribune de Genève, sous le titre La panique s'empare des constructeurs de logements, un certain émoi chez les promoteurs et les investisseurs institutionnels, telles les caisses de pensions, qui placent une bonne partie de leurs actifs dans l’immobilier et ne peuvent se contenter de rendements aussi faibles pour remplir leurs obligations de prévoyance.

    Le TF aurait d’ailleurs pu remarquer qu’il y avait une certaine incohérence dans le fait de juger excessif un rendement net dépassant 2,5%, quand le taux d’intérêt minimum que les institutions de prévoyance sont tenues de verser sur les avoirs de vieillesse vient d’être fixé à un niveau à peine supérieur (1,75%) ; à ce taux-là, elles ne couvrent même plus leurs frais.

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