La révolution des monnaies est en marche

Imprimer

L’avènement des crypto-monnaies ne soulève pas une vague d’enthousiasme chez les banques centrales, tant s’en faut. Car ces nouveaux moyens d’échange représentent ni plus ni moins qu’une attaque frontale contre un système de paiement à deux étages (celui des banques commerciales qui recueillent les dépôts du public, et celui des banques centrales qui, fortes de leur monopole, régulent la liquidité de l’ensemble) de moins en moins apte à se conformer aux exigences de la numérisation en marche de l’économie.

Ce système dual, vieux de trois bons siècles, n’a quasiment pas varié depuis ses origines. Relativement lente et coûteuse, l’intermédiation bancaire laisse subsister un nombre de banques bien trop élevé et bien trop rémunéré pour un service dont l’automatisation devrait ramener le coût à pratiquement zéro. Quant aux banques centrales, elles sont dépassées par une innovation financière qui brouille les canaux de transmission de la politique monétaire. Elles en sont ainsi venues à noyer l’appareil bancaire sous des flots de monnaie qui reprennent aussitôt le chemin des réserves détenues auprès d’elles au lieu de servir à ranimer le crédit aux entreprises. Comble du paradoxe, cette profusion de liquidités primaires n’empêche pas le déclenchement aléatoire de crises de liquidité, tel l’assèchement complet du marché interbancaire aux Etats-Unis qui a amené tout récemment la Réserve fédérale à intervenir massivement pour faire retomber le taux des repos (mises en pension de titres) qui s’était envolé à 10%.

En regard de ces lenteurs, de ces coûts et de cette inefficacité de plus en plus criante, il était bien naturel que l’innovation financière émerge un peu partout. L’effet d’aubaine a d’abord fait naître le Bitcoin et une kyrielle d’autres crypto-monnaies fondées sur la technologie des registres distribués, qui contournent le monopole d’émission des banques centrales et court-circuitent l’intermédiation bancaire dans son ensemble. Problème, le cours de ces monnaies électroniques échangées entre ordinateurs pairs et négociables sous forme de «jetons» (token) varie dans des proportions pour le moins hectiques.

D’où l’idée de crypto-monnaies stables, avec leur figure de proue la Libra. Leur valeur n’est plus aléatoire, mais adossée à un socle d’actifs en chair et en os (devises fortes, métaux précieux et ainsi de suite). Du coup, surtout que le cercle potentiel des utilisateurs réunis par Facebook se compte par milliards, la concurrence que ces artefacts numériques représente pour les systèmes monétaires est devenue bien réelle, éveillant l’attention aussi scrupuleuse que méfiante des banques centrales. On ne va tout de même pas tolérer que se développent hors de toute surveillance des réseaux de paiement exposés à toutes les sortes de risque de dérapage, de défaillance voire d’utilisation criminelle propres aux innovations d’initiative privée. Aussi s’emploie-t-on à tous les niveaux y compris des plus élevés (G20, GAFI, etc.) à préparer le terrain à une domestication de ces nouveaux circuits financiers. Chez nous, la FINMA a élaboré en février 2018 déjà un «Guide pratique pour les questions d’assujettissement concernant les initial coin offerings (ICO)».

Mais la réaction ne s’arrêtera pas là. Il y a fort à parier que la prochaine étape consistera pour les banques centrales – même si elles font encore mine de s’y opposer – à s’engager plus complètement sur la voie des «monnaies électroniques de banque centrale», savoir, concrètement, l’extension au public de l’accès aux comptes de dépôt auprès d’elles.

Bye-bye les comptes auprès des banques commerciales, si celles-ci tardent à se réformer !

Commentaires

  • Excellent exposé de la situation actuelle, clair et net !

    Néanmoins vous préconisez une solution sans aborder la question technique, ce qui semble poser de très sérieux problèmes aux "réformateurs" pas toujours aussi biens-intentionnés que cela semble paraître !

    Donc pour faire simple ; fini les coupures et monnaies trébuchantes et fini les transferts de fonds attaqués presque quotidiennement sur les routes de l'Europe et du monde.

