Concurrence

  • Et revoilà la monnaie pleine !

    Imprimer

    Chassée par la porte, la monnaie pleine est peut-être en train de revenir par la fenêtre. Le débat suscité par l’émergence des crypto-monnaies conduit en effet à postuler qu’un beau jour, sans doute pas si lointain, les banques centrales pourraient être amenées à émettre leurs propres monnaies numériques. Car il est hors de question, pour toutes sortes de raisons bonnes ou mauvaises, de laisser filer le monopole de l’émission de moyens de paiement légaux vers des organisations privées telles que Facebook et consorts dont les ambitions en la matière, on l’a vu, sont immenses.

    Lire la suite

  • A la poursuite de prix équitables: Et si la Suisse adoptait l'euro?

    Imprimer

    Le combat contre l’«îlot de cherté suisse» ressemble beaucoup à celui livré contre la hausse constante des primes d’assurance-maladie : postulats et motions parlementaires, initiatives et contre-projets se succèdent, sans que véritablement l’on se rapproche de l’objectif visé.

    Les prix en Suisse demeurent – chiffres de 2017 – de quelque 56% (et même de 68% pour les services) plus élevés que dans les pays de l’UE-15, et tout porte à penser que les mesures préconisées pour renforcer la concurrence, qu’elles émanent de l’initiative «pour des prix équitables» ou du texte que le Conseil fédéral suggère de lui opposer, n’auront pas beaucoup plus d’impact que tout ce qui a été mis en place jusqu’ici.

    Il y a en effet quelque chose de donquichottesque dans ces tentatives de séparer l’îlot de prix, dont tout le monde se plaint, de l’«îlot de salaires» (pour reprendre l’expression d’un confrère de la NZZ), tout aussi élevés, mais que personne, bien évidemment, ne songe à dénoncer, quand bien même les deux phénomènes sont étroitement liés.

    Lire la suite

  • La taxation des robots, ou la quête du Graal

    Imprimer

    L’idée de taxer les robots pour financer la reconversion des salariés dont ils auront finalement subtilisé la quasi totalité des emplois fait son chemin, y compris chez les plus éminents fiscalistes. On peut le comprendre, tant le phénomène de la numérisation se répand à la vitesse de l’éclair dans tous les compartiments de l’activité économique. Les derniers doutes sur la faisabilité de la chose (risques d’évasion fiscale ou d’autres formes de contournement de l’impôt) sont en train de tomber, puisque un début de coordination interétatique en matière de taxation se met progressivement en place sous l’égide, notamment, du G20 et de l’OCDE*. On vise d’abord les GAFA, mais le reste se mettra ensuite en place.

    Lire la suite

  • Et si le populisme était en définitive le meilleur moyen de sauver le capitalisme ?

    Imprimer

    Et si le populisme était en définitive le meilleur moyen de sauver le capitalisme ? Cette thèse, pour le moins hétérodoxe, est défendue de manière assez convaincante par Raghuram G. Rajan, ancien gouverneur de la banque centrale de l’Inde et actuel professeur de finance à la très réputée Chicago Booth School of Business, dans un article qu’il vient de publier (“Why capitalism needs populism”)*.

    Lire la suite

  • Comment on se tire une balle dans le pied

    Imprimer

    Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. En menaçant la Chine de ses foudres tarifaires, Donald Trump comble d’aise ses zélateurs, mais fait preuve une fois de plus de sa méconnaissance crasse des principes économiques les plus élémentaires. On se souvient par exemple de la conviction avec laquelle il avait affirmé à coups de tweets que ce serait le Mexique qui payerait le mur, alors qu’un étudiant de deuxième année en économie n’aurait eu aucune peine à démontrer que ce seront toujours les contribuables américains qui règleront la facture.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Chine, Concurrence, Démocratie, Etats-Unis 0 commentaire
  • Dumpings salarial, locatif... Mieux vaut être dedans que dehors

    Imprimer

    Largement répandu dans les années trente au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, le système dit du «closed shop» réservait l’embauche aux membres de syndicats reconnus. Peu à peu interdite au nom de la liberté de contracter, cette façon de fermer l’emploi aux travailleurs venus du dehors fait irrésistiblement penser, toutes choses bien sûr égales par ailleurs, à diverses politiques en cours aujourd’hui dans divers pays dont singulièrement la Suisse, censées lutter contre le dumping salarial, protéger le pouvoir d’achat, empêcher la concurrence forcément déloyale de pays lointains, bref, toutes formes de remise en cause de ce qu’il faut bien appeler un cloisonnement du marché du travail.

