Finance imaginative, Acte II

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Il y avait eu, d’abord, les techniques tout à fait particulières de la comptabilité créative qui, après l’éclatement de la bulle Internet, s’étaient soldées par la faillite du géant américain Enron et les déboires consécutifs de plusieurs de ses partenaires, dont celle d’Arthur Andersen. Mais cela ne fut rien en comparaison de ce que l’imagination débordante de la galaxie financière allait réussir quelques années plus tard à créer avec la titrisation de créances hypothécaires, les fameuses «mortgage-backed securities», ou MBS, ces sortes de sandwiches multicouches mêlant des actifs de qualité variable dont la moins bonne, la tranche des «subprime», devait précipiter le monde entier dans la pire crise d’après-guerre.

Or, à peine s’est-on trouvé à peu près sorti de ce premier drame qu’une nouvelle menace se profile à l’horizon, celle représentée par le grossissement colossal de la dette des entreprises, aux Etats-Unis et ailleurs, en particulier depuis que cette dette est alimentée par la pratique dite des «leveraged loans», littéralement prêts à effet de levier, dont la multiplication (ils dépassent désormais 1,3 trillion de dollars !) alarme aussi bien le Fonds monétaire international que la Banque des règlements internationaux ou encore les grandes agences de notation, Moody’s et Standard & Poor’s en tête.

Le terme appelle quelques explications. Ces «leveraged loans» ne mélangent pas diverses catégories de débiteurs comme le faisaient les MBS, mais engrènent plusieurs types de créanciers dont les apports respectifs, assemblés par des «arrangeurs» (le plus souvent des banques d’affaires) sous la forme de «collateralised loan obligations» (CLO), peuvent être revendus sur le marché secondaire.

Pourquoi ces titres, d’un genre à vrai dire pas très nouveau, ont-ils un tel succès ? C’est qu’ils ont, côté pile, la particularité d’offrir à des emprunteurs de faible qualité, parce que déjà surendettés, un accès à des financements qu’ils seraient bien en peine d’obtenir auprès des banques sauf à des conditions absolument dirimantes, ces dernières étant désormais ligotées par de sévères contraintes réglementaires en matière de gestion des risques.

L’octroi de crédits via ces CLO à des sociétés tout juste notées BBB- (la limite inférieure des titres dits «investment grade») a ceci d’alléchant, côté face, qu’il permet à des bailleurs de fonds pas trop frileux d’obtenir un rendement supérieur à la rémunération quasi nulle dégagée par les placements sans risque effectués sous forme par exemple d’obligations souveraines ou d’autres titres de qualité.

Il n’y aurait rien à redire à ce nouvel artefact de l’ingéniérie financière si ce n’est que,

1° à la moindre détérioration du climat général (hausse des taux d’intérêt, recul conjoncturel), la probabilité que les débiteurs de ce nouveau genre d’obligations à haut rendement («high yield») fassent défaut est particulièrement élevée,

2° les garanties assorties à ce type de prêts ont eu tendance au fil des ans à se relâcher peu à peu pour devenir «covenant-lite» (à «conditions allégées») ; et surtout,

3° ces «leveraged loans» ne servent bien souvent qu’à faciliter des prises de contrôle, des fusions, des remboursements d’anciens prêts ou tout simplement à retourner du capital aux actionnaires, au lieu de servir au financement d’investissements réellement productifs qui, seuls, permettraient de considérer d’un autre œil l’inquiétante montée de la dette.

 

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Commentaires

  • "considérer d’un autre œil l’inquiétante montée de la dette."

    Un jour vous nous dites noir et le lendemain c'est blanc. Faudrait savoir, la dette c'est bien ou c'est mal ?

  • Les système financier est une vaste escroquerie. Faire de l'argent avec de l'argent est totalement improductif. On est dans une économie casino qui nourrit des parasites. Tous ces "produits" dérivés - qui n'ont de "produits" que le nom - et autres "titrisations" et beaucoup de noms aussi barbares pour cacher la merde au chat créent une bulle qui éclatera bien un jour. Et pour tout remettre à zéro... une guerre mondiale...

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