    Pour ce faire, il faudra que les organismes de finances et de monnaies nationales reposent leurs finances sur des systèmes numériques anonymes.

    C'est la même chose que si vous perdez de votre poche quelques billets de banques, comment être remboursé ou dédommagé, aucune chance ! Premièrement vous êtes anonyme ainsi que les billets, même si ils sont numérotés, il n'en reste pas moins qu'ils sont anonymes et publics.

    Cependant dans le cas où vous êtes responsable de la perte d'un billet de banque, vous êtes l'unique responsable de cette perte, c'est ou à cause de votre poche trouée, ou à cause d'un événement d'ont vous êtes l'unique responsable, maintenant avec des monnaies immatérielles et que vous ne soyez pas responsable d'une perte, comment prouver que vous n'êtes pas responsable d'un éventuel vol immatériel, c'est là que tout ce complique, cela pour plusieurs raisons :

    La première ; L'établissement émettant une monnaie immatérielle n'admettra pas facilement que cette monnaie est perméable à des attaques numériques et ce sera à la charge du lésé de donner la preuve que c'est bien le cas, nous avons déjà vu des millions de lésés avec des cartes de crédits ou débits avoir abandonnés leurs poursuites contre des établissements défendus par des armées d'avocats spécialisés et dans la quasi totalités des cas, les clients lésés n'avaient aucune chance face des entités aussi puissantes.

    deuxièmement ; Comment prouver être propriétaire d'un bien immatériel sans trace matérielle et comment obtenir des informations immatérielles de la part de l'établissement concerné après avoir pris en compte le paragraphe précédent ?

  • Maintenant, coté technique ;

    Il n'y a qu'une seule monnaie fonctionnant avec une technologie à priori infaillible et inviolable, il s'agit de la technologie Blockchain !

    Cette monnaie fonctionnant avec la blockchain est le Bitcoin et ses dérivés.

    Toutes les autres monnaies numériques ne fonctionnent pas avec la technologie blockchain, mais avec des serveurs conventionnels.

    La différence entre la technologie blockchain et les autres technologies contrôlées par des systèmes de cryptages et autres protections construites autours d'une unité centrales est que toutes ces technologies traditionnelles (non blockchain) sont impossibles à protéger et ont été l'objets d'attaques parfois fatales et très coûteuses, seule la technologie blockchain n'a jamais été effleurée par des tentatives, car non-localisable malgré le fait quelle soit omniprésente dans les espaces numériques en perpétuels transferts et mouvements.

    L'algorithme est public, tout comme d'autres algorithmes connexes, cependant ces algorithmes sont simplement inviolables, des algorithmes ouverts et omniprésents néanmoins intouchables !

    De quoi inquiéter les paternes conventionnels pratiquées par les banquiers et les professionnels de la finance, c'est comme si ils lâchaient des milliards de bouteilles à la mer qu'ils pouvaient être les seules à pouvoirs les récupérer quand ils le veulent et où ils le veulent, c'est le miracles de cette révolution qui a envahi la planètes et qui se mélange avec des générations de nouvelles applications abstraites pour certains et claires pour d'autres.

    Comprenez les craintes des professionnels bancaires, devoir reposer sur des simples algorithmes pour faire circuler et stocker dans l'espace numérique public des millers de milliards ?

    L'énorme avantage de la blockchain est qu'elle peut stocker, transmettre très rapidement et gérer des milliers milliards en argent et des milliards d'utilisateurs sans être contenue quelque part et centralisée, des milliers de milliards lâchés dans l'espace numérique, omniprésents et omnipotents !

  • Plusieurs détails concernant les blockchains.

    Premièrement, cette technologie est utilisée depuis plusieurs décennies, en fait depuis l'apparition du www, (World Wild Web) peu après 1994 et pour des applications étatiques et militaires, en fait, il s'agissait de tracer des "paquets" de données à des fins d'authentifications et de validations des transferts de données.

