Pologne: où le populisme, hélas, paie

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En Pologne, on appelle cela «kiełbasa wyborcza», littéralement «saucisse électorale». Fort, déjà, d’une popularité insurpassable, le parti au pouvoir PiS (Droit et Justice) avait multiplié les promesses électorales pour s’assurer la victoire la plus large possible aux élections parlementaires du 13 octobre: 500 złotys mensuels de plus pour les familles mettant au monde un premier enfant (jusqu’ici, le cadeau ne valait qu’à partir du deuxième enfant), abaissement de l’âge de la retraite (ramené à 65 ans pour les hommes et 60 ans pour les femmes), doublement du salaire minimum, exonération d’impôt sur le revenu pour les jeunes de moins de 26 ans, etc. etc.

Bien lui en a pris, puisque la victoire s’annonce effectivement écrasante. Il y aura donc beaucoup à méditer sur l’usage électoral des saucisses, en Pologne comme ailleurs. Même si, à la différence d’autres expériences populistes, celle qui est menée dans ce cas a ceci de remarquable qu’elle est le fait d’un parti constant dans sa ligne et qui, surtout, tient ses engagements, parole d’électeurs.

Leszek Balcerowicz, le «père» du plan éponyme de décembre 1989 qui, par un traitement de choc (suppression des prix administrés, retour à la convertibilité du złoty, baisse drastique des subventions), avait propulsé la Pologne d’un seul coup dans l’économie de marché, n’a pourtant manqué aucune occasion ces dernières semaines d’attirer l’attention sur les conséquences funestes qui découleraient de la mise en œuvre d’aussi généreuses promesses. Non seulement, avait-il averti dans de nombreuses interventions télévisées, ces cadeaux feront basculer les finances publiques dans des déficits infinançables, mais elles détourneront les capitaux étrangers d’investissements dont le pays a un cruel besoin. Car, s’il est vrai que la Pologne a connu sans discontinuité la plus forte croissance de tous les pays européens, elle l’a dû, pour l’essentiel, à la vigueur de la consommation des ménages et à une aide extérieure (du FMI et de la Banque mondiale au début, puis de l’Union européenne dès l’adhésion de la Pologne à celle-ci) qui a comblé l’insuffisance d’épargne domestique.

Annoncer l’explosion prochaine d’une dette publique que la Plateforme civique (PO), au pouvoir entre 2007 et 2015, s’était efforcée de contenir au prix d’une baisse de popularité qui finit par lui coûter sa majorité parlementaire et permit au camp adverse de reprendre la main, n’a visiblement pas ébranlé l’opinion. «C’est que, explique Balcerowicz dans l’interview qu’il donnait l’autre jour au correspondant de la NZZ à Varsovie, les dégâts causés par le PiS ne sont pas encore visibles, masqués qu’ils sont par le boom».

L’ancien ministre des finances et président de la banque centrale sait de quoi il parle. Ce qui tire aujourd’hui l’économie, ce sont ces largesses distribuées sans compter par un pouvoir chanceux, alors qu’à long terme seules des réformes structurelles permettraient de garantir la croissance. Or le PiS s’ingénie à démolir, systématiquement, tout ce qui assure de bonnes conditions cadre : l’Etat de droit, menacé par la mise au pas des tribunaux, la sauvegarde des libertés économiques, attaquées de front par une politique de «repolonisation» des médias et du secteur bancaire, la paix sociale, enfin, qu’un ultra conservatisme encouragé de la pire des façons contribue à détruire.

Hélas, comme dit le proverbe, il n'est point de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir, ni de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

 

Commentaires

  • Soit les promesses ne seront pas tenues ou seulement tres partiellement avec des reports dans un futur incertain, soit elles devront etre financées par des hausses d`impots brutales (par exemple la TVA) et/ou le démantelement de la santé et de l`éducation publiques. En Hongrie, Orbán a pensé pouvoir affronter les municipales de dimanche sans faire de grandes promesses mais ca lui a couté Budapest et dix autres villes d`importance. Tout ca montre qu`agiter le drapeau national commence a ne plus suffire pour se maintenir au pouvoir en Europe Centrale. En pologne comme en Hongrie, un nouveau départ devient vraiment nécessaire apres cette période post-communiste ayant surtout profité aux aventuriers de la politique et, dans leur sillage, aux affairistes de tout poil tout en causant un exode massif des populations.

  • "Le populisme" paye partout même en Afrique! La Pologne se souvient de l'empire ottoman, comme la Grèce d'ailleurs!

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