A la poursuite de prix équitables: Et si la Suisse adoptait l'euro?

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Le combat contre l’«îlot de cherté suisse» ressemble beaucoup à celui livré contre la hausse constante des primes d’assurance-maladie : postulats et motions parlementaires, initiatives et contre-projets se succèdent, sans que véritablement l’on se rapproche de l’objectif visé.

Les prix en Suisse demeurent – chiffres de 2017 – de quelque 56% (et même de 68% pour les services) plus élevés que dans les pays de l’UE-15, et tout porte à penser que les mesures préconisées pour renforcer la concurrence, qu’elles émanent de l’initiative «pour des prix équitables» ou du texte que le Conseil fédéral suggère de lui opposer, n’auront pas beaucoup plus d’impact que tout ce qui a été mis en place jusqu’ici.

Il y a en effet quelque chose de donquichottesque dans ces tentatives de séparer l’îlot de prix, dont tout le monde se plaint, de l’«îlot de salaires» (pour reprendre l’expression d’un confrère de la NZZ), tout aussi élevés, mais que personne, bien évidemment, ne songe à dénoncer, quand bien même les deux phénomènes sont étroitement liés.

Certes, les restrictions à la concurrence, les droits de douane, le protectionnisme agricole, les obstacles techniques au commerce, la géographie tortueuse, le plurilinguisme et les spécificités cantonales jouent à des degrés divers un rôle dans la perpétuation d’un niveau de prix élevé dans ce pays. Mais cela n’explique pas tout. Un pouvoir d’achat élevé attire comme un aimant la limaille les prix vers le haut. A preuve la petite expérience que chacun peut faire en sautant la frontière : un même produit d’une marque quelconque, pharmaceutique ou cosmétique par exemple, se vend plus cher en région annemassienne qu’en plein cœur de Paris, pour ne pas parler de la France profonde…

Car il n’est pas interdit aux entreprises, pas davantage chez nous qu’ailleurs, de fixer leurs prix de vente en fonction du porte-monnaie de leurs clients. Cette manière de segmenter le marché, systématiquement pratiquée sur les biens et services à prix non réglementés et lorsque la situation de concurrence le permet, est même un principe de marketing enseigné dans les écoles.

Pour autant, faut-il rendre les armes ? On peut malgré tout attendre quelque chose du renforcement de certains dispositifs anticartellaires, de ceux notamment qui s’attaquent aux positions dominantes. Mais il y aurait une arme infiniment plus destructrice, si l’on ose l’évoquer: une adhésion pure et simple à l’UE et à sa zone euro ! Plus de souci de taux de change, plus d’exceptions compliquées à négocier, plus de barrières d’aucune sorte…

Besoin d’un exemple de réussite ? Hé bien considérez le Luxembourg, légèrement plus peuplé que le canton de Genève, aussi riche sinon plus que la Suisse, aux salaires tout aussi élevés, avec 46% de travailleurs frontaliers (deux fois plus qu’à Genève), sans un chômage particulièrement élevé (5%), et un pouvoir d’achat pas très éloigné du nôtre. Où le loyer d’un trois pièces est à 1400 euros, son prix à l’achat, à 394'000 euros, et ainsi de suite.

Comparaison n’est certes pas raison. Reste que le cas du Luxembourg montre qu’il est possible de vivre normalement dans un petit pays, un îlot en somme, pour lequel l’appartenance à la vaste Union européenne n’a jamais signifié un nivellement par le bas des conditions d’existence.

Commentaires

  • Sujet très intéressant. J'attends avec impatience des avis argumentés, surtout s'ils sont contradictoires.

  • Effectivement, pourquoi pas ?
    Seuls la courte vue de nos politiciens et l'égoisme des nantis suisses s'opposent
    à faire quelques petits sacrifices pour en tirer pas mal de bénéfices

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