    En fait le WEB n'est rien d'autre qu'une blockchain, mais je ne devrai pas en dire plus.

    Au travers de l'unique application exploitant cette technologie à des fins "commerciales", les ingénieurs restés anonymes depuis plus de 20 ans, on intégrés, implantés dans cet algorithme d'autres outils, comme la non-répudiation et quelques modules spécifiques dédiés à l'application Bitcoin.

    Je peux vous garantir que cette application de transfert et d'échange de monnaie fonctionnant avec le blockchain n'est pas prête d'être piratée, et ce ne sont pas les tentatives qui manquent.

    Ce système est extrêmement simple et complexe en même temps, ce qui laisse les acteurs financiers extrêmement sceptiques et penseurs.

    Ils aimeraient profiter de la puissance de ces algorithmes tout en voulant les contrôler, alors que la force des algorithmes est justement qu'ils sont incontrôlables, car si ils l'étaient, le système serait comparable à une passoire.

    La force de la blockchain consiste justement à pouvoir localiser les données contenant les montants transférés et stockés et pas seulement.

    Il arrive fréquemment que des chercheurs de trésors trouvent encore de nos jours des fortunes enfuient plusieurs mètres sous terre ou dans les mers.

    Autre détail, des pseudos blockchains sont annoncées presque tous les jours, il y a 1 semaine, 722 millions de dollars ont disparus dans la poche d'un de ces pseudos "génies" !

  • " En fait le WEB n'est rien d'autre qu'une blockchain, mais je ne devrai pas en dire plus." (Corto)

    Si si ! Au contraire ! Encore !

    Question: Si le "WEB" est "une blockchain" ...

    1) quelle est la preuve d'intégrité ... du WEB à un instant t, et ...

    2) comment les preuves des modifications du WEB sont-elles intégrées dans cette preuve d'intégrité ?

  • Bon, allez, allez, plus sérieusement cette fois ...

    Vous ne devinerez jamais où on trouve aujourd'hui du blockchain.

    https://domaine-du-paradis.ch/blog/et-si-vous-blockchainiez-votre-vin/


    Histoire de nous rappeler qu'à une certaine époque, lorsque le cash était rare, une autre monnaie d'échange était le ... whisky !

    Et tant pis pour les fermiers "patriots" des colonies qui ont combattu les anglais, trahis par George Washington lui-même lorsque celui-ci imposa cette taxe enfreignant l'un des principes fondamentaux de la révolution américaine:

    Pas de taxation sans représentation locale.

    https://fr.wikibooks.org/wiki/Histoire_des_%C3%89tats-Unis_d%27Am%C3%A9rique/La_guerre_d%27ind%C3%A9pendance

    https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_du_Whisky

    "Le Président américain George Washington décréta la loi martiale et mena une armée contre les rebelles en octobre 1794 qui furent écrasés."

  • Chuck, pour tout phénomène K en mouvement dans un espace l'instant, T est inexistant !

  • On s'éloigne de plus en plus du sujet et les commentaires ne doivent pas consister en échanges d'apostrophes entre intervenants. La discussion est donc close.

  • Tout d'abord, merci pour votre billet!

    Effectivement, les banques centrales ont intérêt à développer ce genre de monnaies virtuelles. Toutefois, il faut bien se rendre compte qu'il s'agira probablement de "monnaies fiat... sur blockchain".

    La BIS a pourtant déjà soulevé plusieurs "faiblesses" des systèmes blockchain, notamment concernant les mécanismes de compensation interbancaire lors de moments de crises: https://www.youtube.com/watch?v=NjBeZdattw8&index=16&list=PLjKKW-ws0BGqpZ5mnL2sGmYc78exHzrKh

    Par ailleurs, je vous invite à lire mon billet qui démontre que l'on bouge sur cette technologie du côté de Genève: http://gabrieljaccard.blog.tdg.ch/archive/2019/12/02/une-motion-favorisant-la-blockchain-pour-geneve-302791.html

    Bien à vous,

    GJ

Les commentaires sont fermés.