09/01/2019

2019, année de la monnaie

L’euro n’a jamais eu la cote chez les économistes, qui l’ont considéré dès sa naissance comme condamné à disparaître à la première occasion, car conçu à rebours du bon sens. Au lieu de parachever une harmonisation des politiques budgétaires et une nécessaire union bancaire, donc d’intervenir au dernier stade de l’intégration économique, la création de la monnaie unique les a précédées, comme si elle pouvait forcer la main de gouvernements restés maîtres chez eux.


De fait, l’union économique et monétaire européenne, inachevée, est bancale, et demeure sujette à des crises qui à chaque fois menacent de la faire exploser. Pourtant l’euro tient bon. Il n’a pas volé au dollar la place de première monnaie internationale, et aucun des pays qui l’ont rejoint ne s’en est écarté à ce jour. Sans égaler la longévité de l’Union monétaire latine (qui dura presque soixante ans), ses vingt ans d’existence dépassent désormais tout ce que les sceptiques pouvaient imaginer à sa naissance. N’empêche qu’aujourd’hui encore on prédit – au motif en particulier qu’au lieu de converger, les économies de la zone euro persistent à suivre des voies divergentes – que l’accumulation de soldes Target (les créances et les dettes des 28 banques centrales nationales vis-à-vis de la BCE) de plus en plus élevés finiront par désintégrer le système européen de banques centrales.

Bien qu’aussi peu vraisemblable qu’une implosion du bilan de la Banque nationale suisse, même si l’architecture particulièrement compliquée du système européen en expose le fonctionnement à la critique, ce risque de désintégration anime un débat passionné entre experts, allemands pour la plupart, qui prédisent des pertes sur actifs colossales pour une Bundesbank qui retrouverait son indépendance, ou un acte de défaut de biens pour une Banque d’Italie qui serait sortie de l’UEM. Mais tant que ni l’une ni l’autre de ces hypothèses ne se vérifiera, il ne se passera rien, car les écritures au sein du bilan consolidé de la zone euro s’annulent comme l’auraient fait celles d’un bilan décentralisé de la BNS, quand existaient encore ses huit comptoirs régionaux.

Les risques de perte de contrôle de la monnaie existent néanmoins bel et bien en Suisse aussi. Il y a tout juste trente ans, la BNS s’était complètement fourvoyée dans le pilotage de la masse monétaire, qui à l’époque constituait sa seule et unique boussole. Pour des raisons que la NZZ a eu récemment (21 décembre) la bonne idée de rappeler et que nous étions quelques-uns à l’époque à mettre en évidence, le directoire de la BNS avait faussement pris pour une plongée dans la déflation ce qui n’était en réalité qu’une adaptation des banques à un nouvel environnement technique et réglementaire, puis, s’étant aperçu de son erreur, avait fait machine arrière, passant d’une politique monétaire inutilement expansive à un resserrement brutal des liquidités. Résultat, les taux à court terme avaient bondi de 3,8% en juillet 1988 à 9,5% en janvier 1990, avec pour conséquence un effondrement du marché immobilier et sept années de marasme économique.

Aujourd’hui, notre banque centrale se fourvoie-t-elle à nouveau, elle qui persiste à défendre à coups d’intérêts négatifs un franc à ses yeux toujours menacé de surévaluation ? Certains le pensent, et ouvrent un débat qui devrait s’animer tout au long des mois à venir.

2019 sera donc, à n’en pas douter, l’année de la monnaie.

