03/03/2015

Le difficile maniement de l’intérêt négatif

Comme on sait, la Banque nationale suisse avance depuis quelque temps en terrain inconnu. Le dernier en date de ses tâtonnements est celui du recours, inédit, à un taux d’intérêt négatif sur les avoirs en comptes de virement que les banques détiennent plus ou moins volontairement auprès d’elle. L’instrument, dont l’introduction avait été annoncée le 18 décembre 2014, devait d’abord être instillé à dose homéopathique (–0.25%, et cela uniquement sur les montants dépassant un minimum exonéré) à partir du 25 janvier 2015. Mais avant même cette date, et simultanément à l’abandon du cours plancher, la BNS l’a porté à –0.75%.

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20/01/2015

Faute vénielle ou péché mortel ?

En 1974, une année après que la BNS se soit résignée à abandonner le cours fixe du franc face – alors – au dollar, le président de son directoire, Fritz Leutwiler, confiait à son collaborateur Kurt Schiltknecht : «Je n’ai aucune idée sur la façon de mener la politique monétaire sous un régime de changes flottants». Et d’ajouter que la seule question dont il se soit constamment préoccupé était de savoir «comment empêcher que trop d’argent n’arrive en Suisse».

Son successeur actuel à la tête de la Banque nationale a dû se poser la même question, sauf que, il y a quarante ans, les soucis portaient sur les tensions inflationnistes (les prix à la consommation augmentaient de plus de 10% l’an), tandis que ceux d’aujourd’hui porteraient plutôt sur les risques de déflation. La BNS avait d’ailleurs, en 2011, fait de ceux-ci le principal argument en faveur de l’instauration d’un cours plancher.

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02/12/2014

Méfiez-vous des indices! L’inflation revient, mine de rien

Méfiez-vous des indices ! A les en croire, les prix à la consommation continueraient de baisser ou à tout le moins demeureraient inébranlablement stables. Ainsi, à fin octobre, l’indice genevois des prix à la consommation affichait une hausse de 0,1% sur un an. Négligeable. Il était même, à 99,8 points, inférieur de 0,2% à la base 100 de décembre 2010. Mais considérez les choses de plus près. Enlevez par exemple le mazout, les carburants, les marchandises importées : le tableau change. Les «biens et services indigènes» sont à 102,1, les services à 103,6, et les loyers des logements à 107,6. Ce n’est pas de l’hyperinflation, mais ce n’est plus de la stabilité. Le «choc pétrolier inverse» (la baisse rapide du prix du baril), les importations à bas coût de Chine et le niveau élevé du franc ont donc contribué à masquer un renchérissement interne qui commence à se préciser.

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21/10/2014

Ce qu'il faut à la France... C’est un Nobel qui le dit…

L’attribution du prix Nobel d’économie à un illustre inconnu du landernau médiatico-politique hexagonal (mais connu bien sûr de ses pairs), c’est un peu le bâton dans la fourmilière. On se félicite bien entendu de cette distinction revenant pour la deuxième fois seulement à un économiste français exerçant dans son pays, mais on s’écharpe à gauche de la gauche comme à droite de la droite sur l’orientation politique supposément être celle d’un chercheur fort justement récompensé, qui n’en peut mais de cette manie des étiquettes.

Oui, à la rigueur, Jean Tirole comme son compère Olivier Blanchard aujourd’hui économiste en chef du FMI peut être classé «plutôt de gauche», mais ses propositions, quand on lui demande d’en formuler, n’ont ni couleur ni odeur. Elles sont simplement économiquement sensées, avec désormais cette force que leur donne le fait d’émaner d’un lauréat du Nobel.

En résumé il faut à la France, rappelle Tirole, 1° une réforme du marché du travail, soit la fin de la dichotomie entre CDI et CDD et un assouplissement des conditions de licenciement, 2° une réforme des retraites (lire: un éloignement de l’âge de la retraite), 3° une réforme de l’Etat, qui devienne «plus léger» mais «plus efficace» y compris sur le plan social, et 4° une réforme de la réglementation qui corsète notamment tant de professions dites libérales et de métiers des services.

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26/08/2014

Ça chauffe dans la tête des économistes !

Ça chauffe dans la tête des économistes ! Jamais la cervelle des économistes n’a autant chauffé. De Lindau sur la côte allemande du Bodan, où vient de se tenir la 5e rencontre des prix Nobel d’économie, à Jackson Hole, rendez-vous annuel des banquiers centraux à l’invitation de la Réserve fédérale américaine, on s’est demandé dans tous les sens comment agir au mieux pour sortir enfin nos économies de la Stagnation Séculaire (Paul Krugman) dans laquelle la crise des subprime les a semble-t-il définitivement plongées.

