Les travaux d’Hercule, version 2020

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Outre la lutte contre le réchauffement, consigne mobilisatrice des foules à propulsion plus verte que jamais, l’année qui vient s’annonce aussi riche en tâches que celles infligées au héros mythique de l’Antiquité. Qu’on y songe : il faudra pour commencer, et pas seulement en France, venir à bout des résistances à la réforme des retraites. Puis, d’une manière ou d’une autre, il s’agira d’empoigner la question de la dette, en voie de débordement si ce n’est déjà le cas, de pratiquement tous les Etats de la partie latine du globe. On la fera même précéder, car plus grave dans ses conséquences systémiques, de celle de la dette des entreprises non bancaires, voisine par endroits des niveaux atteints à la veille des plus grandes crises de l’histoire. 

A ces deux opérations de rhabillage budgétaire s’ajoutera par découlement quasi naturel le redressement des bilans bancaires de bon nombre d’établissements engagés jusqu’au cou dans le soutien financier, à l’échelle de pays entiers, de zombies publics et privés que le niveau extrêmement bas des taux d’intérêt maintient artificiellement à flot.

Comme il s’agira parallèlement, ou plutôt contradictoirement, de sortir des taux négatifs qui empoisonnent la vie de toute une armada de créanciers (ces mêmes banques, mais aussi les épargnants, les fonds de pension, les assurances et j’en passe), les banques centrales devront s’employer progressivement à remiser les outils de leur Nouvelle Politique Monétaire, par quoi il faut entendre l’assouplissement quantitatif (quantitative easing) et autres travestissements de l’émission classique de monnaie.

Tout cela ne sera cependant rien à côté de l’effort herculéen que nécessitera le combat contre les inégalités. Inégalités de revenu, préoccupation obsidionale de la gauche sous toutes les latitudes ; inégalités des chances, à l’origine de celles-là, et tout aussi impossibles à combattre ; inégalités sociales en tous genres, d’accès à la culture, au savoir, à l’information, au logement, etc., qui embrassent le champ des premières nommées.

Inégalité, enfin, devant l’impôt, s’agissant en particulier des différences de traitement réservées jusqu’ici aux personnes morales selon leur extraction territoriale. L’enjeu n’est pas que domestique, en ce qu’il se définit comme l’effet pervers sur leur assiette fiscale de la concurrence entre cantons. Il est également supranational, quand il prend la forme de la lutte contre les pratiques fiscales dommageables dont l’OCDE et le G20 ont fait leur cheval de bataille. La Suisse en prendra sa part, elle qui s’est fait une spécialité de la domiciliation des états-majors de grandes sociétés et pourrait perdre, avec le principe de l’imposition au lieu de création de la valeur, une bonne partie de ses recettes fiscales.

La liste des grands chantiers monétaires et budgétaires, des questions de gros sous en somme, resterait comme suspendue en l’air si elle ne se traduisait pas, en fin de compte, par des actions concrètes sur le terrain. Car, outre le manque de bras dans les centres de soins et les établissements médico-sociaux, il y en a, des ponts effondrés à reconstruire, des digues à fortifier, des bâtiments à isoler, des voies ferroviaires à doubler, des nids de poule à combler. Tout cela n’est pas seulement affaire de financement, mais encore de disponibilité en personnels et en temps d’exécution. La richesse et les bonnes volontés, même en Suisse, ne sont pas tout. Le développement durable, mot d’ordre à la page s’il en est, passe aussi par là.

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