L’économie selon Trump

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Le président en exercice des Etats-Unis a une vision simple et claire de l’économie. Leur balance commerciale demeure-t-elle systématiquement déficitaire ? C’est que les barrières douanières érigées par leurs concurrents freinent les exportations américaines. Les autres monnaies sont-elles sous-évaluées par rapport au dollar ? C’est que la Chine, l’Europe, le Japon, peut-être même la Suisse, manipulent leurs taux de change. La croissance du produit intérieur brut faiblit-elle dangereusement, revenue qu’elle est des 3,1% du premier trimestre à 2,1% au second ? C’est que la Réserve fédérale a relevé à plusieurs reprises ses taux directeurs, avant de se refuser obstinément jusqu’ici à les abaisser.

Conformément au «powerplay» dont il est un adepte convaincu, le président a promis la foudre et la fureur en réponse aux fauteurs de troubles : hausses massives des droits frappant l’acier et les produits importés aux Etats-Unis ; annonce d’une riposte, coup pour coup, sur les marchés des changes via des interventions massives et ciblées du Trésor pour faire baisser le dollar dans la mesure nécessaire ; pression continue, enfin, sur une Réserve fédérale dont les sièges au comité d’open market sont à chaque vacance attribués à des candidats compétents ou non, pourvu qu’ils soient acquis aux idées présidentielles.

Sur la balance commerciale, les résultats se font attendre et pour cause. Les volumes diminuent de part et d’autre sous l’effet des taxes, mais le solde passif reste le même. Car la persistance du déficit américain ne tient pas à quelque coupable dumping de la part des partenaires à l’échange, mais à la tendance, structurelle, des Etats-Unis à consommer davantage qu’ils ne produisent.

Le dollar est trop fort au goût du président ? Dans un monde de taux de change laissés au libre marché, ce ne sont pas tant les banques centrales qu’il faut montrer du doigt (encore que, dans le cas de la Chine, on a pu à certaines périodes considérer à juste titre qu’il y avait sous-évaluation forcée du renminbi) mais bien plutôt, et tout simplement, l’afflux permanent de capitaux aux Etats-Unis, attirés par une vigueur conjoncturelle sans égale en comparaison internationale et des rendements sans risque bien supérieurs aux taux négatifs en vigueur ailleurs.

Reste la posture de la Réserve fédérale et de son conseil présidé par l’avocat Jerome Powell. La Fed va-t-elle enfin céder aux pressions de la Maison Blanche et de Wall Street et baisser ses taux, d’autant que les vibrations intermittentes d’une bourse à son sommet – bourse que Donald Trump tient pour le meilleur sinon l’unique baromètre de la situation économique – tendent depuis quelque temps à s’amplifier? Les économistes les moins suspects de sympathies démocrates, tel par exemple un Robert Barro* dans "Is politics getting to the Fed ?" , dénoncent la mainmise progressive de la politique sur la banque centrale, et les dangers que les visions simplistes de l’actuel président font courir aux Etats-Unis et au reste du monde.

 

Lien permanent Catégories : Etats-Unis 11 commentaires

Commentaires

  • La politique de l`éléphant dans la boutique de porcelaine. Le vieux gamin s`amuse comme un petit fou et se fiche des conséquences, habitué qu`il a été a casser ses jouets pour en recevoir aussitot de tout neufs...

  • Il m`est revenu a l`esprit la prévision, il y a peu d`années, d`un ancien analyste du KGB. Selon cette prévision les USA vont éclater en plusieurs pays indépendants sous l`effet des tensions économiques et ethniques interrégionales. Ce scénario deviendrait tout a fait réaliste si Trump était réélu. On voit bien avec Boris Johnson comme il est facile d`amener au bord de l`éclatement une union géopolitique paraissant ultra-stable (en l`occurrence la Grande-Bretagne) des lors que les parties composant cette union voient leur avenir mis en danger par la politique du pouvoir central (Londres).

  • Disons que les USA ne veulent céder des intérêts élevés, c'est pas plus compliqué et ça surprend certains, certains qui vont moins toucher d'intérêts, logique.
    Conséquence, un peu moins d'inflation aux USA, par contre, grosse panique chez les spécialistes de la finance. Il faut comprendre un phénomène, celui de la prévisibilité sur lequel tous construisent leurs calculs à court et moyen terme. Si la FED décide encore de baisser ses taux, ça promet une belle déflation en Europe et en Asie, sans parler des crédits qui combleront les surcoûts du produit intérieur brut des USA.

  • @Jean, d'abord, on voit déjà la Chine qui manipule des parités avec le dollars, qu'est-ce que ça va bien pouvoir changer alors que la Chine ne fonctionne dans ses exportations qu'avec des dollars ?

    Dangereux comme "stratégie" dans un pays où l'argent et si mal distribué, très dangereux, car il faut savoir que le jour où la croissance s'inverse dans un pays aussi mal géré c'est la chute garantie.

