Payer à la vitesse de l’éclair

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On vit décidément une drôle d’époque. L’argent, et il y en a toujours davantage, circule de plus en plus vite, alors que les économies croissent de plus en plus lentement. Sans doute n’y a-t-il qu’un rapport lointain entre la vitesse des règlements, qui se compte désormais en secondes, et la décélération des flux commerciaux, freinés par l’escalade tarifaire entre les Etats-Unis et la Chine sans parler d’autres sources d’inquiétude. Mais il n’est pas exclu que l’une déborde sur l’autre.

Lorsqu’il se passait des jours, parfois des semaines, entre une décision de paiement prise par un acheteur A et sa matérialisation sur les livres d’un vendeur B, la viscosité du processus de règlement offrait à beaucoup d’intermédiaires l’occasion de justifier leur raison d’être et, partant, celle d’expliquer le caractère indiscutablement fondé des frais y afférents. Banquiers, comptables, vérificateurs, juristes préposés à la compliance y trouvaient leur compte, et la terre continuait de tourner.

L’inventivité des magiciens du Net en a cependant décidé autrement, car il y a beaucoup à gagner dans la course-poursuite à laquelle se livrent les concepteurs de nouveaux modes de paiement. La concurrence se déchaîne entre systèmes monétaires publics et privés, ou plus exactement entre systèmes ouverts et fermés, les premiers cherchant en principe à garantir la stabilité, la lutte contre le blanchiment et la répression de la fraude, les seconds visant plus prosaïquement à étendre leur part de marché. Les plus notoires de ces derniers se recrutent parmi les lanceurs de crypto-monnaies à visées plus ou moins planétaires, tel Facebook et sa Libra. Pendant que se tiennent, en embuscade, les projets d’Amazon, Uber, Google et autres Apple.

Mais c’est surtout du côté des banques centrales et des services collectifs de paiement qui leurs sont proches, tels notre SIC (Swiss Interbank Clearing) ou le réseau interbancaire SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication), que s’affinent et s’accélèrent les techniques de règlement qui préparent non seulement la dématérialisation, mais aussi et surtout l’instantanéité des paiements dans le monde de demain. A l’échelle nationale ou à celle de la zone euro, c’est chose faite.

Aux Etats-Unis, la Réserve fédérale mijote, sous le nom de FedNow, un système de paiement en temps réel qui devrait voir le jour d’ici 2023. Mais manque encore, pour que s’accomplisse le règne des paiements instantanés à l’échelle planétaire, une convergence complète des régimes publics existants. Au SEPA Instant Credit Transfer et à son avatar TIPS (TARGET Instant Payment Settlement) qui existent pour l’euro, au FedNow promis pour le dollar, au Faster Payments Service britannique ou encore au Zengin System japonais, finira bien un jour par se superposer un réseau transnational assurant des virements instantanés d’un pays à l’autre pour un coût proche de zéro.

Intermédiaires s’abstenir…

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Commentaires

  • "Pour un cout proche de zéro" oui, mais seulement si les banques ne sont plus dans le coup car du fait des taux proches de zéro les banques n`ont que le choix de compenser avec des l`augmentation des frais bancaires. C`est peut-etre pour cela que le monde de la banque est si opposée a des projets de banques paralleles et "gratuites" comme celui récemment de Facebook. De toute maniere, il semble bien que le secteur bancaire ait déja mangé son pain blanc.

  • J`ai hate de lire un jour votre opinion éclairée sur la maniere dont l`économie libérale globalisée pourra etre sauvée de la débacle une fois que meme la grosse artillerie des taux bancaires quasi-nuls (voire négatifs) aura échoué a relancer un niveau de consommation suffisant a sauvegarder l`emploi. Les économies européenne et américaine sont en équilibre entre la stagnation malgré les taux bancaires microscopiques et alors que nous sommes a la veille de la révolution robotique ainsi que de l`ouverture de l`autoroute de la soie qui risquent de donner le coup de grace a l`emploi en Occident.

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