    La différence essentielle d’avec les pratiques d’hier est évidemment qu’aujourd’hui un tel cloisonnement n’est pas condamné, mais au contraire soutenu jusque dans les rangs patronaux, pour la raison vraisemblable mais inavouée que ceux-ci y trouvent un moyen de se prémunir contre la sous-enchère de compétiteurs externes.

    Lire la suite

  • Comme la chèvre de Monsieur Seguin

    Imprimer

    Éprise de liberté telle la chèvre de monsieur Seguin, la Suisse n’en finit pas de batailler pour tenir à distance l’accord institutionnel que l’Europe entend lui faire accepter. Point principal d’achoppement, l’entorse à la libre circulation des personnes en la forme d’un ajustement des mesures d’accompagnement existantes, demandé par Bruxelles mais catégoriquement refusé par les syndicats, qui y voient une menace sur le niveau des salaires. Ce caillou dans la chaussure est en quelque sorte l’équivalent pour nos diplomates de ce que la frontière entre l’Irlande et les six comtés unionistes d’Ulster implique pour les négociateurs du Brexit : une probabilité nulle de s’accorder, une impossibilité d’aboutir, de permettre que deux parallèles se rejoignent avant l’infini…

    Lire la suite

  • Le pour et le contre d’une banque postale

    Imprimer

    Le compte de chèque postal, le fameux CCP, est sans doute pour la plupart des gens leur tout premier contact avec le monde des services financiers. Il collecte leurs petites économies, accompagne chaque mois de ses bulletins orange (autrefois vert…) leurs factures de loyer et d’électricité, et relaie ainsi une multitude de versements et de virements dont il consigne encore souvent les «récépissés» dans ces inénarrables petits carnets jaune. En Suisse comme partout ailleurs, la Poste s’est tôt imposée comme un important opérateur du trafic des paiements. Son «Service des chèques et des virements postaux», né en 1906, a même précédé celui de l’Allemagne, lancé en 1908, et commencé ainsi à fonctionner bien avant son équivalent français, qui date de 1918.

    Lire la suite

  • L’économie de Trump, ou le vol d’Icare

    Imprimer

    L’image est jolie. Sur le site de référence de Project Syndicate (une organisation à but non lucratif fondée en 1994 à Prague et regroupant une kyrielle de commentateurs dans plus de 150 pays), une batterie d’économistes américains réputés décrivent en long et en large ce qu’ils appellent «The Icarus Economy», ou comment la brillante performance économique dont l’actuel président des Etats-Unis s’enorgueillit à longueur de tweets risque de s’interrompre, tel le vol d’Icare, victime d’erreurs et de maladresses commises par son concepteur dans l’ignorance des règles les plus fondamentales de la gravité.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Concurrence, Croissance, Etats-Unis 1 commentaire
  • Raiffeisen: de l’utilité des coopératives

    Imprimer

    Les turbulences récemment traversées par Raiffeisen démontrent à quels désagréments peut conduire la forme coopérative lorsqu’elle s’applique au monde de la finance. Le troisième groupe bancaire helvétique ne doit bien entendu pas les mésaventures qu’il a connues à sa seule forme juridique. D’autres banques, et non des moindres, ont eu affaire à des tracas d’une autre envergure, alors même qu’elles constituaient des sociétés anonymes pur sucre – que l’on songe simplement aux circonstances ayant entouré la fusion entre UBS et SBS, ou aux déboires d’autres mastodontes telle la Deutsche Bank. Mais se rappelle-t-on encore des péripéties qui avaient conduit à l’époque la Banque Populaire Suisse, cette autre banque coopérative, à finir entre les mains du Crédit Suisse ? A l’origine de ses multiples déconvenues, on retrouve, comme pour Raiffeisen, une défaillance dans le mode de gouvernance, qu’il faut bien imputer à la forme coopérative. Car à la différence de ce que l’on observe pour les sociétés anonymes, la surveillance exercée par le conseil d’administration sur la direction de la coopérative pêche par plusieurs aspects : une absence – ou une insuffisance – de pression sur les organes dirigeants de la part des coopérateurs (ou de leurs délégués dans le cas des grandes coopératives), une lenteur dans la prise de décision, et bien souvent une connaissance lacunaire des membres de la coopérative du domaine dans lequel celle-ci est active. Dans ces conditions, des managers peu scrupuleux, ou tout simplement imprudents, ont toute liberté d’engager l’entreprise dans des aventures risquées. A quoi s’ajoute une certaine fragilité structurelle sur le plan financier, puisque la forme coopérative, lorsqu’elle s’applique à la banque, rend difficile le processus de recapitalisation en cas de besoin urgent de refinancement.