  • @Corto Ce que n`a pas compris Trump: l`économie chinoise est bien moins dépendante des USA que l`inverse. Pour mettre a genoux l`économie chinoise, il faudrait le boycott combiné USA-Europe mais l`Europe n`est pas partante car cela risquerait fort d`etre une victoire a la Pyrrhus. Trump va mener les USA a la récession pendant que l`Europe va faire les yeux doux a la Chine pour compenser sur le marché chinois ce qu`elle perd sur le marché US. Résultat des courses: Chine vainqueur sur toute la ligne a cause d`un stratege de salon comme Trump. Le reste n`est que détails.

  • "@Jean, d'abord, on voit déjà la Chine qui manipule des parités avec le dollars" (Corto)

    Quelle différence avec la vanne de stockage virtuelle du QE/QT de la Fed au bout du pipeline de sortie de la rotative à imprimer du dollar gratuitement, Corto ?

    Ne me dites pas que c'est parce que c'est moins évident parce que la manipulation US est noyée dans le masse de la dette US et du bilan de la Fed.

    Quelle différence entre le système renminbi/yuan, et le dollar-dette-publique/dollar-crédit-privé ?

  • Chuck, merci pour la question : "Quelle différence entre le système renminbi/yuan, et le dollar-dette-publique/dollar-crédit-privé ?"

    Trump a décidé de concurrencer la Chine sur le marché américain, c'est à dire : Produire aux USA. Cela implique plusieurs facteurs ; des coûts plus élevés et en contre-partie, une qualité Made in USA, qui certainement épongera l’hémorragie provoquée par des produits d'une qualité relative avec des composants discutables, sans parler des normes environnementales exécrables en Chine. La mesure de la FED accompagne l'effort que les consommateurs américains vont devoir fournir en achetant des produits plus chers, mais nettement meilleurs en qualité, donc qui dureront plus longtemps et qui seront nettement rentables à moyen terme. Il faut savoir que la Chine est prête sur le terrain du marché automobile et que Trump ne va pas laisser les marchés américains se faire envahir par un dumping des voitures chinoises.

    @Jean, on en gagnera jamais avec un pays qui impose des barrières douanières sur les importations comme le fait la Chine, jamais !

    Exemple : Les chinois qui veulent s’offrir une montre de luxe, paient moins cher en venant en Suisse ou à Dubai que de l'acheter sur place. Cela illustre très bien le mécanisme en ce qui concerne les produits de luxe que les chinois apprécient particulièrement, seulement le problème c'est que ces produits ne représentent que des miettes vis-à-vis d'une économie globale et industrielle. Surtout lorsque les dividendes chinois sont aussi mal distribués.

    Jean, les mécanismes économiques ne sont pas binaires, cependant, parfois des mesures binaires comme le fait Trump peuvent très bien fonctionner. Disons que Trump en tant que républicain et classé parmi les non-interventionnistes au niveau intérieur, ce qui ne l'empêche pas de l'être au niveau des échanges extérieurs. En regard de ce qu'il se passe en Europe et son emblématique "ouverture", consistant à investir massivement sur des marchés instables comme les marchés chinois. Le résultat est catastrophique, allez en Allemagne et observez le nombres de véhicules neufs stockés le long des autoroutes, des centaines de km de véhicules parqués et regardez le prix d'une Toyota vendue aux USA en comparaison de son prix en Suisse ou en Europe. Et après vous dites que les USA imprimeraient plus de dollars que l'Europe ne le fait avec les euros ?

    bien à vous

  • Chuck, essayez de payer des marchandises chinoises avec des euros !

    Depuis la Suisse vous payerez des taux de changes deux fois !

  • @Corto Il me semble bien que vous voulez prouver quelque chose mais quand a savoir ce que c`est au juste...

  • @Jean, je constate que des démocraties, autant du point de vue des droits de l'homme que du point de vue commercial tentent d'équilibrer la balance et que d'autres continuent de faire l'autruche. Je sais très bien de quoi je parle.

    Les effets économiques obéissent à des lois très complexes et bien souvent psychologiques et irrationnels, nous l'observons maintenant avec la baisse des taux et que les traders font la fête !

    Contrairement à ces manifestations si prévisibles, il faut dans le cas de la finance américaine faire le constat en ce qui concerne les fondamentaux relatif à l'économie américaine, cependant le résultat sera que la mécanique qui commençait à grincé au niveau interne va commencer à grincer au niveau des échanges extérieurs. Mais que personne ne pense que les fondamentaux américains soient égratignés par la décision de baisser les taux de 0.25 point.

  • En réalité, le taux US baisse de 0.25% et le yuan baisse de 3% !

    Que ce passerait si le taux US baissait de 1% ?

    Comme quoi l'économie chinoise montre sa fragilité face au dollar !!

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