07/02/2019

Le retour en grâce d’une relique barbare

Le «London Gold Pool» du 1er novembre 1961 ne vous dit peut-être rien, pas davantage sans doute que le «Joint Statement on Gold» du 26 septembre 1999. Ce sont là pourtant deux événements charnières de la longue et tumultueuse histoire des relations entre l’or et le système monétaire international. Le «pool de l’or», formé par les banques centrales des Etats-Unis et de sept pays européens dont la Suisse, fut l’une des ultimes tentatives de sauver le régime des changes fixes fondé sur un prix inchangé de l’or à 35 dollars l’once. Quant à l’accord sur les ventes d’or de 1999 conclu entre quinze banques centrales européennes dont la BNS, il visait à stabiliser un marché chahuté par la perspective d’une liquidation progressive des réserves officielles d’or monétaire vaguement encouragée par le FMI, qui allait lui-même y recourir quelques années plus tard pour financer ses programmes d’aide. Il faut préciser que l’once d’or était tombée alors à 251 dollars, après avoir touché un sommet de 850 dollars en janvier 1980.


On se souvient aussi que notre Banque nationale, fidèle au respect des engagements pris à l’international, poursuivit scrupuleusement la vente promise de 1300 tonnes de ses réserves d'or, s’attirant du même coup les foudres de l’UDC et provoquant le lancement de l’initiative «Sauvez l’or de la Suisse», rejetée en votation populaire le 30 novembre 2014.

Mais les temps ont changé. A la «démonétisation de l’or» prônée tout au long des dernières décennies du siècle passé a succédé une nouvelle fringale des banques centrales pour le métal précieux. L’an dernier, celles de Russie, Turquie et Kazakhstan en tête, elles en ont acheté 650 tonnes, dans leur souci commun de s’affranchir de la dépendance du dollar, mais aussi (et peut-être surtout) de s’armer d’un moyen de paiement universellement reconnu pour mieux affronter un monde fait de plus en plus d’incertitudes, de risques commerciaux et d’embargos de diverse nature. On assiste donc, paradoxalement, au retour en grâce de la cette relique barbare, «extraite de la terre pour y retourner aussitôt enfouie dans les caves des institutions monétaires», dénonçait John Maynard Keynes en 1944.

Curieux retournement de l’histoire à vrai dire. Plus le monde s’éloigne d’un ordre monétaire international fondé sur l’or et des changes fixes (eurozone exceptée, mais considérée par une majorité d’économistes comme condamnée à échouer), plus on cajole l’or en tant qu’ultime réservoir de solvabilité pour des pays en déroute ; et plus ce même monde reste tributaire de la prééminence américaine ! Car si le dollar dont certains cherchent à se détourner est roi, les Etats-Unis demeurent aussi, et de loin, les champions de l’accumulation d’or : ils en détiennent toujours plus de 8’000 tonnes, soit le quart des réserves officielles mondiales, loin devant – dans l’ordre décroissant de leurs avoirs – l’Allemagne, l’Italie, la France, la Russie, la Chine et… la Suisse.

Cette montagne d’or officiel n’empêche pas le prix du métal jaune d’enregistrer d’amples oscillations sur le marché, qui font de lui un objet de spéculation à ne pas placer entre toutes les mains, même s’il est vrai que, sur le long terme, il conserve son pouvoir d’achat : aux cours actuels, il équivaut à peu près, compte tenu de l’inflation, aux 350 dollars qu’il valait en 1999 !

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Commentaires

Pourrait-on dire que le parti conservateur était visionnaire ?

Écrit par : Pierre Jenni | 07/02/2019

Aujourd'hui l'once d'or vaut environ 1300$. Vous êtes sûr que ça équivaut à 350$ de 1999 ? Quel est le taux d'inflation pris en compte ?

Écrit par : Eastwood | 07/02/2019

Cette estimation publiée récemment par Les Echos paraît en effet exagérée; l'inflation cumulée aux Etats-Unis depuis 1999 est plutôt de l'ordre de 50%.

Écrit par : Marian Stepczynski | 08/02/2019

Les commentaires sont fermés.