Après les Ninja EN 2007, qui déclenchera la prochaine crise?

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Une crise, financière comme il se doit, commence toujours par un événement marginal. En 2007, ce fut l’effondrement localisé du marché des subprimes, cette frange de prêts hypothécaires accordés à des «NINJA» (no income, no job, no assets), ces ménages américains ne disposant ni de revenus ni d’avoirs suffisants pour honorer une dette hypothécaire, qui contamina ensuite via la titrisation de créances pourries fautivement classées AAA l’ensemble du système bancaire domestique puis, par ricochet, celui du reste du monde.

Précédemment dans l’histoire, le krach de Wall Street d’octobre 1929 s’en était pris en 1931, l’étalon-or aidant, à une banque autrichienne, la Creditanstalt, qui fit faillite et entraîna dans son sillage la totalité de l’économie et de la finance européennes. Aujourd’hui, le déclencheur d’une nouvelle crise pourrait être, pense-t-on le plus souvent, la cascade de blocages (des frontières, des transports, du tourisme) générés par l’épidémie de coronavirus 2019-nCoV, qui paralyse effectivement, dans un monde d’échanges à flux tendus, la plupart des chaînes de valeur manufacturières.

Il y a pourtant, si l’on y songe, plus préoccupant encore au chapitre des crédits à risque tels qu’ils sont catalogués, et monitorés, par les régulateurs américains. Voyez plutôt.

Dans la dernière édition de leur revue des prêts consortiaux nationaux (en langage formel, la «Shared National Credit Program Review») datée de janvier 2020, les régulateurs concernés que sont le Board of Governors of the Federal Reserve System, la Federal Deposit Insurance Corporation et l’Office of the Comptroller of the Currency relèvent qu’une proportion encore modeste de tels prêts relève de ce qu’il est convenu de qualifier de leveraged loans, mais le niveau de risque qui les caractérise demeure «élevé», tant leur construction est fragile. «Ces risques cumulent en plusieurs couches un effet de levier prononcé, des hypothèses particulièrement audacieuses en matière de remboursement, et des engagements si peu contraignants qu’ils permettent aux débiteurs d’accroître encore leur degré d’endettement».

Les prêts consortiaux supérieurs à 100 millions de dollars (ceux seuls que ledit programme prend en considération) ne représentent certes, avec leurs 335 milliards, qu’une toute petite fraction de l’ensemble des prêts consortiaux (4’830 milliards d’engagements au total l’an dernier, dont 2’360 milliards utilisés). Mais ils sont en mains à plus des deux tiers de créanciers non bancaires et de banques non américaines. Autrement dit on retrouve, à quelques nuances près, la même dissémination de risques potentiels de défaut qu’à l’époque le marché des subprimes avait entraînée à travers la titrisation de la dette hypothécaire.

Si le trio de régulateurs relève que la plupart des banques surveillent correctement leur portefeuille de crédits, ils précisent néanmoins que la demande d’investisseurs en quête de rendement est si forte que les emprunteurs peuvent continuer de s’endetter à des conditions de moins en moins restrictives, ce qui ne pose pas de problème quand l’économie va bien, mais pourrait entraîner de lourdes pertes en cas de retournement de la conjoncture.

C’est par là que tout avait commencé en 2006 quand, sous l’effet de premières ventes forcées consécutives à des saisies pour cause de non remboursement, les prix de l’immobilier s’étaient mis à chuter. C’est peut-être au travers d’un autre canal, mais par un même enchaînement de causes et d’effets, que la prochaine crise se manifestera.

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