Ma caisse de retraite recherche dette, désespérément

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Lorsque l’incertitude règne, il est assez normal que l’on réfugie ses avoirs dans des valeurs sûres. Or, l’univers des placements financiers ne compte pas une infinité de choix en la matière. On les compterait même, ces choix, sur les doigts d’une seule main : à part les métaux précieux (encore que la plupart d’entre eux fluctuent beaucoup trop pour offrir en tout temps une sécurité adéquate), il n’y a guère que les titres de dette émis par des Etats inspirant confiance qui satisfassent au critère.

On comprend donc que les individus et les organismes collectifs appelés à gérer des fonds de manière à la fois précautionneuse et si possible rentable se bousculent à l’émission de nouveaux emprunts publics, voire se tournent faute de mieux vers le marché secondaire, la Bourse, pour y acheter ce qui s’y présente quitte à en faire monter les cours.

Parmi ces investisseurs privés et institutionnels, on compte beaucoup d’institutions de prévoyance, souvent contraintes par un règlement intérieur ou la loi de se conformer à des grilles de placement assez inflexibles, réservant une place non négligeable aux obligations de débiteurs étatiques. Tout cela fait que les cours de ces titres soi-disant à revenu fixe n’ont cessé depuis la crise de monter à des niveaux jamais vus, contribuant ainsi à faire tomber les taux d’intérêt de la catégorie longue aux étiages que l’on sait, et transformer les stratégies de placement en un véritable casse-tête.

Comme si cela n’y suffisait pas, bon nombre de débiteurs publics de la meilleure catégorie s’emploient par une sorte d’atavisme à réduire continûment leur endettement, en renonçant par exemple à reconduire ceux de leurs emprunts parvenus à échéance, quand il n’en remboursent carrément certains de manière anticipée. En Suisse par exemple, élève exemplaire sous cet angle, le volume des nouvelles émissions de la Confédération ne devrait pas suffire cette année à compenser les emprunts arrivés à échéance, de sorte que l’encours total de la dette fédérale se réduira d’au moins 2,1 milliards de francs*.

La même pénurie de papiers sûrs se dessine à l’intérieur de la zone euro, nonobstant l’existence, au sud de la zone, de pays fortement endettés, telles la Grèce et l’Italie. C’est que, au nord, un Etat autrement plus populeux, l’Allemagne, demeure rivée au «Schwarze Null», expression désignant son attachement monomaniaque à l’équilibre budgétaire. A quoi s’ajoute – paradoxe assez proche de celui découlant chez nous de la politique suivie par la BNS – l’effet collatéral, sur le stock résiduel d’emprunts, des achats massifs de titres de dette publique effectués par une Banque centrale européenne soucieuse de soutenir une conjoncture toujours anémique dans la zone.

Demeure donc, vous l’aurez deviné, l’offre de papier découlant de l’endettement massif et croissant sous Donald Trump du ménage fédéral américain, désormais égal au moins à 23 billions de dollars, soit 105% du PIB américain, financé (pour sa partie en mains du public**) à hauteur d’un tiers par l’étranger, dans l’ordre le Japon (1036,6 milliards de dollars), la Chine (1121,4), le Brésil (311,4), l’Irlande (279,6), le Royaume-Uni (258,9)... et la Suisse (227,5).

Il n’y a nulle obligation pour ces créanciers-là d’acheter autant d’obligations du Trésor américain, mais celles-ci dégageant tout de même un rendement positif  quand les européennes sont presque toutes à rendement négatif, il n’y a qu’un pas à franchir, et il est franchi. Nécessité, comme on dit, fait loi.

 

*    Cf. Neue Zürcher Zeitung du 24 janvier

** Situation à fin novembre 2019 (https://ticdata.treasury.gov/Publish/mfh.txt)

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