Comment on se tire une balle dans le pied

Imprimer

Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. En menaçant la Chine de ses foudres tarifaires, Donald Trump comble d’aise ses zélateurs, mais fait preuve une fois de plus de sa méconnaissance crasse des principes économiques les plus élémentaires. On se souvient par exemple de la conviction avec laquelle il avait affirmé à coups de tweets que ce serait le Mexique qui payerait le mur, alors qu’un étudiant de deuxième année en économie n’aurait eu aucune peine à démontrer que ce seront toujours les contribuables américains qui règleront la facture.

 

En matière de commerce extérieur, le président en exercice ne fait pas preuve d’une meilleure intelligence des causes et des conséquences. Dans une récente chronique, l’économiste américain Jeffrey Sachs compare la guerre aux déficits que déclare Trump à celle menée par Don Quichotte contre des moulins à vent. Mais, ajoute-t-il, si les deux batailles sont absurdes, au moins celle livrée par Don Quichotte était-elle teintée d’idéal. Tandis que celle que mène Trump «baigne dans l’ignorance la plus totale».

Le président américain est en effet persuadé que le déficit extérieur des Etats-Unis tient aux pratiques déloyales suivies par certains de leurs partenaires commerciaux, à commencer bien sûr par la Chine accusée de tous les maux (dumping salarial, subsides à l’exportation, sous-évaluation du taux de change, etc.). Or, rappelle Sachs, les déficits américains ne sont pas la conséquence de pratiques commerciales déloyales qu’il importe de corriger par des négociations tarifaires, mais résultent plus fondamentalement d’un déséquilibre macro-économique entretenu par la série de baisses d’impôt auxquelles ont procédé depuis le début des années 80 les présidents Ronald Reagan, George W. Bush et à présent Trump.

C’est en effet à ce moment-là que les comptes extérieurs des Etats-Unis ont basculé d’un excédent de la balance courante à un déficit devenu chronique. Or ce basculement ne doit rien à quelque pratique commerciale restrictive que ce soit de la part de la Chine, du Mexique, du Canada ou de l’Union européenne, mais bien plutôt au fait que les Etats-Unis dépensent globalement plus qu’ils ne gagnent, et que ce déséquilibre ne fait que se renforcer au fur et à mesure que les baisses d’impôts amenuisent l’épargne domestique, les déficits budgétaires (la désépargne publique, en somme) n’étant pas compensés par une augmentation de l’épargne privée. Cette vérité élémentaire, conclut Sachs, Trump ne veut pas la voir, «car il est ignorant». Plus concrètement, la menace de sanctions tarifaires brandie par le président Trump ne changera rien, même si elles se concrétisent, au déficit des comptes extérieurs américains. Non seulement ils ne se redresseront pas, mais ce sont les entreprises et les consommateurs américains qui en feront les frais, par le truchement des hausses de prix qu’ils subiront.

Accessoirement, si l’on peut dire, cette guerre commerciale qui se retournera contre celui qui l’aura déclarée risque fort de marquer le point de départ d’une nouvelle crise financière mondiale dont on pensait bien qu’elle finirait par se produire un jour, mais dont on peinait à deviner par quel bout elle commencerait. Nous voilà désormais fixés.

 

 

 

Lien permanent Catégories : Chine, Concurrence, Démocratie, Etats-Unis 0 commentaire

Les commentaires sont fermés.