Il est temps de ressusciter les vieilles idées keynésiennes

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La propagation tous azimuts de taux d’intérêt négatifs rend la vie difficile à beaucoup de gens au lieu de la leur faciliter. On pense d’abord, bien sûr, aux déposants petits et grands, les premiers risquant bientôt d’être logés à la même enseigne que les seconds et se voir sanctionnés comme eux pour préférer l’épargne à la dépense. Mais il y a aussi, plus gravement, la remise en cause des régimes de prévoyance, privés de l’apport du «troisième cotisant» que personnifiait le capital accumulé, jusqu’ici pourvoyeur de rendement, désormais amenuisé par le prélèvement de taux négatifs. Les assureurs-vie, acteurs majeurs de la prévoyance professionnelle en tant que gérants des capitaux et des risques pour le compte d’une multitude de caisses de pensions, sont eux aussi sérieusement touchés par l’effondrement des taux, au point que la FINMA, qui les surveille au même titre que les banques, commence à s’en inquiéter.

Tout cela pour un but, la relance de l’activité (sauf en Suisse, où ce qui est visé est le niveau trop élevé du franc), but qui n’est manifestement pas atteint, puisque l’économie stagne et menace même de s’enfoncer dans la récession. D’où les appels, qui se multiplient, en faveur d’un recours plus ou moins direct au second instrument de la politique conjoncturelle, savoir la dépense publique, qui viendrait épauler le premier, savoir la politique monétaire, rendue impuissante par la formation de ce que Keynes, le grand économiste, avait appelé la « trappe de liquidité ».

On prend les mêmes et on recommence ? Pas tout à fait. Le monde d’aujourd’hui n’est pas, économiquement parlant, le même que celui du sous-emploi des années trente justement visé par la Théorie générale, ni le même que celui de la fin des années soixante et surtout du premier choc pétrolier (1973), lorsque la mise en application des idées keynésiennes avait simplement, faute de capacités de production effectivement mobilisables, accéléré la hausse des prix sans effet sur la croissance, d’où cette «stagflation» de sinistre mémoire.

A l’époque et pour de longues années encore, les taux d’intérêt nominaux étaient restés positifs, sans pour autant compenser l’inflation. Les taux réels étaient donc négatifs, de sorte que l’argent mis de côté perdait de sa valeur, mais on ne s’en plaignait pas vraiment, vu que la croissance des salaires rattrapait, et au-delà, les pertes de pouvoir d’achat de la monnaie : l’illusion monétaire, cet autre concept keynésien, battait son plein. En 1973 par exemple, le taux d’intérêt des dépôts d’épargne auprès des banques cantonales s’était établi à 4,15% en moyenne, quand l’indice des prix à la consommation affichait une hausse annuelle de 8,7%. Et en 1985, année de l’entrée en vigueur de la LPP, ces mêmes dépôts n’étaient plus rémunérés qu’à hauteur de 3,72%, quand l’inflation frisait les 4% ; c’était mieux, mais les taux réels étaient toujours négatifs. Nonobstant, la mécanique roulait, et le 2e pilier semblait promis à un avenir radieux.

Aujourd’hui, où en est-on ? La statistique bancaire n’existe plus sous la même forme, mais on ne se trompe pas de beaucoup en évaluant la rémunération moyenne de l’épargne à quelque 0,01%, ce qui, pour une inflation annuelle de 0,3% à fin août, correspond à un taux réel à peine différent de 0%. Ce n’est pas beaucoup, mais néanmoins mieux que naguère. A ceci près que, l’illusion ayant disparu, la magie n’opère plus, et la mécanique s’enraye.

Il est donc temps de plonger les mains dans le tiroir aux souvenirs, et de ressusciter les vieilles idées keynésiennes !

Commentaires

  • Quand un système qui se veut rationnel et responsable en vient à affirmer que l'illusion et la magie n'opèrent plus, les masques tombent et le roi est nu. Tous les clichés sont au rendez-vous et la bagarre peut commencer.

  • Le keynésianisme se pratique de plus en plus, notamment en ce moment en France. En gros, il s`agit de soutenir l`emploi plus que de lutter contre l`inflation et, pour cela, donner un role clé a l`État dans la création de l`emploi. Le probleme est que les moyens de l`État sont limités dans un systeme ou pratiquement toute l`économie est dans le secteur privé et que celui-ci est largement dominé par des entreprises géantes (le plus souvent multinationales) qui n`ont pour but que de maximiser leur profit en diminuant les couts et avant tout les couts salariaux.

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