Il ne sert à rien de tirer sur l’ambulance

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Mais qui sont ces techniciens qui n’ont de compte à rendre à personne et pourtant engagent nos destinées à tous ? La question fait ici référence aux banquiers centraux et, derrière eux, aux équipes de macroéconomistes et d’économètres qui préparent leurs décisions. Elle pourrait s’appliquer aux autres grandes administrations (la santé, le social, les transports), mais elle prend un relief particulier lorsqu’il s’agit de politique monétaire, singulièrement depuis que celle-ci a abouti à la généralisation de taux d’intérêt négatifs, si négatifs même que des emprunts d’Etat à cent ans d’échéance se négocient depuis peu sur le marché secondaire à moins de zéro de rendement !

Leurs acheteurs n’étant pas des ânes, on est bien obligé d’en conclure qu’ils partent de l’idée que les perspectives économiques leur donneront raison. Soit les variations de change leur offriront à l’occasion des chances de gain, soit l’argent, demain, vaudra davantage qu’aujourd’hui, dans une mesure égale sinon plus à ce qu’il en coûte de le prêter, puisque, encore une fois, il faut à présent payer pour placer sans risque.

Pour en être ainsi arrivées à mettre le monde à l’envers, les banques centrales n’ont pas perdu la tête. Elles ont très logiquement poussé la logique du soutien à l’économie jusqu’au bout. Ce à quoi un loyer de l’argent réduit à zéro n’a pas permis d’aboutir, savoir le redémarrage de la dépense, un loyer négatif devrait y parvenir. Sauf que, et là est tout le paradoxe, la manœuvre semble échapper au bon sens : plus les taux s’enfoncent, plus les investisseurs en déduisent que l’économie ira mal et s’abstiennent. Au fond, la lutte contre le danger de déflation accrédite de son simple fait la prévision selon laquelle la déflation va bel et bien se produire. D’où, notera-t-on, il n’est pas insensé de suggérer, comme le font certains économistes, que le moment est venu de repasser dans la zone des taux positifs.

Mais revenons à la question de la légitimité des décideurs. Ils ne sont pas élus, n’ont pas à justifier leurs actes, ne sont pas sanctionnés, ne publient pas les procès-verbaux de leurs délibérations. N’y a-t-il pas là un grand danger de dérive, dès l’instant où la conduite de la politique monétaire s’écarte des chemins habituels, ce qui est précisément le cas dans les circonstances actuelles ? Des voix commencent à se faire entendre ici et là, qui réclament la subordination de l’autorité monétaire à l’autorité politique tout court. Les pressions se font plus fortes aux Etats-Unis sous la présidence qu’on connaît, mais aussi en Europe, où le conseil de la BCE n’échappe pas à la critique, et au Japon où la banque centrale a accumulé une montagne d'actifs sans réussir à faire bouger d’un pouce le taux d’inflation.

Il ne sert pourtant à rien de tirer sur l’ambulance. Si les banques centrales sont devenues impuissantes, c’est que l’Etat ne prend pas le relais qu’il devrait prendre. A moins que. Ainsi l’Allemagne, paraît-il, préparerait un plan de relance de 50 milliards d’euros. Mieux vaut tard que jamais.

Commentaires

  • "Des voix commencent à se faire entendre ici et là, qui réclament la subordination de l’autorité monétaire à l’autorité politique tout court."

    Sauf que...
    Le système politique est aussi mal mené avec un lobbying si intensif que les influenceurs ne se contentent plus de la salle des pas perdus, ils siègent dans les commissions en tant que députés.
    Et auprès de qui les politiques devraient-ils s'informer ? Les économistes eux-mêmes ne sont pas foutus de se mettre d'accord.

    Vous avez évoqué les transports, domaine que je connais bien. Je puis vous assurer que le politique n'y comprend rien. Le parlement genevois vote tous les six ans une nouvelle loi sur les taxis qui est censée corriger la précédente mais qui est toujours aussi inapplicable qu'inappliquée.

    Vivement l'IA et les algorithmes !

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