L’économie américaine va bien. Vraiment ?

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Les budgets, Donald Trump n’en a cure. Alors que, sous l’administration Obama et même avant, leur présentation était l’occasion de conférences de presse solennelles, le président actuel ne cache pas son peu de considération pour les chiffres. Lors d’un dîner réunissant en janvier des donateurs à Mar-a-Lago, sa résidence d’hiver en Floride, il aurait même déclaré, selon une fuite rapportée par le Washington Post : «Qui diable se soucie du budget? Nous allons redresser ce pays».

En fait de redressement, et bien que les derniers chiffres du chômage paraissent indiquer le contraire, le produit intérieur brut des Etats-Unis s’inscrit plutôt sur une pente déclinante, malgré un budget fédéral enflé au-delà de toute mesure par une administration et des promesses de dépenses que les plus modérés de ses contradicteurs considèrent comme de nature à affaiblir, à terme, le potentiel de croissance et la compétitivité de l’économie américaine.

Dans un papier qu’il vient de publier*, un Michael Boskin par exemple (ancien conseiller économique de Bush père et aujourd’hui professeur à Stanford) ne cache pas son inquiétude devant la montée vertigineuse des déficits et de la dette, qui ne peuvent selon lui conduire qu’«à des impôts beaucoup plus élevés et à des revenus inférieurs à l’avenir, ainsi qu’au bout du compte à de l’inflation, à des difficultés financières et à de graves inégalités entre générations». Venant d’un supporteur déclaré du candidat Trump à sa réélection, et même si elle se veut de portée plus générale qu’adressée aux seuls Etats-Unis, cette conclusion n’est pas de pure coïncidence : tous les économistes, qu’ils soient d’obédience républicaine ou de tendance démocrate, se montrent tantôt effarés tantôt sceptiques devant les affabulations trumpiennes. Un budget fédéral supérieur à 4,8 billions (!) de dollars, sabrant dans les dépenses sociales et renvoyant le rééquilibre promis des finances au-delà de 2035, ne parviendra pas à porter le produit intérieur brut réel au niveau nécessaire à son financement.

Malgré en effet une tenue remarquable en comparaison de celle de la plupart des autres pays développés, la croissance de l’économie américaine n’a pas atteint les niveaux espérés et ne dépassera probablement pas ces prochaines années, les stimuli fiscaux ayant fait long feu, un niveau correspondant au maigre 1,7% d’augmentation maximum du potentiel de production, freiné que celui-ci se trouve du fait d’une trop faible productivité et d’un bas niveau de l’investissement productif. Le CBO (Congressional Budget Office) ne dit pas autre chose dans sa dernière projection budgétaire pour les années 2020 à 2030**, accompagnée il est vrai de toutes les réserves que ce genre d’exercice oblige à mentionner : incertitudes politiques, légales, mondiales et on en passe.

La dette va donc crever le plafond des 100% du PIB pour atteindre son plus haut niveau depuis 1946, ce qui en soit n’est pas une tragédie et dont, encore une fois, le président Trump se fiche comme de colin-tampon. Mais il n’est pas sûr que le reste du monde partage cette indifférence. Il pourrait même finir par faire sienne cette remarque d’Anne Krueger, l’ancienne chef économiste de la Banque Mondiale, en tête d’une analyse sans pitié de la politique économique actuelle : «Making America Mediocre». Nul besoin de traduire.

 

* Are large deficits and debt dangerous? (http://www.nber.org/papers/w26727)

** The Budget and Economic Outlook: 2020 to 2030 (https://www.cbo.gov/publication/56073)

 

Lien permanent Catégories : Capital, Croissance, Dette, Etats-Unis 1 commentaire

Commentaires

  • Ca va bien et de mieux en mieux (pour l`instant) pour les 10-15% supérieurs. Quand aux autres... Les inégalités sont de plus en plus criantes et -ce n`est pas Joseph Stiglitz qui dira le contraire- le moment approche ou il faudra payer le prix exorbitant de l`inégalité.

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