18/10/2017

Risque numéro un, la dette

La voix du Fonds Monétaire International ne porte peut-être plus aussi loin que celle, plus bruyante, du G20 ou d’autres enceintes au goût du jour, elle n’en mérite pas moins de retenir toute notre attention. Dans ses dernières «Perspectives de l’économie mondiale» (octobre 2017), le Fonds confirme bien que la reprise est là et que le verre, hier à moitié vide, est à présent plein aux trois quarts, mais il s’empresse dans la foulée de relever combien cette reprise demeure fragile, au vu des nombreux risques qui l’entourent.

Le plus frappant de ces risques, hormis le traditionnel cortège de déséquilibres structurels (faiblesse de la productivité, creusement des inégalités, perte d’orientation des politiques monétaires), est sans doute le niveau d’endettement observé un peu partout, et qui rappelle les circonstances ayant précédé, et manifestement provoqué, la crise financière de 2007-2008.

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16/08/2017

De l’eau au moulin du fonds souverain

Âprement disputée comme on sait, l’idée d’un fonds souverain – ou de quelque chose s’en approchant – financé par les énormes réserves de la BNS pourrait rebondir si l’on prenait la peine de lire la proposition un peu iconoclaste de deux économistes américains, dont The Economist s’est fait l’écho au début du mois. Dans un papier intitulé «The Capital Structure of Nations» (qui fait en quelque sorte écho à La Richesse des Nations, le célèbre ouvrage d’Adam Smith), Patrick Bolton et Haizhou Huang suggèrent en effet que les Etats pourraient sous certaines conditions financer leurs dépenses utiles (donc d’investissement) par de la pure création monétaire, de la même manière que les entreprises financent parfois les leurs par une augmentation de capital, c’est-à-dire en émettant de nouvelles actions.

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21/06/2017

En attendant la prochaine crise: tant va la cruche à l’eau…

Combien de temps s’écoule-t-il jusqu’à ce qu’une crise financière soit oubliée?

D’expérience, il semble qu’une génération, voire moins, suffise pour qu’une vaste majorité d’intervenants ait perdu la mémoire de la crise précédente. La dernière crise majeure que la Suisse ait connue, celle du krach immobilier du début des années 90, est donc en passe d’être complètement oubliée. On comprend dès lors que la Banque nationale suisse, en charge de la surveillance bancaire et principale intéressée au maintien de la stabilité financière, veille avec la plus grande attention au bon fonctionnement du marché hypothécaire. Et il n’aura pas échappé au lecteur attentif de son dernier Rapport sur la stabilité financière qu’elle continue de considérer ce marché comme suffisamment éloigné de l’équilibre pour consacrer une large part de son analyse à la situation des banques «axées sur le marché intérieur», autrement dit celles, locales et régionales, qui vivent principalement du crédit hypothécaire.

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07:33 Publié dans Air du temps, Banques centrales, Dette, gouvernance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

17/05/2017

L’euro à marée haute

La monnaie unique s’approche insensiblement d’un niveau qu’on peut considérer comme pratiquement équivalent au cours plancher introduit en septembre 2011 et dont la levée trois ans et demi plus tard avait suscité tant de protestations. A 1,10 franc aujourd’hui et bientôt peut-être 1,15 franc, cours que les stratèges d’UBS considèrent à portée de main, l’euro sera en effet à la fois supportable pour les exportateurs et proche en valeur réelle (c’est-à-dire inflation déduite) de son niveau d’alors, sans que pour cela la Banque nationale ait eu à intervenir.

En forçant le trait, on ira même jusqu’à suggérer que les circonstances actuelles permettraient à la BNS de se défaire d’une partie du stock colossal de devises qu’elle a été contrainte d’accumuler pour empêcher une trop forte appréciation du franc. En outre et sans rien faire d’autre elle empochera, si la tendance se confirme, une jolie plus-value que la Confédération et les cantons se réjouissent sans doute déjà de se partager.

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03/05/2017

Les caisses de retraire publiques, un 2e pilier spécial?

