Et s’il fallait regarder ailleurs ?

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Le sentiment général veut que l’économie dans son ensemble, pays émergents compris, s’enfonce peu à peu dans une léthargie faite de repli sur soi, de craintes diffuses et d’aversion au risque. Le recul ou plutôt le ralentissement de la mondialisation, de même que celui de la croissance qui en résulte, sont des faits que les prévisions conjoncturelles, à commencer par celles publiées par le FMI, officialisent en quelque sorte. Peu de choses nous sépareraient d’une véritable récession, tant les fragilités sont nombreuses : endettement global d’ampleur inédite, tensions commerciales, systèmes bancaires sous perfusion, marchés immobiliers au bord de l’apoplexie.

 

Tout cela est vrai et suffit à jeter une ombre sur l’avenir économique de la planète. Il reste, pourtant, qu’on s’explique mal pourquoi, malgré la persistance de conditions monétaires extraordinairement avantageuses, de la fixation et de taux d’intérêt nuls ou même négatifs jusqu’au financement direct d’entreprises via le rachat massif de leurs dettes par les banques centrales, pourquoi malgré ce maintien sous perfusion d’administrations publiques, d’établissements financiers et de pans entiers du secteur industriel, on ne parvient pas à relancer la machine.

Et si cela tenait, tout simplement, au fait que l’on néglige de regarder de plus près les changements qui se font peu à peu jour dans les habitudes de vie ? Les choix individuels raisonnables qui se répandent – renoncer à la voiture, consommer «moins et mieux», privilégier le durable, recycler tout ce qui peut l’être, etc. – ont cependant pour effet en s’agrégeant de ralentir ce que les économistes appellent la demande globale. Cette échappée par le haut hors de la société de consommation ravit les défenseurs de l’environnement, mais pose un sérieux problème au pilotage des destinées économiques de la planète. On n’a pas encore trouvé le moyen de remplacer la croissance de la production et de l’emploi comme instrument de répartition du bien-être. Question de formulation statistique sans doute, qu’une redéfinition du concept de produit national brut permettra peut-être un jour de résoudre.

Mais dans l’intervalle, par quoi remplacer les occasions d’investissement et les postes de travail qui manquent à l’appel ? Une partie de la réponse est probablement à chercher du côté de la multitude d’initiatives qui germent sur le terrain, à peine défriché, des nouvelles technologies et des nouveaux usages liés à l’informatique, aux réseaux et aux biosciences, qu’il vaudrait mieux privilégier dans les budgets publics plutôt que persister à soutenir, à grand frais, des structures de production décidément sans avenir. La tâche sera gigantesque, tant les secteurs traditionnels pèsent dans l’économie de chaque pays: l’automobile en Allemagne, les productions agraires en Espagne, les mines de charbon en Pologne, d’anciennes industries manufacturières en France. Il faudra donc une solide dose de courage politique pour surmonter les méfiances et résister aux assauts populistes qui, sous couvert de répondre aux attentes de la base, tentent rien de moins que figer l’existant et barrer la route aux seules vraies solutions d’avenir.

Lien permanent 4 commentaires

Commentaires

  • Bon ben ça fait du bien de voir que vous commencez à envisager la suite. Sauf que... comme l'annonce depuis 25 ans déjà Jeremy Rifkin, qui a su séduire les responsables chinois et Angela Merkel, le travail rémunéré, le salariat et toutes les structures verticales qui ont permis jusqu'à aujourd'hui la croissance de la société de consommation sont bientôt morts.
    Une simple redéfinition du concept de produit national brut ne serait que sémantique même si elle s'approchait de la formule du Bhoutan.
    Il faut comprendre que non seulement la plupart des tâches sont déjà robotisées et informatisées, mais que l'intelligence artificielle promet le remplacement de presque tous les métiers de services voire même de plus créatifs comme l'architecture et la médecine.
    Je doute aussi que l'humain renonce à consommer car, à part quelques allumés qui consacrent leur vie à une idéologie, nous ne saurions pas comment remplir nos journées.
    Si le RBI qui est envisagé sérieusement de ci, de là, comme par Obama par exemple, est peut-être un remède provisoire pour absorber le choc, il faudra bien envisager à relativement court terme un changement profond de paradigme sociétal ou sombrer dans la violence.
    C'est ce que nombre d'économistes de votre trempe ne semblent pas vraiment réaliser. Je ne puis donc que me réjouir de voir que vous envisagez enfin de regarder ailleurs, même si vous ne savez pas trop où.

  • Pour le changement de paradigme, je suis plutot d`accord avec vous, Pierre Jenni. En attendant, il faudra se résoudre a avoir de plus en plus de précarité dans le systeme et les gilets jaunes n`ont peut-etre pas fini de se prendre des flashballs dans les gencives. Ma conviction est que, apres le communisme a la soviétique, il faudrait aussi enterrer le neo-libéralisme qui délire toujours a propos de moins d`État et de "main invisible" du marché. Il est temps de se libérer des dogmes et de se fier au bon sens.

  • Je veux bien que l'on s'associe à des théories, comment fonctionne l'économie mondiale, c'est un mystère, mais elle continue bon-gré mal gré de mener le monde, qu'il soit communiste, conservateur ou suisse, les devises circulent et des millions de personnes et d'enfants meurent de malnutrition chaque année, pendant que d'autre pourraient se payer un yacht midi et soir.

    L'univers est né du chaos et c'est certainement la seule règle qui soutient son expansion et il y a ceux qui malgré leurs impuissance ne s'arrêterons jamais de piailler en ruinant leur vue au travers de verreries teintées. Sur cette terre, tout est miracle, à chaque seconde, l'économie et l'écologie aussi !

    Concernant les aspirant des théories giéciennes, le trou d'ozone est pratiquement résolu, nul besoin de surfer sur le CO2 pour jouer les Cassandre, coté réchauffement, on court vers une période de glaciation, aucun doute à ce sujet.

  • Déclaration d'impôt !!!!

    C'est génial... on pourrait croire que c'est une blague, mais non...

    Dit avec humour Totalement Helvétique, c'est d'autant plus savoureux

    Voilà ce qu'à répondu un citoyen helvétique sur sa déclaration d'impôt


    A la question :

    -Avez-vous des personnes à votre charge ?

    Réponse :

    -300'000 immigrés illégaux
    -2,5 millions de chômeurs
    -268'000 criminels répartis dans 45 prisons
    -246 crétins au parlement+la totalité des représentant des commissions UE

    L'administration lui a renvoyé sa déclaration en disant que sa réponse était inacceptable.

    Le citoyens Suisse ne s'est pas dégonflé, il a répondu par écrit :

    -Pourquoi, j'ai oublié quelqu'un ?

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