Bientôt, les monnaies seront numériques

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La Banque nationale suisse n’y croit guère, et pourtant la numérisation des monnaies avance à grands pas. On en veut pour preuve non seulement le lancement prochain de la libra, qui paraît irrésistible malgré les méfiances exprimées ici et là, mais aussi et surtout la multiplication explosive de solutions de paiement privées, quasi gratuites, de la part de géants du numérique, de plateformes de e-commerce et plus récemment de néobanques, allemandes notamment (ce qui est un comble pour un pays généralement considéré comme plutôt traditionnaliste), uniquement présentes sur les réseaux de téléphonie mobile.

Les raisons de cet emballement que l’on n’a pas davantage vu venir que la généralisation, en à peine une quinzaine d’années, à l’ensemble de la population et dans toutes les régions du globe, de l’usage du smartphone, se résument si l’on y réfléchit à quelques principes simples : l’outil est à la portée de tous, s’ouvre à tous les usages y compris dorénavant monétaires, ne présuppose aucune infrastructure lourde (à la différence de la téléphonie fixe), et les offrants de solutions nouvelles de paiement ne se heurtent pas à des barrières d’entrée aussi infranchissables que celles qui protègent sur leurs marchés respectifs les banques ou les opérateurs classiques des télécoms.

Les monnaies privées ne datent pas d’aujourd’hui. Elles sont même antérieures aux monnaies légales, et certaines ont précédé d’une bonne longueur les banques centrales. Songeons par exemple à la période du free banking aux Etats-Unis entre 1837 et 1862, ou aux innombrables monnaies cantonales en circulation avant la création de la BNS. Le prix Nobel Friedrich Hayek leur avait attribué, avec d’autres, d’importantes vertus, dont celle de limiter le libre-arbitre étatique (certains vont d’ailleurs jusqu’à considérer l’économiste autrichien comme l’un des pères spirituels du bitcoin). Belle en théorie, l’idée ne lui a pas survécu.

Mais la numérisation change la donne. Si, encore une fois, l’acceptation de monnaies numériques privées se répand aussi vite que celle des téléphones intelligents, les banques centrales, censément émettrices exclusives de monnaie légale, auront du souci à se faire. Elle perdront de fait, sinon de droit, leur monopole, et la politique monétaire, c’est-à-dire le pilotage de la création de monnaie à des fins de stabilisation des prix, de la conjoncture, voire de maniement du taux de change, s’en trouvera pour le moins contrariée.

Il n’est nul besoin de prédire la disparition de la monnaie de papier, c’est-à-dire du billet de banque, avec l’avènement de la monnaie numérique ; les deux peuvent parfaitement coexister. Mais elles vont se trouver en concurrence, et si d’aventure, comme on peut l’imaginer, la part des échanges effectués par le truchement des solutions numériques devait l’emporter sur celle des formes classiques de paiement via le système bancaire, les rôles habituels des banques, des autres intermédiaires financiers et des découpages en espaces monétaires distincts (la zone dollar, la zone euro, le yuan, la livre, le yen, le franc) seront complètement bouleversés.

Comment préserver la souveraineté monétaire des Etats, si tant est que le concept ait encore un sens ? La réponse passe sans doute par l’émission de monnaies numériques de banques centrales et leur coordination, à l’échelle planétaire, sous l’égide d’un nouveau système monétaire international, d’un «Bretton Woods» numérique en quelque sorte, dont le FMI serait l’agent exécuteur. Il y faudra du temps, mais on y viendra.

Commentaires

  • Je vois mal les mafias internationales travailler avec une monnaie numérique! Et comme c'est elles qui dirigent tout!!!!!

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