Le rééquilibrage devenu impératif du bilan actuariel de la Caisse de prévoyance de l’Etat de Genève (CPEG) enflamme les esprits, tant il supposera de milliards et de sacrifices supplémentaires à charge des uns et des autres. Les uns, ce seront principalement les assurés actifs, tandis que les autres, ce seront in fine les contribuables, puisque la recapitalisation assénera un nouveau coup de massue aux finances cantonales.

La raison de ce soudain remue-ménage est à la fois simple et compliquée.

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07:51 Publié dans Assurances, Capital, Dette, Financement des retraites, Genève, Taux d'intérêt | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

05/04/2017

Euro: qui veut noyer son chien…

Il y a deux sortes d’adversaires à la monnaie unique européenne. Ceux qui, jugeant son lancement prématuré, lisent dans les difficultés actuelles de l’union monétaire la vérification de leur diagnostic. Et ceux qui, accusant l’euro de tous les maux, masquent leur europhobie viscérale derrière un argumentaire plus ou moins scientifique, comme les candidat(e)s d’extrême gauche et d’extrême droite à la présidentielle française, qui puisent leur inspiration auprès d’analystes traditionnellement eurosceptiques, tel l’économiste Jacques Sapir, récemment interrogé sur les ondes de la RTS.

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01/03/2017

Taxer les robots ? Quelle drôle d’idée !

Entre Benoît Hamon et Bill Gates, il n’y a pas grand chose de commun, sauf que tous deux avancent l’idée qu’on en viendra à taxer les robots. Le milliardaire californien comme le candidat socialiste à la présidentielle française tirent en effet de la disparition programmée de la plupart des emplois la même conclusion : puisque le travail, principale source de revenu pour le commun des mortels, se raréfie, il faudra bien trouver un moyen autre que les salaires, et les prélèvements de toutes sortes qui les ponctionnent, pour assurer la protection sociale et la vie tout court. Le revenu universel, financé par une taxe sur les mécanismes dotés d’intelligence artificielle, pourrait être ce moyen.

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06:27 Publié dans Démocratie, Dette, Finances publiques, gouvernance | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | |

08/02/2017

La dette, pas si bonne pour la croissance

Des économistes de la Banque des règlements internationaux (BRI) viennent de découvrir quelque chose de peu rassurant[1] : une augmentation de l’endettement des ménages plus rapide que celle du produit intérieur brut (PIB) tendrait à la longue à freiner la croissance, même si dans l’immédiat, à la manière d’une drogue si l’on peut dire, cette augmentation serait légèrement stimulante.

Selon les calculs des chercheurs, un ratio dette privée/PIB supérieur à 80% accentuerait cet effet de freinage, chaque point de pourcentage d’augmentation dudit ratio entraînant à terme une baisse de 0,1% de la croissance. Cela peut paraître négligeable, mais ne l’est pas tout à fait dans le cas de la Suisse, dont le taux d’endettement des ménages, essentiellement hypothécaire, bat tous les records, puisqu’il frise actuellement les 120% du PIB (contre une moyenne de 80% pour les pays les plus avancés), alors qu’il n’était «que» de 100% il y a 10 ans. Peu de pays ont enregistré une progression aussi rapide de la dette privée. Il n’y a guère que la Suède à avoir fait encore mieux.

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07/12/2016

La deuxième vie du dollar

Nous sommes quelques-uns à avoir cru fermement et écrit, il y a de cela une vingtaine d'années, que le dieu Dollar était déchu et qu'il ne pouvait désormais que chuter au point de perdre son rôle de monnaie dominante. Nous pensions alors dur comme fer que l'importance des "balances dollar" – comme depuis Jacques Rueff et même bien avant (en 1949 déjà, dans des études de la Réserve fédérale) on appelait les montants prodigieux de dollars détenus par les pays créanciers des États-Unis –, nous pensions donc que cette masse énorme de dollars résultant des déficits extérieurs accumulés par la première puissance économique du monde finirait inévitablement par détruire le peu de confiance encore placée dans une monnaie longtemps considérée comme "aussi bonne que l'or".

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30/11/2016

Attention aux risques hypothécaires !

