Dumpings salarial, locatif... Mieux vaut être dedans que dehors

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Largement répandu dans les années trente au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, le système dit du «closed shop» réservait l’embauche aux membres de syndicats reconnus. Peu à peu interdite au nom de la liberté de contracter, cette façon de fermer l’emploi aux travailleurs venus du dehors fait irrésistiblement penser, toutes choses bien sûr égales par ailleurs, à diverses politiques en cours aujourd’hui dans divers pays dont singulièrement la Suisse, censées lutter contre le dumping salarial, protéger le pouvoir d’achat, empêcher la concurrence forcément déloyale de pays lointains, bref, toutes formes de remise en cause de ce qu’il faut bien appeler un cloisonnement du marché du travail.

La différence essentielle d’avec les pratiques d’hier est évidemment qu’aujourd’hui un tel cloisonnement n’est pas condamné, mais au contraire soutenu jusque dans les rangs patronaux, pour la raison vraisemblable mais inavouée que ceux-ci y trouvent un moyen de se prémunir contre la sous-enchère de compétiteurs externes.

L’emploi local n’est pas seul à se protéger ainsi de postulants venus du dehors. On retrouve le même genre de verrouillage en matière de logements où, au nom de la protection des locataires, on maintient par divers procédés au profit de ceux qui sont en place des niveaux de loyers si éloignés des réalités du marché que les nouveaux arrivants – jeunes ménages, familles monoparentales ou personnes en général à revenus tout à fait ordinaires – n’ont pas la moindre chance de trouver un toit adapté à leurs moyens d’existence.

Le mécanisme ainsi entretenu par la loi et la pression de divers milieux activistes a ce deuxième effet pervers qu’en protégeant l’existant il freine toute possibilité d’élargissement de l’offre de logements (et donc, à terme, toute possibilité de baisse ou au moins de stabilisation des loyers), de la même manière que la «closed shop policy» ou telle ou telle de ses versions contemporaines – les fameuses «mesures d’accompagnement» par exemple – découragent le recrutement de forces de travail extérieures dans des secteurs où d’urgents besoins se font pourtant sentir.

Mieux vaut donc, dans un cas comme dans l’autre, être dedans plutôt que dehors.

Si ces formes variées de protection ont évidemment pour elles de combler d’aise les bénéficiaires, elles sont en revanche contraires aux intérêts plus généraux de la collectivité, sauf que la défense de ce bien commun, déployant ses effets sur le long terme, n’est du même coup guère perceptible dans l’immédiat. Que la libération du marché incite à construire davantage de logements dans le futur n’intéresse en effet que moyennement les locataires en place, et les gains à venir d’une croissance stimulée par une offre accrue de main-d’œuvre n’atterrissent évidemment pas dans les poches de salariés actuellement au bénéfice d’emplois sûrs, et qui plus est généralement bien rémunérés.

Il faut donc une sacrée dose d’abnégation pour militer en faveur du long plutôt que du court terme, et on comprend vite que la politique, les groupes de pression et les défenseurs patentés de l’ordre établi rechignent à rompre une lance en faveur de l’ouverture.

Commentaires

  • L'inverse est aussi vrai et on a pu vérifier les effets du dumping salarial et des pratiques de sous-traitance à des groupes fantômes.
    Le marché libre, la saine concurrence, étaient des concepts qui avaient leur sens dans une économie de marché basée sur la production et la valeur ajoutée des biens et des services.
    Aujourd'hui le capitalisme financier ne s'encombre plus des outils qui ont permis jusqu'à aujourd'hui la paix du travail dans notre pays. Les actionnaires n'ont pas d'état d'âme ou de conscience sociale, ils visent le profit le plus élevé à plus court terme et n'hésitent pas une seconde, en quelques clics, de transférer leurs assets sur des valeurs plus sûres à la moindre petite secousse.
    La réaction qui vient maintenant partout n'est peut-être pas la meilleure, mais elle est logique compte tenu des dérives vérifiées et de l'absence de moyens pour les contrer.

  • Marian Stepczynski, à vous lire, semble que vous faites preuve d'une certaine méconnaissance crasse du terrain que vous traitez.

    Locatif majoritaire vs propriété immo. Si vous êtes connaisseur des paramètres qui font que la Suisse est de ces pays où une majorité de ses habitants est locataire (env 31% sont propriétaires),

    serait utile dans votre idée "mieux vaut être dedans que dehors" de relever quelques paramètres actuels impliqués dans la réalité vécue, avec statistiques: entre autres, tourisme salarial issus de l'étranger & afflux d'étrangers en situation précaire.

    Reproche: trop focalisé sur taux hypo etc, vous ne tenez aucunement compte de la réalité du citoyen actif en terres GE:

    - en guerre pour conserver son emploi, aux revenus fluctuants, qu'il peut perdre sans autre, du jour au lendemain, revenus salariaux dont dépendent ses capacités à rester dans son locatif, et dans son canton.

    Et ne faites aucune recherche sur le nombre d'actifs ayant perdu leur emploi, et par conséquence, leur logement locatif.

    Ni sur le nombre d'actifs suisses ayant du, dans ces circonstances de pertes d'emploi conduisant à perte de logement, déserter le canton, voire carrément quitter leur pays.

    Taux de suicides un peu trop élevé en Suisse - autre paramètre.

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