Et si le populisme était en définitive le meilleur moyen de sauver le capitalisme ?

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Et si le populisme était en définitive le meilleur moyen de sauver le capitalisme ? Cette thèse, pour le moins hétérodoxe, est défendue de manière assez convaincante par Raghuram G. Rajan, ancien gouverneur de la banque centrale de l’Inde et actuel professeur de finance à la très réputée Chicago Booth School of Business, dans un article qu’il vient de publier (“Why capitalism needs populism”)*.

L’idée est en gros la suivante. Les «superstars» du genre Amazon ou Facebook qui, à force de gains d’efficience et d’économies d’échelle, dominent le monde (dominent en tout cas le marché aux Etats-Unis, sur lesquels l’auteur appuie sa démonstration), ces entreprises géantes déforment gravement les règles du jeu en échappant à toute forme de concurrence, que ce soit par la complaisance dont les autorités font preuve à leur égard, ou tout simplement du fait des barrières à l’entrée du marché que leur assurent les positions de monopole qu’elles ont réussi à s’assurer. Or l’histoire montre que ce sont le plus souvent des pressions venues de la base qui ont fini par imposer la réhabilitation d’un minimum de concurrence.

C’est ainsi, toujours aux Etats-Unis, le Populist Movement de la toute fin du 19e siècle, puis le Progressive Movement au tournant du 20e, qui sont à l’origine d’une série d’initiatives ayant conduit respectivement au Sherman Antitrust Act de 1890, premier exemple de droit de la concurrence dans son acception moderne, et au Glass-Steagall Act de 1933 qui, en réponse à la crise boursière de 1929, instaurait une stricte séparation des activités de banque de dépôt de celles de banque d'affaires (dispositif malencontreusement abrogé sous la présidence Clinton, et que dans un rare exemple de lucidité l’administration Trump envisage de rétablir sous une forme adaptée aux circonstances présentes).

L’auteur de l’article ne va pas jusqu’à suggérer que le radicalisme d’extrême-droite ou les appels au renversement du capitalisme par l’extrême-gauche soient de bons moyens de rétablir la concurrence, mais il souligne, à juste titre, combien le capitalisme a besoin d’être restauré sur des bases saines – savoir des règles de concurrence empêchant la formation de positions dominantes et garantissant une pleine ouverture du marché – mais combien aussi ce capitalisme triomphant mérite d’être accompagné de politiques suffisamment redistributives pour assurer à tous ceux qui s’en sentent exclus une pleine participation à la vie économique, et regagner ainsi la confiance du public dans les vertus de l’économie de marché. C’est dans cette mesure-là, conclut-il, que la critique populiste doit être prise en compte.

Si, prolongeant la démarche de Rajan, on en vient au fait et au prendre, il faudra bien finir par se pencher sérieusement sur l’avenir de la relation entre revenu et travail, et étudier sans idées préconçues les propositions visant à instaurer une forme quelconque de revenu universel, même si les tentatives menées à ce jour, au Canada et en Finlande notamment, n’ont pas convaincu.

 

 

 

Commentaires

  • Paradoxalement, les forces politiques qui parlent de libertés commerciales, donc fervent admirateurs du capitalisme, favorisent les monopoles tout en nous criant de favoriser la concurrence. Liberté et concurrence sont souvent en contradiction.

    L'ouverture des magasins le dimanche est symboliques. Les grands commerces vont en profiter aux dépends des petits.

    Un capitalisme sain, ce n'est pas, à mon avis, une question seulement de monopole, mais surtout de taille. Je le dis prudemment, n'ayant pas de connaissances économiques.
    La construction d'avions, de trains demandes des investissements énormes, on peut s'attendre à de grandes entreprises.

    A l'inverses, les smartphones et autres gadgets, demande plus de marketing que d'investissements, et là, on n'est plus dans un capitalisme sain. Quelques groupes se partagent le marché. Et c'est la recherche technologique qui en pâtie notamment dans sa diversité.

