Les taux bas sont faits pour durer

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Jamais depuis au bas mot 150 ans les taux d’intérêt, toutes échéances et origines confondues, n’ont été aussi bas. Cela, on pouvait le supputer, tant les politiques monétaires engagées depuis la crise de 2008 et son cortège de faillites en tout genre ont littéralement noyé les marchés sous un flot de liquidités censées les prémunir contre tout risque de répétition d’aussi funestes enchaînements.

En revanche, ce qui est plus surprenant, c’est que ce reflux sans précédent des taux d’intérêt semble s’être amorcé bien avant la crise, si l’on en croit diverses études économétriques qui font remonter aux années 80 le début d’une descente assez régulière, et commune à l’ensemble des grandes économies occidentales, des rendements nominaux des obligations souveraines. Même au plus fort de la Grande Dépression des années 30, la baisse des rendements n’avait pas atteint de telles proportions.

Cette convergence de tous les taux vers le bas, et pratiquement vers zéro pour les dernières années, confirme d’abord le degré d’intégration de plus en plus marqué de l’ensemble des marchés des capitaux, et met en évidence ensuite l’augmentation régulière de ce qu’on appelle le «convenience yield», ou rendement d’opportunité, qui désigne dans ce contexte le montant d’intérêts auxquels les investisseurs sont prêts à renoncer en échange des gains de liquidité et de sécurité que leur procurent les titres souverains de haute qualité, savoir, en gros, les obligations d’Etat, ou ce qui en tient lieu (par exemple, les emprunts de sociétés de tout premier ordre). Pareil refuge dans la qualité est bien entendu la conséquence de l’augmentation des incertitudes qui survient à chaque accident – les auteurs d’une récente étude de la Banque fédérale de réserve de New York (résumé) mentionnent ainsi la crise asiatique de 1997, le défaut russe de 1998 ou encore, la même année, la débâcle du hedge fund Long Term Capital Management – mais ne suffit pas à expliquer la baisse tendancielle des taux d’intérêt aussi bien nominaux que réels.

Simulations faites, il apparaît que le phénomène tient plus fondamentalement à deux sortes d’évolutions macro-économiques : un fléchissement généralisé de la croissance de la consommation par tête (effet probablement du vieillissement démographique) d’une part et, d’autre part, un déséquilibre qui va se creusant entre l’offre, insuffisante, et une demande, toujours plus grande, de titres qui soient à la fois sûrs et liquides.

Par conséquent, sauf à assister à un relèvement marqué et soutenu de la croissance économique mondiale, et à combler l’écart entre l’offre et la demande de titres qui répondent aux besoins de sécurité et de liquidité (ce qui supposerait, si on comprend bien, que les grands pays continuent de s’endetter au lieu de s’employer à faire juste le contraire), il y a de fortes chances que les taux d’intérêt demeurent au plancher. 

Lien permanent 1 commentaire

Commentaires

  • "effet probablement du vieillissement démographique"
    Je mesure à quel point les économistes sont largués et divisés. On a d'un côté les alarmistes qui annoncent rien moins que la fin du système monétaire, l'effondrement du dollar et une crise financière cataclysmique et de l'autre ceux qui comme vous s'accrochent aux vieilles formules.

    Je ne connais rien à la finance mais il me semble que votre diagnostique est un peu court. Il suggère que les vieux n'investiraient plus, ou moins que les autres. Permettez-moi de douter. Et puis vous semblez évacuer ce courant de fond d'une jeunesse désabusée, incarnée par la gamine à qui ont envisage de décerner le nobel de la paix, ou cette classe moyenne qui n'en peux plus et qui enfile des gilets jaunes pour dire stop.
    Et si la population vieillit dans nos contrées, elle explose ailleurs. Je reviens d'un mois en Inde, la jeunesse est partout, elle en veut.

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