La dette ? Tantôt blanc, tantôt noir…

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Faut-il oui ou non s’inquiéter de la dette ? Un correspondant s’interroge, après avoir lu tout et ensuite son contraire. La vérité est que les avis y compris les plus autorisés sont partagés sur la question. D’un côté, les statistiques montrent que l’endettement global n’a jamais été aussi élevé, en chiffres absolus comme en proportion du produit intérieur brut, que ce soit dans le monde occidental ou dans les pays émergents, Chine en particulier. De l’autre, on commence à s’inquiéter sérieusement d’un ralentissement économique qui s’accentue et conduit les autorités monétaires, américaines en tête, à renvoyer à une date ultérieure les resserrements de liquidité qu’elles avaient programmés pour le proche terme. Mieux, des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour constater l’impuissance de la politique monétaire et prôner la remise au goût du jour des déficits publics en tant que moyen de relancer une demande globale asthénique.

Une version rudimentaire de la chose est présentée par quelques célébrités du moment, telle la très jeune et médiatique AOC (acronyme pour Alexandra Ocasio-Cortez) dans le camp des prétendants démocrates aux primaires présidentielles américaines de 2020, qui défend le postulat, modélisé sous le nom de «théorie monétaire moderne», selon lequel l’Etat peut dépenser sans restriction aucune en créant sa propre monnaie, tant et aussi longtemps que le risque d’inflation est nul.

Une version plus sophistiquée se déduit de diverses contributions académiques, dont celle, largement diffusée vu la notoriété scientifique de l’auteur, du macro économiste Olivier Blanchard, ancien économiste en chef du Fonds Monétaire International, qui ne voit aucun problème dans l’ampleur de la dette publique lorsque les taux sont bas, car il peut être démontré qu’aussi longtemps que le taux d’intérêt réel demeure inférieur au taux de croissance, le poids de cette dette ira diminuant. Blanchard ne va pas jusqu’à encourager une augmentation de la dette, mais ouvre la porte à ce qu’il appelle un plus large débat sur les inconvénients réels ou supposés de l’endettement public.

Ce qui nous amène à deux remarques. Primo, toutes les idées ainsi brassées admettent implicitement que l’Etat et la banque centrale ne font qu’un. Or, si on peut admettre que l’«alarmisme austéritaire» – comme le qualifie un commentateur français – des milieux conservateurs n’est pas de mise, c’est aller un peu vite en besogne que de réduire la politique monétaire à une simple fonction instrumentale de la politique budgétaire. L’indépendance de la banque centrale, la Suisse est bien placée pour le savoir, est une vertu cardinale de la conduite de toute politique économique qui se respecte.

Secundo, et là est peut-être l’essentiel, ce n’est pas la dette publique en tant que telle qui fait problème, mais bien la dette privée, singulièrement celle des entreprises qui, aux Etats-Unis comme en Chine, atteint des proportions réellement alarmantes. Or, ce sont précisément les taux d’intérêt très bas qui ont permis et permettent toujours plus de financer la survie d’entreprises qu’on a parfois, à juste titre, qualifiées de zombies parce que surendettées. Près du quart des sociétés italiennes seraient dans ce cas, et, mesurée par la BRI dans 14 pays développés dont la Suisse, la proportion d’entreprises répondant à la même définition frisait les 12% en 2016. C’est tout dire.

 

Commentaires

  • Auriez-vous l'amabilité de nous expliquer pourquoi le dette publique ne poserait pas de problème ?
    Qui peut croire en l'indépendance des banques centrales ?
    Quels sont les éléments qui justifient un taux bas et qu'est-ce qui pourrait provoquer leur remontée et dans quels délais ?
    Avec quelles conséquences tant pour le privé que pour le public ?
    Merci.

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