Capital

  • Haro sur les taux négatifs !

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    Dans une ultime et désespérée tentative de faire bouger les choses, la présidence Draghi de la Banque centrale européenne (BCE) a donc décidé la semaine dernière d’enfoncer encore un peu plus les taux d’intérêt en territoire négatif et de reprendre les achats d’obligations des secteurs publics et privés qui avaient été arrêtés en 2018. La décision fut inhabituellement contestée, puisque près de la moitié des 25 gouverneurs du conseil de la Banque se sont opposés à la seconde de ces mesures, la première ayant en revanche, semble-t-il, beaucoup plus facilement passé la rampe, puisque même Jens Weidman, président de la Bundesbank allemande, y a acquiescé.

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  • Il est temps de ressusciter les vieilles idées keynésiennes

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    La propagation tous azimuts de taux d’intérêt négatifs rend la vie difficile à beaucoup de gens au lieu de la leur faciliter. On pense d’abord, bien sûr, aux déposants petits et grands, les premiers risquant bientôt d’être logés à la même enseigne que les seconds et se voir sanctionnés comme eux pour préférer l’épargne à la dépense. Mais il y a aussi, plus gravement, la remise en cause des régimes de prévoyance, privés de l’apport du «troisième cotisant» que personnifiait le capital accumulé, jusqu’ici pourvoyeur de rendement, désormais amenuisé par le prélèvement de taux négatifs. Les assureurs-vie, acteurs majeurs de la prévoyance professionnelle en tant que gérants des capitaux et des risques pour le compte d’une multitude de caisses de pensions, sont eux aussi sérieusement touchés par l’effondrement des taux, au point que la FINMA, qui les surveille au même titre que les banques, commence à s’en inquiéter.

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  • Où le droit s’intéresse aux taux négatifs

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    Astucieusement conseillée, une grande commune genevoise (la Ville ?) s’est dit que l’emprunt conséquent (100 millions de francs) qu’elle avait contracté en 2006 auprès d’une banque à un taux égal au Libor à 6 mois ne devrait plus l’obliger à payer des intérêts depuis que ce taux est devenu négatif, mais pouvait à l’inverse l’amener à demander que ce soit la banque qui lui verse des intérêts !

     

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  • Taux nuls : calamité ou bénédiction?

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    On sait maintenant, ou du moins croit-on savoir, que des taux d’intérêt nuls ou même négatifs sont faits pour durer. Comment, en effet, expliquer qu’ils demeurent aussi bas – alors que l’activité, repartie un peu partout, devrait logiquement réveiller l’inflation et les faire remonter dans la foulée – sinon que des mécanismes plus profonds sont à l’œuvre, qui déjouent les relations habituelles entre épargne et investissement et font que malgré des salaires plutôt en augmentation, signe d’une amélioration de l’emploi, les entreprises ne répercutent pas leurs hausses de coûts sur les prix.

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  • Dividendes, le gros mot

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    La rétribution des actionnaires n’a pas bonne presse ces jours-ci, c’est le moins qu’on puisse dire. A leur seul prononcé, on se lève comme un seul homme sur les bancs de la gauche pour condamner toute forme de distribution de dividendes, à défaut d’aspirer à leur pure et simple disparition. Il est vrai que l’histoire est longue du partage jugé inégal de la valeur ajoutée entre travail et capital, entre «juste rémunération de l’effort» et «captation illégitime des profits».

    Pour autant, il circule beaucoup d’idées fausses à ce sujet. Ainsi, on est persuadé que la part des salaires dans le revenu national n’a cessé de baisser au fil des années par rapport à celle des revenus de la propriété, alors qu’il n’en est rien.

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  • Et si le populisme était en définitive le meilleur moyen de sauver le capitalisme ?

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    Et si le populisme était en définitive le meilleur moyen de sauver le capitalisme ? Cette thèse, pour le moins hétérodoxe, est défendue de manière assez convaincante par Raghuram G. Rajan, ancien gouverneur de la banque centrale de l’Inde et actuel professeur de finance à la très réputée Chicago Booth School of Business, dans un article qu’il vient de publier (“Why capitalism needs populism”)*.