Le temps passant, le niveau extrêmement bas des taux d’intérêt, notamment hypothécaires, engendré par les intérêts négatifs que la BNS perçoit sur les comptes de virement que les banques entretiennent auprès d’elle a fait naître des comportements qui ne sont pas sans risque. Les banques principalement actives sur le marché intérieur, qui vivent pour l’essentiel de la marge entre intérêts actifs et passifs et qui ont vu leur rentabilité décliner continuellement depuis la crise financière de 2008, sont tentées de compenser la réduction tendancielle de cette marge par une augmentation plus que proportionnelle de leurs crédits sur le seul marché offrant encore une chance de gain, savoir le marché hypothécaire.

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07:04 Publié dans Banques, Banques centrales, Dette, Finances, Immobilier, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

16/11/2016

Un fonds souverain suisse: une idée fait son chemin

Les montagnes d’euros et de dollars repris par la Banque nationale afin d’empêcher une trop forte revalorisation du franc finiront bien, un jour ou l’autre, par servir à la création d’un fonds souverain. Un premier pas vient en tout cas d’être franchi avec la reconduction pour cinq ans de l’accord conclu entre le Département des finances et la BNS au sujet de la répartition du bénéfice de cette dernière.

Cette nouvelle convention qui sanctuarise en quelque sorte, au grand soulagement des cantons, un principe arrêté une première fois pour la période de 2011 à 2015, montre en effet que l’on reconnaît désormais en haut lieu le caractère sinon réel, du moins utile, des excédents dégagés en bonne partie par l’actif grossissant du bilan de l’Institut d’émission.

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05/10/2016

Monnaies: quand et comment virer de bord ?

En voile, sauf erreur, virer de bord implique de changer de cap ni trop tôt ni trop tard pour réussir la manœuvre. En matière monétaire, il en va à peu près de même : inverser la politique qui a consisté jusqu’ici à faire baisser les taux d’intérêt, et même à les mener en territoire négatif, pour les réaligner sur leur tendance de long terme, est une décision qui doit se prendre au bon moment. Entamé trop tôt, le mouvement risque d’étouffer la reprise. Entrepris trop tard, il pourrait réveiller les anticipations inflationnistes.

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15/09/2016

Hypothèques: vers une crise des subprimes façon helvétique?

Patrik-Gisel raiffeisen.jpgS’acheminerait-on, imperceptiblement, vers une crise des subprimes façon helvétique? L’hypothèse, en soi improbable tant les caractéristiques de notre marché diffèrent de celles qui régnaient à l’époque sur le marché américain, n’en est pas moins concevable «toutes choses égales par ailleurs». La croissance du volume des financements hypothécaires aux Etats-Unis était alors à peu près aussi rapide qu’elle l’est aujourd’hui en Suisse, même si elle empruntait d’autres canaux – les crédits bancaires directs ici, leur titrisation là-bas.

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17/08/2016

L’effet singulier des taux négatifs

Les taux négatifs qui se répandent un peu partout mettent le monde à l’envers et rendent les caisses de pensions schizophrènes.

D’un côté en effet ces dernières, grandes consommatrices d’actifs sûrs, acceptent d’acheter des obligations de la Confédération dont le rendement est inférieur à zéro y compris pour des échéances très lointaines, ce qui signifie qu’elles n’entrevoient guère d’améliorations sur ce plan là avant très, très longtemps.

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04/08/2016

La bombe à retardement des taux fixes

Mon ami du Valais est très remonté contre les banques. Son beau-fils, qui rêvait depuis longtemps d’accéder à la propriété, va probablement accepter de contracter un emprunt à taux fixe sur dix ans, encouragé en cela par sa banque – sans doute un institut régional – qui lui suggère de choisir un amortissement limité au strict minimum. Non seulement, lui a-t-on expliqué, il déboursera ainsi bien moins que son loyer actuel grâce au bas niveau des taux d’intérêt, mais encore il fera une économie d’impôts, puisque les charges hypothécaires sont intégralement déductibles du revenu. Il aura la belle vie, pourra partir chaque année en vacances, changer régulièrement de voiture. Dix ans, c’est tellement loin…