    Lire la suite

  • Commerce : l’erreur américaine

    Imprimer

    Trump se trompe. En détruisant l’ordre multilatéral que les Etats-Unis ont eux-mêmes construit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour le remplacer par une série de matches de catch à deux gagnables à la seule force du poignet, il commet une quintuple erreur.

    Lire la suite

  • Comment la BNS fait des heureux à l’Est

    Imprimer

    L’un des effets collatéraux, si l’on peut dire, de la politique monétaire suivie par la Banque nationale suisse est d’avoir fait par moments des heureux en Europe centrale. La longue période de bas taux d’intérêt que le franc a traversée depuis une bonne vingtaine d’années a en effet conduit les emprunteurs de pays tels que la Pologne ou la Hongrie, comme plus à l’ouest l’Autriche voire bon nombre de municipalités françaises, à préférer s’endetter en francs plutôt qu’en złotys, forints et autres euros, tant l’écart de taux entre ces monnaies – encore lestées de l’inflation héritée de la période communiste – et le franc était important. Qu’on en juge plutôt par cet exemple : au premier semestre 2011, le taux d’intérêt moyen de l’encours de l’ensemble des crédits hypothécaires en francs souscrits par des ménages polonais se situait légèrement en dessous de 2%, alors que celui des prêts libellés en monnaie domestique frisait les 6% à la même époque. Or quelque 40% des prêts immobiliers en Pologne sont libellés en francs.

    Lire la suite

  • Le libre-échange pour les nuls

    Imprimer

    Avec sa façon cowboyesque d’empoigner les relations internationales, le président américain ne fait pas que démolir les règles de bienséance commerciales patiemment édifiées depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale. Il ruine également les bases de la prospérité – américaine au premier chef, mais pas seulement – à laquelle l’ouverture des frontières a jusqu’ici conduit. Parce que, contrairement à ce dont il semble s’être convaincu, le libre-échange profite à tous les partenaires, même et y compris à ceux qui, comme les Etats-Unis, présentent un déficit de leur balance commerciale.

    Lire la suite

  • Logement, santé; haro sur l’îlot de cherté

    Imprimer

    Les deux postes de dépenses qui pèsent le plus lourdement dans le budget des ménages helvétiques sont, comme chacun sait, les coûts du logement et les frais médicaux. Or quels sont les deux postes de dépenses pour lesquels les niveaux de prix pratiqués en Suisse dépassent le plus nettement ceux que l’on peut noter dans les pays qui l’entourent ? Les coûts du logement et les frais médicaux… Il y a donc, manifestement, quelque chose qui ne tourne pas rond dans le fonctionnement de notre économie. Et cette chose s’appelle concurrence, ou plus exactement manque de concurrence.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Concurrence, Prix, suisse 0 commentaire
  • Libor, Saron, charabia monétaire dont pourtant beaucoup dépend

    Imprimer

    Au pays le plus endetté du monde hypothécairement parlant (on aura reconnu la Suisse), on se penche gravement sur le passage, probable et imminent, du Libor au Saron. Le Libor, ce London interbank offered rate (en bon français, taux interbancaire pratiqué à Londres), est sur le point d’être remplacé, chez nous, par le Saron, acronyme barbare désignant le Swiss Average Rate Overnight, en bon français le taux d’intérêt moyen pour les prêts au jour le jour, plus précisément pour une nuit (overnight), taux auquel les banque se prêtent à très court terme, les unes aux autres, les liquidités qui manquent aux premières et dépassent leurs besoins chez les secondes.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Banques, Concurrence, Finances, Immobilier 1 commentaire
  • Le protectionnisme ne protège rien du tout