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  • Caisses publiques de retraite: in cauda venenum

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    Dans sa grande sagesse, le législateur a prévu que les caisses publiques de prévoyance pouvaient renoncer à une capitalisation complète si l’Etat, supposé éternel, leur accordait sa garantie. Il a toutefois placé un garde-fou à cette exception, en fixant après d’âpres débats au moment de la révision de la LPP (2010) un plancher absolu au degré minimum de capitalisation à atteindre au bout de 40 ans, savoir 80%. Pour les caisses publiques les plus faiblement capitalisées, le défi est de taille : si elles présentent une structure d’âge défavorable, ne comptent que peu de cotisants par rapport au nombre de retraités, ou encore maintiennent des taux de cotisation trop bas en regard des engagements promis, l’effort de recapitalisation se chiffre vite en milliards, voire dizaines de milliards pour les plus grandes d’entre elles.

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  • Caisse de pensions des fonctionnaires genevois: entre salades et baratinage

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    Le projet de nième recapitalisation de la Caisse de prévoyance de l’Etat de Genève (CPEG), objet d’interminables initiatives et référendums, véhicule son cortège d’inexactitudes et d’approximations quand ce ne sont tout simplement des fadaises.

    Championne du genre, l’Asloca fait, dans un communiqué, remonter aux années 80 – et l’impute à des «choix politiques de la droite» – le passage d’une capitalisation à 100% à un système de capitalisation partielle de ce qui était alors la CIA. En réalité ladite caisse, fusionnée depuis avec la CEH qui était en bien meilleur état, n’avait jamais atteint un taux de couverture de 100% et s’en éloignait toujours plus, de sorte que le grand argentier de l’époque, Robert Ducret, avait habilement suggéré de passer à un système mixte de capitalisation partielle, à la satisfaction générale et non au seul contentement du camp bourgeois.

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  • La dette ? Tantôt blanc, tantôt noir…

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    Faut-il oui ou non s’inquiéter de la dette ? Un correspondant s’interroge, après avoir lu tout et ensuite son contraire. La vérité est que les avis y compris les plus autorisés sont partagés sur la question. D’un côté, les statistiques montrent que l’endettement global n’a jamais été aussi élevé, en chiffres absolus comme en proportion du produit intérieur brut, que ce soit dans le monde occidental ou dans les pays émergents, Chine en particulier. De l’autre, on commence à s’inquiéter sérieusement d’un ralentissement économique qui s’accentue et conduit les autorités monétaires, américaines en tête, à renvoyer à une date ultérieure les resserrements de liquidité qu’elles avaient programmés pour le proche terme. Mieux, des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour constater l’impuissance de la politique monétaire et prôner la remise au goût du jour des déficits publics en tant que moyen de relancer une demande globale asthénique.

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  • Médecins au chevet de la prochaine crise

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    Le débat qui s’intensifie au sujet des intérêts négatifs est révélateur du désarroi qui règne chez les économistes. Comment expliquer que les liquidités mises à disposition des intermédiaires bancaires par le truchement de politiques monétaires extraordinairement accommodantes n’alimentent pas le crédit aux entreprises, mais continuent d’être parquées en réserves stériles auprès des banques centrales en dépit des pénalités qui les frappent désormais? Des taux directeurs quasi nuls voire inférieurs à zéro, innovation radicale dans l’arsenal de la lutte anti-crise, ont certes permis de maintenir la dette publique dans des proportions supportables (puisqu’ils n’en alourdissent pas le service, alors même qu’elle continue de grandir), mais c’est là une maigre consolation face à la montagne de difficultés que signifiera le retour à la normale.

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  • Le pour et le contre d’une banque postale

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    Le compte de chèque postal, le fameux CCP, est sans doute pour la plupart des gens leur tout premier contact avec le monde des services financiers. Il collecte leurs petites économies, accompagne chaque mois de ses bulletins orange (autrefois vert…) leurs factures de loyer et d’électricité, et relaie ainsi une multitude de versements et de virements dont il consigne encore souvent les «récépissés» dans ces inénarrables petits carnets jaune. En Suisse comme partout ailleurs, la Poste s’est tôt imposée comme un important opérateur du trafic des paiements. Son «Service des chèques et des virements postaux», né en 1906, a même précédé celui de l’Allemagne, lancé en 1908, et commencé ainsi à fonctionner bien avant son équivalent français, qui date de 1918.