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07:29 Publié dans Banques centrales, Croissance, gouvernance | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | |

15/07/2014

Est-ce le calme avant la tempête

Drôle de tableau que celui de l’économie d’aujourd’hui. Sept ans après la crise qui a tout déclenché, la conjoncture se redresse mollement quand on espérait enfin un retour de la croissance. L’investissement ne redémarre pas et la consommation se tient coite. Les experts inventent d’ailleurs d’étranges concepts : ceux de l’OCDE parlent d’une «dynamique de croissance stable» à propos d’indicateurs qui frémissent de part et d’autre de l’horizontale ; la BRI, dans son dernier rapport annuel, décrit une économie mondiale «à la recherche d’une nouvelle boussole», depuis que la crise, après avoir «projeté une ombre longue sur le passé, […] jette une ombre longue sur l’avenir». C’est dire le désarroi de ceux dont on attendrait quelques lumières pour comprendre ce qui nous arrive.

De fait, nous marchons sur un terrain entièrement inconnu, tant les politiques menées pour éviter le pire sont sorties de l’orthodoxie, avec des effets totalement paradoxaux.

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07:58 Publié dans Air du temps, Banques, Banques centrales, gouvernance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

27/05/2014

La face cachée des déficits publics: il manque dix milliards

Du haut de son petit promontoire, une Suisse assez satisfaite d’elle-même (car peu touchée par la crise) contemple avec un brin de commisération ces 28 pays en train d’élire sans grande conviction les 766 députés d’un parlement dépourvu de réels pouvoirs, au contraire du nôtre dont les prérogatives ne s’arrêtent que là où s’interposent, à vrai dire de plus en plus fréquemment, les instruments de la démocratie directe.

Cette Suisse prospère, sans déficit ou presque, à la dette publique en baisse depuis une dizaine d’années quand celle des pays de l’Union européenne presque sans exception ne cesse d’augmenter, cette Suisse-là ferait cependant bien de considérer de plus près l’état effectif de son patrimoine.

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07:57 Publié dans Dette, Finances publiques, gouvernance, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

08/04/2014

Ponts, musées, patinoire: où trouver ces millions qui nous manquent

Coïncidence : la semaine même où ce journal relevait (TG du 22 mars) à quels lourds investissements Genève allait devoir faire face ces prochaines années dans le seul domaine de la culture (MAH, Nouvelle Comédie, Grand Théâtre, etc.), l’hebdomadaire britannique The Economist rendait publique une étude du cabinet de conseil McKinsey selon laquelle les besoins annuels mondiaux en infrastructures dépasseraient d’un bon trillion (mille milliards) de dollars les sommes dépensées actuellement à cette fin sur la planète, équivalentes à 2,7 trillions, soit quelque 4% du PIB mondial.

Les bâtiments culturels n’ont certes rien à voir avec les ponts et les chemins de fer, mais ils partagent avec eux leur caractère d’équipements publics aussi nécessaires que coûteux, mais trop souvent, pour cette dernière raison précisément, renvoyés à des jours meilleurs faute de place dans les budgets courants.

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08:56 Publié dans Dette, Finances publiques, gouvernance, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

01/04/2014

Le gendarme dégaine, les banques tremblent

Ce fut, l’autre jour, comme un coup de tonnerre dans le ciel redevenu presque bleu de la finance américaine. La Réserve fédérale, chargée de veiller à la capacité du secteur à résister à un choc de grande ampleur, a recalé plusieurs grandes banques à l’issue de la troisième vague de «stress tests» organisées en application du «Dodd–Frank Wall Street Reform and Consumer Protection Act». Cette loi par ailleurs contestée, censée éviter la répétition de la chaîne d’événements nés de la crise des subprime (2008), vise au premier chef les groupes bancaires «too big to fail» dont le sauvetage avait coûté des centaines de milliards de dollars au contribuable.

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07:07 Publié dans Banques, Etats-Unis, Fiscalité, gouvernance | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

11/03/2014

Les retraites des Suisses affectés d'un risque systémique

Depuis l’entrée en vigueur de la prévoyance professionnelle obligatoire (1985), le nombre des caisses de pensions toutes catégories confondues a été divisé par neuf. Alors qu’on en comptait près de 18'000 à l’époque, elles sont à peine plus de 2000 aujourd’hui. Ployant sous les charges administratives et les coûts liés à une réglementation toujours plus complexe, de moins en moins capables, faute d’une gestion suffisamment professionnelle, d’atteindre les objectifs que leur assignent leurs statuts ou tout simplement la loi, faute aussi d’une structure d’âge ou encore de marchés financiers qui leur soient favorables, les plus petites d’entre elles disparaissent, liquidées, fusionnées ou absorbées par plus grosses qu’elles. 

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21/01/2014

Contrôle des banques: business as usual...

