Fixettes d’ici et d’outre-Jura

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Bien qu’il existe presque autant de régimes de retraite que de pays, tous reposent en définitive sur le même principe : réserver aux retraités une part de la richesse créée par le travail des actifs. Que les rentes assurées le soient par répartition (les cotisations des actifs financent les rentes en cours) ou par capitalisation (les cotisations accumulées pendant la vie active, égales à une épargne forcée, financent les rentes au moment de la retraite) ne change rien à l’affaire. Il y a, dans les deux cas, une solidarité intergénérationnelle, puisque actifs et retraités partagent le même gâteau, aujourd’hui comme ils le feront demain.

Cette solidarité horizontale en quelque sorte naturelle (puisque aucune des modalités pratiques envisagées ou établies ne modifie en quoi que ce soit la taille du gâteau) n’empêche que l’on s’étripe, ici comme outre-Jura, dès lors qu’il s’impose de réformer un système mis à mal par l’évolution démographique. Ici, on ne veut pas entendre parler d’un abaissement du taux de conversion du capital en rentes. Là, on refuse catégoriquement de repousser l’âge dit d’équilibre. Deux notions parfaitement abstruses pour le commun des mortels, alors qu’elles reflètent, tout simplement, la nécessité d’aligner les parts du gâteau sur celles, changeantes, que l’allongement de l’espérance de vie et la baisse de la natalité impriment à la structure de la population.

Les choses se compliquent quand on entre dans les détails. Il y a, d’abord, plusieurs manières de faire varier la taille du gâteau. Le produit intérieur brut, mesure grossière mais utile en l’occurrence, peut s’accroître si la productivité augmente, et faciliter ainsi les choses. Même sans croissance, la composition de ce PIB peut aider si, en se modifiant, elle répond mieux aux besoins de l’une ou l’autre des classes d’âge. Ce à quoi le mécanisme du marché, autre concept décrié mais utile lui aussi, pourvoit en règle générale.

Ensuite, à la solidarité entre générations s’ajoute, ou se substitue, une solidarité verticale plus ou moins acceptée entre catégories de revenus. L’AVS à cet égard est un modèle de redistribution en regard duquel les «PASS» («plafonds annuels de la sécurité sociale») du régime universel âprement disputé de l’autre côté de la frontière font pâle figure. Toutefois ne plastronnons pas trop vite : de même que les plafonds de la Sécu française ne pourront pas être continuellement rehaussés sous peine de révolte des assujettis, de même le relèvement des cotisations d’une AVS pourtant fortement subventionnée approche d’une ligne rouge, s’il ne l’a déjà franchie. Idem pour l’abaissement, qui devrait pourtant aller de soi, et pas seulement à cause des intérêts négatifs, du taux de conversion des capitaux du 2e pilier, menacé par l’arme absolue du référendum.

Cela a été maintes et maintes fois rappelé, mais il faudra encore et encore le rappeler. Qu’ils soient organisés en répartition ou en capitalisation, il n’y a que trois manières d’équilibrer les régimes de prévoyance dans nos sociétés vieillissantes : reculer l’âge de la retraite (ou allonger la durée de cotisation, ce qui revient à peu près au même), relever les taux de cotisation, ou réduire les rentes. Faire une fixette sur l’un ou l’autre de ces paramètres, comme les syndicats là-bas et certaines gauches ici, c’est, tout simplement, nier l’évidence.

 

Lien permanent Catégories : Financement des retraites 1 commentaire

Commentaires

  • À propos du dernier paragraphe: ce que vous écrivez est parfaitement exact dans la mesure où l'on considère que le régime des retraites doit s'autofinancer. Mais le financement peut aussi provenir de sources extérieures. Par exemple: si la France diminuait de moitié son budget militaire et consacrait une partie des économies ainsi réalisées au financement du régime des retraites, le problème serait résolu.

    Comme l'écrivait Daniel au pied de votre précédent billet (intitulé «La face cachée de la Lune»), “de l'argent il y en a toujours quand il faut faire la guerre et augmenter les dépenses militaires”. Pourquoi n'y en aurait-il pas quand il s'agit de prévoyance vieillesse?

    À ce propos, M. Stepczynski, puisque vous offrez à vos lecteurs la possibilité de réagir par des commentaires au contenu des textes toujours intéressants que vous publiez, je trouve dommage que vous ne participiez jamais à la discussion pour l'enrichir de vos lumières. Cela rendrait votre blog plus vivant et plus attractif.

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