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  • Comment la BNS fait des heureux à l’Est

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    L’un des effets collatéraux, si l’on peut dire, de la politique monétaire suivie par la Banque nationale suisse est d’avoir fait par moments des heureux en Europe centrale. La longue période de bas taux d’intérêt que le franc a traversée depuis une bonne vingtaine d’années a en effet conduit les emprunteurs de pays tels que la Pologne ou la Hongrie, comme plus à l’ouest l’Autriche voire bon nombre de municipalités françaises, à préférer s’endetter en francs plutôt qu’en złotys, forints et autres euros, tant l’écart de taux entre ces monnaies – encore lestées de l’inflation héritée de la période communiste – et le franc était important. Qu’on en juge plutôt par cet exemple : au premier semestre 2011, le taux d’intérêt moyen de l’encours de l’ensemble des crédits hypothécaires en francs souscrits par des ménages polonais se situait légèrement en dessous de 2%, alors que celui des prêts libellés en monnaie domestique frisait les 6% à la même époque. Or quelque 40% des prêts immobiliers en Pologne sont libellés en francs.

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  • Cet engouement délétère pour les cryptomonnaies

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    Au fond, qu’est-ce qu’une monnaie ? L’analyse – économique, mais pas seulement – résume la chose de la manière suivante. La monnaie est à la fois unité de compte, moyen de paiement et réservoir de valeur. A ce triple titre, et sous les multiples formes qu’elle a pu revêtir au cours de sa déjà longue histoire, elle facilite l’échange de biens et de services de manière infiniment plus efficace que le troc, qui suppose la double coïncidence en temps et en lieu d’une offre et d’une demande. Mais il faut aussi, et par dessus tout, que cette monnaie soit acceptée par tous. Or une telle confiance, établie peu à peu par l’usage, ne résiste à l’usure du temps que si elle peut s’appuyer sur une convention (sociale, institutionnelle) de nature à en prévenir les débordements, et ils sont nombreux, susceptibles de la ruiner. L’histoire monétaire est en effet jonchée d’épisodes d’hyperinflation dont le monde n’a réussi à sortir que par le truchement de monopoles d’émission confiés aux banques centrales.

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  • Les retraites, façon grandes banques

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    La nouvelle n’a pas fait grand bruit en Suisse romande, et pourtant l’affaire est d’importance. La caisse de pensions d’UBS, la plus grande institution bancaire suisse, empoigne la réforme de la prévoyance avec une rare énergie : dès 2019, l’âge du départ en retraite des employés de la banque sera porté à 65 ans, celui du début de leur affiliation, ramené de 25 à 20 ans, leur taux de cotisation, relevé entre 0,5% et 2% selon l’âge, et le taux technique (c’est-à-dire le taux de rendement annuel moyen espéré à long terme) abaissé de 3% à 1,5%, ce qui aura pour effet de réduire encore le taux de conversion du capital en rentes, raccourci des 5,44% actuels à 4,42%. Pour rappel, le taux de conversion minimal en vigueur pour la partie obligatoire de la prévoyance professionnelle, initialement fixé à 7,2%, avait été ramené à 6,8 % lors de la première révision de la LPP en 2005. Depuis, le peuple a fait de la résistance : le taux de 6,4% proposé par le Conseil fédéral en 2008 «étant donné la nécessité de tenir compte de la diminution notable des rendements attendus à long terme sur les marchés financiers» a été sèchement refusé en votation populaire le 7 mars 2010. De même, les 6% prévus en quatre étapes jusqu’en 2022 ont été balayés, comme tout le paquet de la Prévoyance vieillesse 2020, lors de la votation de septembre dernier.

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  • Le côté obscur de la dette

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    Lorsqu’un projet local – disons, au hasard, un stade ou de grandes fêtes populaires – finit par coûter deux fois plus cher que prévu, les initiateurs du projet se renvoient mutuellement la balle en jurant que la responsabilité des dépassements ne saurait leur incomber. Lorsqu’en revanche il manque durablement une grosse dizaine de milliards au bilan financier d’une collectivité cantonale par suite de l’accumulation, des années durant, d’importants déficits, il ne se passe rien ou si peu. Les gouvernements qui se sont succédé à la tête des finances ont à chaque fois invoqué l’impuissance d’un exécutif pris entre la gauche et la droite et parfois même le centre pour justifier le retour à quelques détails près aux mêmes impasses budgétaires. Et les majorités parlementaires successives et parfois alternatives qui ont voté recettes et dépenses ont à chaque fois débattu longuement, mais presque toujours fini par opiner. Rares en tout état de cause ont été les cas où l’exercice suivant a dû démarrer sans budget.