    Imprimer

    Où est-elle, la Suisse ouverte au grand large, à l’échange libre de biens et de services, à l’accueil généreux de travailleurs italiens, espagnols, portugais, cette Suisse à l’avant-garde de la mondialisation par sa participation active aux flux d’investissements directs ? On a parfois le sentiment, aujourd’hui, qu’elle se recroqueville sur ses succès passés et sa prospérité, refuse le monde, et va jusqu’à se plaindre des conséquences les plus banales de la libre circulation en postulant une préférence nationale qu’on croyait réservée aux économies en difficulté.

    Deux exemples récents, exceptionnels mais révélateurs de ce nouvel état d’esprit. Un constructeur saint-gallois de façades métalliques vient de se plaindre d’avoir été écarté par les CFF d’un appel d’offres au profit d’une entreprise chinoise pour une différence de prix – de l’ordre de 20% – ne justifiant pas selon lui le recours peu écologique à ce fournisseur lointain. Peu auparavant, on dénonçait le fait que la Confédération ait attribué à une entreprise lituanienne la confection des vignettes de haute sécurité apposées sur les visas Schengen, alors que ce genre de travail était habituellement confié à Orell Füssli Security Printing.

    Lire la suite

  • Le commerce équitable selon D. Trump

    Imprimer

    Le président des Etats-Unis a une vision simple du commerce international. A son avis, les échanges bilatéraux doivent être équilibrés car les soldes, surtout ceux qui se creusent au détriment de son pays et des industries qui en faisaient naguère la fierté, conduisent à l’accumulation de dettes et d’autres mauvaises choses. Les remontrances du président visent principalement l’Allemagne d’Angela Merkel en qui Donald Trump voit la principale, sinon la seule, responsable du déficit extérieur américain.

    Lire la suite

  • Soudeur schwytzois, plombier polonais, même niet!

    Imprimer

    Même confinée à l’espace national, la libre circulation n’a plus la cote, à preuve la levée de boucliers romands contre le projet de révision de la loi sur les marchés publics, qui n’est qu’une des nombreuses déclinaisons du principe du libre-échange. Architectes, ingénieurs, constructeurs, syndicats, tous redoutent la «distorsion de concurrence» (sic) qui risque selon eux de découler de l’entrée en scène de soumissionnaires venus d’autres cantons. Car, aussi étrange que cela puisse paraître, le marché intérieur qu’on supposait aller de soi depuis que la loi qui porte son nom l’a voulu ainsi, n’avait pas prévu de «traitement national» pour l’attribution des travaux.

    Lire la suite

  • Euro: qui veut noyer son chien…

    Imprimer

    Il y a deux sortes d’adversaires à la monnaie unique européenne. Ceux qui, jugeant son lancement prématuré, lisent dans les difficultés actuelles de l’union monétaire la vérification de leur diagnostic. Et ceux qui, accusant l’euro de tous les maux, masquent leur europhobie viscérale derrière un argumentaire plus ou moins scientifique, comme les candidat(e)s d’extrême gauche et d’extrême droite à la présidentielle française, qui puisent leur inspiration auprès d’analystes traditionnellement eurosceptiques, tel l’économiste Jacques Sapir, récemment interrogé sur les ondes de la RTS.

    Lire la suite

  • Un franc suisse sous haute surveillance de l'Oncle Sam

    Imprimer

    La Lex americana, cette manière qu’ont les Etats-Unis d’imposer au reste du monde ce qui leur paraît juste et nécessaire, ne s’applique pas seulement au domaine fiscal. Depuis 1988, date de l’entrée en vigueur d’un dispositif destiné à lutter contre les pratiques commerciales et les politiques de change de certains pays et qui sont – comment, n’est-ce pas, l’expliquer autrement – à l’origine du déficit extérieur persistant des Etats-Unis, le Trésor américain surveille ces pratiques et politiques et fait, deux fois l’an, rapport au Congrès sur le sujet.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Chine, Concurrence, Croissance, Monnaie, suisse 0 commentaire