La guerre des monnaies a commencé

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On sentait la chose venir, elle est venue. Faute de disposer d’une riposte correspondante sur le terrain commercial, la Chine a décidé de laisser choir sa monnaie face au dollar. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, le renminbi est tombé à son plus bas niveau depuis 2008, en partie certes sous l’effet des craintes qui ont envahi les marchés à l’annonce des nouvelles hausses tarifaires brandies par un président des Etats-Unis plus déterminé que jamais, mais aussi et peut-être surtout en raison de la décision prise par la Banque populaire de Chine de ne plus défendre le yuan face au dollar.

La réaction américaine ne se fera probablement pas attendre, et pour cause.

D’abord, les excentricités présidentielles ont ceci de commun qu’elles se déclenchent au moindre mouvement du camp adverse, qu’elles soient irréfléchies, ce qui est le plus probable, ou qu’elles découlent d’une stratégie préparée de longue date, ce qui l’est beaucoup moins. Ensuite, la politique monétaire américaine présente la particularité de réserver la politique de change au Trésor – donc, à l’équipe trumpienne (même si le Trésor doit en principe consulter à ce propos la Réserve fédérale, et que c’est la Banque fédérale de réserve de New York qui est chargée d’exécuter les opérations de change) – au lieu que cette politique fasse, comme ailleurs, partie des prérogatives de la banque centrale. On sait que Donald Trump ne porte pas dans son cœur le conseil de la Fed, et encore moins son président Jerome Powell. Il doit donc en l’occurrence être ravi de pouvoir estoquer sur le champ, sans avoir à attendre, indépendance de la banque centrale oblige, le résultat des longues délibérations propres à la prise de décision du FOMC en matière de politique monétaire intérieure.

Bref, il semble bien que la guerre des monnaies, que tout le monde craignait, soit cette fois-ci déclarée. Les Etats-Unis considéraient déjà la monnaie chinoise sous-évaluée, ils vont désormais la tenir pour systématiquement manipulée (ce qui n’est pas totalement faux, mais en partie excessif : le yuan ne flotte pas librement, les mouvements de capitaux étant contrôlés, mais la BPC tenait jusqu’à tout récemment à ne pas le laisser tomber sous la «ligne rouge» de 7 yuan pour un dollar).

Et les autres banques centrales ne vont pas rester sans réagir. Celle du Japon a déjà laissé entendre qu’elle ne tolérerait pas un yen trop fort, vu la situation conjoncturelle du pays. La BCE n’entend pas non plus, et pour les mêmes raisons, renoncer à de nouveaux assouplissements, quels qu’en soient les effets sur le taux de change de l’euro. Et ne parlons pas de la livre sterling, en chute libre à quelques semaines d’un Brexit qui s’annonce dur.

Reste le franc, bouée de sauvetage universelle, dont la BNS ne sait plus trop comment freiner l’ascension. Des intérêts encore plus négatifs ? Peut-être. Mais cela commence à maugréer du côté des banques et des épargnants. Alors, échelonner la pénalité pour préserver les petits comptes ? Certains y voient la solution.

Lien permanent 4 commentaires

Commentaires

  • Suite à tout ce que vous venez d'exposer et avec lequel je suis presque d'accord, hormis quelques appréciations personnelles que je vous laisse, en ce qui me concerne, je dirais que les seul remède à cette crise consiste à acheter de dollar !

    Quant à la ligne "rouge" à ne pas dépasser par la BCP, nous verrons, je prévois un yuan instable ce qui est déjà le cas, il faudra encore voir ce qu'il va se passer dans le détroit d'Ormuz.

  • A mon avis, les décision de l'actuel gouvernement actuel ne doivent pas être examinés sur le court terme et je doute que ces décisions ne soient pas soutenues par les deux camps aux USA.

    Je dirais, qu'enfin les USA jettent un baton dans la fourmilière, mais avant tout, il faut prévoir quelles seront les positions de "l'Europe" dans cette partie de domino et quel camp sortira gagnant à moyen et long terme ?

    Ne pas oublier les corrections avenir sur les marchés de la finance ont parfois tendance à osciller, parfois avec des secousses plus importantes que les causes elles-mêmes, c'est un peu ce à quoi nous assistons depuis quelques jours et parfois ces oscillations s'amplifient de manière démesurées, ce ne sera pas le cas présentement.

    Il faudra que l'ensemble des économies qui se reposent sur le dollar apprennent vite à rééquilibrer la cargaison sur le bateau, en fait nos "capitaines" viennent de se rendre compte que la mer était houleuse, seulement voilà, ça ne date pas d'il y a une semaine.

  • Les anglais seront certainement les premiers perdants, eux qui voulaient faire en même temps, commerces avec les US et la Chine, pour s'émanciper de l'UE.
    Bojo se voit contraint de choisir son camp, je doute que Trump apprécierait des anglais trop ouverts à la Chine.
    Et on revient à l'UE. Les anglais ont besoin plus que jamais de l'UE si ils veulent conduire une politique indépendante, mais l'idéologie peuvent les amener à préférer être les faire-valoir des US.

    A mon avis, la guerre des monnaies, avec son pendant de guerre froide, est un coup dur pour les brexiters qui imaginaient une Angleterre florissante ultralibérales. Le commerce avec les US risque de ne pas suffire à compenser les désinvestissements.

    L'économie, avec tous ces excès, a pendant longtemps "dirigée" la planète, à la place des politiques. Et voilà maintenant, ce sont les politiques qui reprennent le pouvoir sur l'économie.
    Malheureusement, il ne s'agit pas de régulations.

    Cette guerre froide va peut-être donner un coup de pouce à cette Europe incapable de prendre son destin en main, contrairement à nos ancêtres qui l'ont fait en 1291.
    Reste un obstacle, l'Allemagne, qui commence seulement à comprendre, que la politique a repris le pouvoir sur l'économie, et qu'elle est perdante dans ce nouveau monde. Les forts recommencent à faire la loi au détriment du multilatéralisme, dans ce monde l'Allemagne ne maitrise rien, elle subit.

    Même si le prochain président US est démocrates, je ne pense pas que les choses vont vraiment changer à part la manière, parce que Trump n'a pas entièrement tort.

    La guerre des monnaies, est-ce un évènement anodin, ou une date historique qui marque le début d'une longue guerre froide ?

  • "je dirais que les seul remède à cette crise consiste à acheter de dollar !" (Corto)

    Le seul remède du mal de tête de qui ?

    La BNS ?

    La BCP ?

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