    Les rachats d'entreprises devraient être refusés à toutes hypers entreprises, même si il n'y a pas de monopoles.
    La recherche, les nouvelles technologies, ne sont pas favorisée par une mainmise des hypers entreprises sur le marché, même si celles-ci sont en concurrences.

    Et je trouve pertinent l'analyse. Le populisme effectivement, peut influencer sur les nouvelles règles d'un capitalisme.

  • Je suis parfois surpris par vos billets. Je ne vois pas de fil conducteur. Un jour vous nous dites blanc et l'autre c'est noir.
    Vous serait-il possible de nous faire une synthèse de votre vision ? Ou le monde est-il devenu si complexe que cela implique une certaine forme de contradiction permanente ?
    Et qu'entendez-vous par populisme ? Parlez-vous des démagogues ? Ou faites-vous référence à cette troisième force qui vient bousculer le pouvoir en place en demandant une pause que certains considèrent comme un repli identitaire ?
    Que pensez-vous des thèse de Jeremy Rifkin qui semble avoir séduit Angela Merkel et Xi Jinping ?
    Vous ne répondrez pas et j'en suis désolé. Car je considère les blogs comme des lieux de discussion, de débat, pour développer des idées.
    Pas juste des vitrines pour se faire sa pub et exister sans participer.

  • Si nous reconnaissions que nous ne naissons pas égaux tant socioéconomiquement qu'intellectuellement nous admettrions qu'il y a des fossés à tenter de combler et votre suggestion, Marian Stepczynski, visant à instaurer une rente universelle est à retenir et à retenir dans l'urgence.

    On a fait des expériences concernant des enfants de milieux peu favorisés aux QI bas.
    Un groupe demeurant à la maison, l'autre groupe, accueilli en des familles aux QI nettement plus élevés ce qui a fait s'élever les QI de ce groupe.

    Pourquoi ne pas donner des chances plus égales à nos enfants en élevant, en éduquant et en instruisant "sans contraintes, libre décision parentale" les enfants en institutions de grande qualité y compris en tout premier lieu morale?

  • Pierre Jenni,


    La contradiction est fruit de la complexité.


    Le récit biblique de l'Exode vu par G. Messadié, Moïse l et 2, attire l'attention des lecteurs sur le fait que nous recevons tous des messages, comme l'actualité, à partir de notre niveau, de notre vécu, de notre passé, de notre histoire, études, dons, etc.

    Un simple exemple.

    Le peuple en formation des Apirous qui devient Israël en plein désert boit fort mal, souvent, et mange moins encore.
    Histoire de la manne qui ne tombe pas du ciel pas plus que le peuple ne la ramasse par terre puisqu'il s'agit d'une sorte de concrétion poussant sur des arbustes appelés tamaris.
    Passage des cailles, le peuple se rue, se goinfre sur des morceaux de viande pas forcément bien rôtis.
    Tombe malade effroyablement et même il y a des morts ce qui ne s'explique pas jusqu'au moment où l'auteur nous apprend que les cailles se nourrissent entre autre de belladonne sans le moindre problème contrairement à nous.

    Et bien, si par concours de circonstances certains ont lu Messadié et ne cultivent aucune superstition, d'autres, s'étant contentés des récits bibliques de leur enfance, si.
    D'autres, encore, conçoivent la Bible comme un tissu de fables mensongères.

    Les contradictions comparées à des écheveaux de laine embrouillés se dénouent tout en se lissant,,,,

    Bonne journée.
    On reparle de Terre des Hommes… (à Monsieur Marian Stepczynski: Pierre Jenni saisira l'allusion…)

    Puissent les enfants qui ont tant besoin d'être secourus, soignés, consolés, nourris ou instruits, l'"enfance meurtrie", selon le fondateur de cette ONG, ne pas être les premières victimes de ce que nous apprend la presse.

  • Au point d'urgence où nous en sommes faut-il envisager de parler populisme à tellement mauvaise réputation ou choisir un mot incarnant pour ainsi dire de Gaulle: résistance?

    En quoi ou par quoi ne sommes-nous pas sous occupation?

    A titre collectif comme individuel?

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