Marian Stepczynski

06:01 Publié dans Banques, Banques centrales, Chômage, Croissance, Futur, Monnaie, suisse, Union européenne | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Bonjour,
Permettez deux mots d'histoire sur l'origine de la monnaie, merci.
L'autorité des Déesses-Mères leur donnait le pouvoir de faire travailler les hommes. Toute l'organisation économique des tribus en dépendait. Chacun trouvait dans cette vie familiale la vie matérielle assurée, quoique subordonnée au travail de tous.
Mais, dans tout groupement humain, il y a des travailleurs et des paresseux. Il fallut donc trouver un moyen de régulariser le travail en stimulant les activités. Pour punir ou retenir ceux qui voulaient s'évader de la vie régulière et s'affranchir du travail, on essaya tous les moyens de remontrance. Du nom même de la demeure familiale, Mora, on fit le verbe morigéner, former les mœurs, remettre dans l'ordre ; ad-monester, de monere (avertir).
Mais les ad-monestations n'ayant pas suffi, on ne trouva pour punir les insoumis, ou les retenir, qu'un moyen ; on créa un équivalent du travail, tout en laissant au travailleur la liberté qu'il réclamait, et ce fut l'origine du travail salarié.
Cependant, ceux qui acceptaient ce système, qui les affranchissait des devoirs envers les Déesses (les dieux lares, dira-t-on), avaient reçu d'abord l'avertissement divin, Monitus, mettre au régime de la monnaie ; ad-monester, c'est inférioriser les hommes, c'est une punition.
Mais le mot qu'il faut surtout remarquer, c'est Monitum, prédiction, oracle de la Déesse qui aperçoit le désordre que ce système nouveau va produire. Cependant, il fallut s'y contraindre, et l'on fabriqua cette valeur représentative qu'on appelle la monnaie dans le Temple de Junon à Rome, ce qui fit donner à la Déesse le surnom de Juno Moneta (au lieu de Monitor, celui qui guide, qui conseille).
C'est Junon, dit la Mythologie, qui inventa la monnaie ; près d'elle se trouve une autre Déesse, Pecunia, dont on fit la Déesse de l'argent monnayé et qui pendant longtemps centralisa dans le Temple de Junon l'administration des monnaies à Rome. C'est l'autorité spirituelle seule qui avait le droit de frapper monnaie, ce qui lui donne une force nouvelle, appuyée, du reste, sur celui qui est l'auxiliaire dévoué de la Déesse, le chevalier (eques), vassal de la Dame Faée. Il est Féal, ce qui indique la foi et l'hommage à sa suzeraine (de sus préfixe, en haut, de sursum). Suzeraine a fait Suzanne.
La foi, c'est la grâce suprême.
Le cheval monté par le chevalier est appelé dans la langue celtique Marc'h, et le chevalier qui le monte marquis, dont on fait homme de marque au lieu d'homme de cheval.
On met le cheval sur les monnaies gauloises, et c'est de ce nom marc'h qu'on a fait le nom de la monnaie allemande : Mark.
Les Egyptiens ne se servaient pas primitivement de monnaie ; ils n'en usent qu'après Alexandre et sous les Ptolémées. On se servait pour les échanges de métaux qu'on pesait et qui avaient la forme d'anneaux, pour que le maniement en fût plus facile. On en faisait des sortes de chapelets, comme on se sert encore de nos jours des cauries dans certains pays africains.
La monnaie, dans le régime masculin, contribua à changer complètement les mœurs, On créa le régime que Fabre d'Olivet appelle emporocratique, mot nouveau pour exprimer une idée nouvelle. Il est tiré du grec et signifie marchand et force (Etat social, t. II, p. 140). C'est le régime dans lequel tout se vend ; l'homme est un marchand, il se vend lui-même, c'est-à-dire vend ses services et vend tout ce dont il peut disposer.
Les auteurs qui ont envisagé l'origine de la monnaie n'ont envisagé que cet aspect de la question. Ils font tout commencer au régime masculin et ne nous disent rien du régime antérieur. Cependant, tout existait déjà avant ce régime, et c'est ce qu'on nous a caché, les lois naturelles du matriarcat, qui contiennent l'explication de toutes les origines. Sans ces lois, nous ne pouvons pas comprendre le premier régime économique.
Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/celtes-et-latins.html
Cordialement.

Écrit par : Anwen | 09/01/2019

Les commentaires sont fermés.