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15/12/2015

L'Etat peut dépenser sans augmenter ses charges courantes

Maintenant que la politique monétaire devenue hémiplégique (elle ne peut bouger les taux d’intérêt que dans le sens de la hausse) a perdu une bonne part de son efficacité, on est invité à tourner le regard vers le second volet de la politique conjoncturelle, savoir le maniement de la dépense publique. Bien que chaudement recommandé par les partisans d’une action volontariste de l’Etat, qui y voient l’unique moyen de suppléer la défaillance de la dépense privée, le recours au deficit spending est vigoureusement rejeté par les tenants de l’équilibre budgétaire, avec l’argument assez convaincant que la dette publique n’a – presque – jamais été aussi élevée.

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17/11/2015

Franc fort, à force de couper dans le gras…

Retombe-t-on en récession ou, comme le suggère The Economist, entame-t-on un troisième épisode de l’histoire de la dette, celui, après la crise des subprime puis celle de la zone euro, d’un effondrement des marchés émergents ? Vue d’ici, cette succession de déconvenues financières a longtemps semblé pour l’essentiel nous épargner.

Mais voici que la Suisse entière, et Genève en particulier, affrontent des vents décidément contraires : perspectives budgétaires alarmantes, licenciements collectifs, exportations en recul, délocalisations rampantes, tous symptômes annonciateurs de lendemains qui ne chantent guère et replacent ce pays à l’intérieur du cadre qui est le sien qu’il le veuille ou non, savoir celui d’une Europe désorientée, ou plutôt, d’une économie mondialisée aux prises avec d’inextricables difficultés à retrouver son aplomb.

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03/11/2015

Un 2e pilier sans avenir?

vieux marionnettes.jpgAux taux actuels, plus bas que jamais, les régimes de prévoyance fondés sur l’accumulation de capitaux n’ont pas d’avenir. Ce n’est pas moi qui le dis, mais le professeur bâlois Heinz Zimmermann, lors d’un forum qui s’est tenu à St-Gall.

L’économiste – dont ce n’est pas le premier avertissement – a mis le doigt sur les incohérences du système de retraites par capitalisation tel que la Suisse l’a façonné et ancré jusque dans sa Constitution, où l’on peut lire à l’article 113 que la prévoyance professionnelle, conjuguée à l’AVS, doit permettre à l’assuré de «maintenir de manière appropriée son niveau de vie antérieur». Concrètement, ce niveau approprié a été arrêté à 60% environ du dernier salaire.

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22/09/2015

Immobilier : toujours la ligne rouge

Ce n’est plus seulement la Banque nationale suisse, mais aussi, cette fois-ci, la Banque des règlements internationaux qui met en exergue l’évolution de l’immobilier en Suisse. Selon ses calculs, les prix de l’immobilier résidentiel enregistrent chez nous depuis des années une hausse dépassant de beaucoup celle que connaissent les quelques rares pays où ils continuent d’augmenter, pour l’essentiel l’Allemagne, la Suède ou encore le Canada.

La mesure dans laquelle ces prix s’écartent de leur tendance à long terme y atteindrait presque 12 points de pourcentage, ce qui placerait la Suisse dans la zone de danger, puisque ce «property price gap» est considéré comme un signal d’alerte avancé, annonciateur d’une crise bancaire susceptible d’intervenir dans les trois ans. Bigre !

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08/09/2015

La grande inconnue des taux d’intérêt

pour cent.jpgLe plus grand danger qui menace la stabilité financière, ce n’est pas, quoi qu’en pensent les gérants d’actifs, l’effondrement de la bourse de Shanghai ou celui de l’économie chinoise dans son ensemble, c’est beaucoup plus simplement le fait que ces mêmes gérants n’ont pour la plupart rien connu d’autre que des taux d’intérêt quasi nuls et une liquidité plus qu’abondante.

Dans leur grande majorité en effet, ils ne sont arrivés aux affaires qu’il y a six ou sept ans, lorsque les banques centrales, soucieuses de prévenir le déclenchement d’une véritable dépression à la suite de la crise de 2008, ont ouvert massivement le robinet de la création monétaire et se sont mises à racheter à tour de bras des obligations d’Etat puis des obligations tout court.

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