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  • Santé, retraites : paroles de sages

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    Quelques économistes de poids font entendre leur voix sur deux sujets de première importance réservés à ce jour au monde politique : la réforme de la prévoyance et celle, tout aussi urgente, du système de santé. L’une et l’autre ont ceci de particulier qu’elles représentent des enjeux évidemment politiques et supposent donc un traitement parlementaire puis, cas échéant, une ratification populaire. Mais elles impliquent toutes deux une appréhension suffisante des mécanismes sous-jacents, ce qui est loin d’être le cas de l’immense majorité des députés, et a fortiori de la population appelée à se prononcer.

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  • Prévoyance en Suisse: et si on tentait un plan C ?

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    La politique passe pour être l’art du possible, même si le possible, outre qu’il contrevient souvent à la logique économique, peut chez nous échouer devant le peuple. Prenons le projet Prévoyance 2020. Tout a été dit, y compris son contraire, à son propos. Périlleux bricolage, mariant allégements divers et charges supplémentaires comme on marie la carpe et le lapin, il a été conçu de manière à répondre aux multiples objections soulevées au Parlement. Pour autant, il n’est pas sûr qu’il rallie une majorité suffisante devant les urnes, tant les oppositions croisées qu’il a suscitées ont fini par se neutraliser et risquent bien de faire trébucher le tout. Même un plan B, qui selon certains serait déjà prêt, n’échapperait pas en votation populaire à un rejet sec et cinglant.

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  • De l’eau au moulin du fonds souverain

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    Âprement disputée comme on sait, l’idée d’un fonds souverain – ou de quelque chose s’en approchant – financé par les énormes réserves de la BNS pourrait rebondir si l’on prenait la peine de lire la proposition un peu iconoclaste de deux économistes américains, dont The Economist s’est fait l’écho au début du mois. Dans un papier intitulé «The Capital Structure of Nations» (qui fait en quelque sorte écho à La Richesse des Nations, le célèbre ouvrage d’Adam Smith), Patrick Bolton et Haizhou Huang suggèrent en effet que les Etats pourraient sous certaines conditions financer leurs dépenses utiles (donc d’investissement) par de la pure création monétaire, de la même manière que les entreprises financent parfois les leurs par une augmentation de capital, c’est-à-dire en émettant de nouvelles actions.

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  • En finance, la triche se paie cash

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    Les boursiers sincères n’en font pas mystère : la seule manière de «battre le marché» à coup sûr, c’est d’exploiter des informations privilégiées, autrement dit de se trouver, ex fonctions ou par simple hasard, dans la position d’initié et d’en tirer parti pour réaliser un profit sans risque. Cette resquille, mollement réprimée par le code pénal avant mai 2013, était jusque là une pratique probablement assez courante, l’autorité n’en démasquant qu’une infime partie et n’en considérant que les cas les plus flagrants.

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  • L’euro à marée haute

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    La monnaie unique s’approche insensiblement d’un niveau qu’on peut considérer comme pratiquement équivalent au cours plancher introduit en septembre 2011 et dont la levée trois ans et demi plus tard avait suscité tant de protestations. A 1,10 franc aujourd’hui et bientôt peut-être 1,15 franc, cours que les stratèges d’UBS considèrent à portée de main, l’euro sera en effet à la fois supportable pour les exportateurs et proche en valeur réelle (c’est-à-dire inflation déduite) de son niveau d’alors, sans que pour cela la Banque nationale ait eu à intervenir.

    En forçant le trait, on ira même jusqu’à suggérer que les circonstances actuelles permettraient à la BNS de se défaire d’une partie du stock colossal de devises qu’elle a été contrainte d’accumuler pour empêcher une trop forte appréciation du franc. En outre et sans rien faire d’autre elle empochera, si la tendance se confirme, une jolie plus-value que la Confédération et les cantons se réjouissent sans doute déjà de se partager.

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