Taux nuls : calamité ou bénédiction?

Imprimer

On sait maintenant, ou du moins croit-on savoir, que des taux d’intérêt nuls ou même négatifs sont faits pour durer. Comment, en effet, expliquer qu’ils demeurent aussi bas – alors que l’activité, repartie un peu partout, devrait logiquement réveiller l’inflation et les faire remonter dans la foulée – sinon que des mécanismes plus profonds sont à l’œuvre, qui déjouent les relations habituelles entre épargne et investissement et font que malgré des salaires plutôt en augmentation, signe d’une amélioration de l’emploi, les entreprises ne répercutent pas leurs hausses de coûts sur les prix.

Economistes et banquiers centraux ont leur petite idée sur le sujet. L’un d’eux, John Williams, patron de la Banque fédérale de réserve de New York, qui s’exprimait le 14 mai dernier à Zurich, voit par exemple dans le vieillissement démographique et la baisse des gains de productivité deux facteurs essentiels du ralentissement de la croissance, responsable à son tour d’une réduction durable du taux d’intérêt réel à long terme, qui ne serait plus que de 0,5% dans les cinq plus grandes économies (USA, Canada, Japon, Royaume-Uni, zone euro), soit deux points entiers de pourcentage de moins que les 2,5% qui prévalaient avant la crise de 2007-2008.

Si l’analyse est correcte, elle signifie que, faute de pouvoir faire baisser davantage les taux d’intérêt, les banques centrales n’auront plus guère les moyens de faire face à une prochaine crise. Cette impuissance programmée de la politique monétaire conduit nécessairement à reporter l’essentiel de la politique conjoncturelle sur la politique budgétaire, et à compter non seulement sur ce «stabilisateur automatique» que constitue le solde net de la dépense publique, mais aussi sur la levée du «tabou» du frein à l’endettement. En clair, il faudra mettre en œuvre des moyens aussi considérables que nécessaire pour stimuler l’investissement, la recherche et la formation, sans se préoccuper outre mesure de leur effet immédiat sur la dette publique.

On reconnaît là une thèse propagée par quelques économistes généralement qualifiés de «nouveaux keynésiens», tels Joseph Stiglitz ou l’ancien chef économiste du FMI, Olivier Blanchard. Mais force est d’admettre que les avantages dérivés de taux d’intérêt faibles ou nuls, voire négatifs, ne font pas le bonheur des épargnants. Ils sont même calamiteux pour les systèmes de prévoyance puisqu’ils conduisent tout droit à l’augmentation de la valeur actuelle des engagements futurs ou, si l’on préfère, font apparaître un trou dans le financement des rentes promises.

Ne pas en tenir compte en maintenant par exemple, dans le cadre du 2e pilier, des taux techniques et des taux de conversion trop élevés, revient alors à financer les retraites en cours par les cotisations que paient aujourd’hui les assurés actifs, et entretenir ainsi une redistribution involontaire que le calculateur Comparis a chiffrée à quelque 4 milliards de francs par année!

Cette forme particulièrement sournoise de répression financière s’ajoute à celle, plus visible, que subit l’épargne ordinaire depuis que les banques, soumises au régime des taux négatifs que leur inflige la Banque nationale, les répercutent sans beaucoup d’états d’âme sur la clientèle de leurs déposants.

«Mieux vaut dépenser aujourd’hui que se réserver pour demain», pourrait être la version «conjoncturelle» d’une fable de La Fontaine. Il n’est pas sûr que nos fourmis d’épargnants partagent le même souci que nos doctes économistes.

Commentaires

  • Lorsque nous parlons de devise, pourquoi ne parlons-nous plus de parité ?

    Et cela depuis belle lurette !

    De plus, Marian, vous parlez de taux réservés aux banques par les banques centrales !

    Comme ils ne savent plus comment se faire des cadeaux entre initiés, pourquoi ne se feraient-ils pas des fleurs à ce niveau ?

    Nous vivons dans un monde voleurs, exemple : les banques centrales européennes ne factures pas leurs prêts aux banques privées, cela n'empêche pas ces dernières de facturer aux gouvernements créanciers de payer des intérêts en moyenne de 2%, c'est ce qui fait que les contribuables français payent plus de 50 milliards annuellement en intérêts à ces banques, alors que ces dernières empruntent ce même argent à un taux zéro, voir négatif !!!

    50 milliards, c'est après le budget de l'éducation, le plus important budget de l'économie française !

    Donc, pas de mystère, c'est du vol !

    Ces banques privées empochent 50 milliards sans rien faire, rien !

  • Donc les banques ne font que suivre le politique, à un niveau européen je ne vous pas le désastre, ils passent leur temps à imprimer des euros alors qu'ils avaient créés cette monnaie en réaction à la banque centrale américaine qui selon les mêmes imprimaient trop de dollars, depuis les banques centrales européennes impriment encore plus que les USA !!

    Du coup ils poussent les investissements qui débordent sur la Chine et c'est le chaos, des millions de voitures sont parquées à grands frais en attendant preneurs, c'est l'hyper-productivité au rythmes acharné des banques qui se font des pourcentages de commissions au passage et qui paye ?

    Et bien, ne cherchez pas, c'est vous !

Les commentaires sont fermés.