Est-ce que 2008 vous dit encore quelque chose ? La crise des subprime bien sûr, avec le choc effroyable qu’elle a signifié pour un système bancaire qu’il a fallu sauver in extremis de l’anéantissement et dont le sauvetage continue de se payer au prix fort : crise de la dette publique, récession, chômage, menace d’éclatement de la zone euro, état toujours déprimé de la conjoncture mondiale.

Or ceux-là mêmes qui ont été à l’origine d’un aussi funeste enchaînement se portent aujourd’hui comme un charme. Les grandes banques américaines, les Goldman Sachs et autres JPMorgan, paient sans sourciller des amendes par milliards qui pour autant ne sont pas des pichenettes mais presque par rapport à leurs résultats 2013 (revenus nets de 34 milliards de dollars pour la première et 18 milliards pour la seconde), et distribuent à nouveau d’insolents bonus à des traders qui ailleurs auraient été expédiés derrière les barreaux pour moins que cela. En Europe le sursaut n’est pas aussi spectaculaire, les plus grandes banques affichant néanmoins des résultats compris entre 2 et 4 milliards par trimestre quand certaines étaient encore en perte (Deutsche Bank, Crédit Agricole) ou nettement moins profitables (HSBC) l’année précédente.

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07/01/2014

Il y a quinze ans, l’euro

Le 1er janvier 1999, après des décennies de tentatives de rapprochement plus ou moins réussies entre monnaies nationales, naissait enfin l’euro. Scriptural d’abord, mis trois ans plus tard en circulation sous forme d’espèces sonnantes et trébuchantes dans une douzaine de pays, il est à ce jour la monnaie commune des dix-huit membres actuels de l’Union économique européenne (UEM), sous-ensemble de l’Union européenne fragilisé par la crise de la dette d’où, par raccourci de langage, l’expression abusive de «crise de l’euro».

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05/11/2013

Mieux vaut être riche et bien qualifié…

Même le très libéral The Economist, revenant sur une récente étude de l’OCDE, en convient : partout l’écart entre hauts et bas salaires s’est fortement creusé au cours des dernières décennies, et la part du travail à la valeur ajoutée totale n’a cessé de diminuer, l’un expliquant en partie l’autre.

En cause, de nombreux facteurs allant de la mondialisation à la généralisation des nouvelles techniques fondées sur les TIC, qui éjectent les travailleurs faiblement qualifiés d’une production de plus en plus automatisée ou délocalisée et concentrent le revenu entre les mains de ceux des salariés, grands patrons et indépendants aux savoirs pointus, les mieux à même de capitaliser pour leur compte les effets du changement.

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01/10/2013

Comparaison n’est pas toujours raison

L’Allemagne d’Angela Merkel souffre-t-elle, comme cela a été affirmé à réitérées reprises pendant la campagne électorale, d’un gros retard dans ses infrastructures ? Pour savoir ce qu’il en est au juste, un détour s’impose par la comptabilité nationale telle que l’OCDE, notamment, l’établit pour l’ensemble de ses membres. Or que disent les chiffres ? Eh bien oui, si l’Allemagne n’est pas trop mal lotie en matière de formation brute de capital fixe (les investissements, dans la terminologie statistique) quand on la compare à certaines des économies occidentales, elle demeure assez loin derrière d’autres, et notamment assez loin de la Suisse.

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03/09/2013

Le PIB monte, la bourse baisse. Problème ?

Au deuxième trimestre, la croissance de l’économie américaine a dépassé la plupart des prévisions. Selon le Département du Commerce, elle s’est établie à 2,5% en rythme annuel, ce qui fait des Etats-Unis le pays le mieux engagé dans la reprise, et éloigne à vues humaines tout risque de rechute pour la première économie du monde. Or la bourse, qui devrait se réjouir de la bonne nouvelle, puisqu’une meilleure conjoncture annonce en principe de joyeux bénéfices, a au contraire baissé. Où est la faute ?

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20/08/2013

Sauvetage d’UBS : que des gagnants ?

Tous comptes faits, le repêchage in extremis d’UBS en octobre 2008 n’aura rien coûté au contribuable, et laissera sans doute même apparaître (outre le gros milliard empoché par la Confédération moins d’une année plus tard sur la revente des 6 milliards qu’elle avait prêtés à la banque) un coquet bénéfice pour la Banque nationale suisse, qu’on peut évaluer à 3 ou 4 milliards, correspondant à la part qui lui reviendra sur l’actif net du «SNB Stabfund», le fameux fonds de défaisance qui réunissait les actifs toxiques encombrant le bilan d’UBS et que cette dernière a pu désormais racheter intégralement. Ouf.

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07:16 Publié dans Banques suisses, Dette, Finances publiques, gouvernance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |