05/12/2018

Emmanuel Macron, Gorbatchev français ?

Une France au bord de l’insurrection est un vrai mystère. Par quelque bout que l’on considère le problème, il n’y a aucune raison, statistiquement documentée, de voir dans l’explosion de colère des gilets jaunes le résultat d’inégalités ou d’atteintes au niveau de vie particulièrement criantes.


 

L’indice de Gini – indicateur synthétique d'inégalités de salaires, couramment utilisé dans la recherche en sciences sociales – situe la France en meilleure position que la plupart des pays développés, et tend même à baisser légèrement depuis quelques années. D’après l’INSEE, le taux de pauvreté après transferts sociaux n’y était il y a trois ans que de 13,6%, l’un des plus bas d’Europe, pour un niveau de vie médian qui s’était établi l’année suivante à 20’520 euros, soit dans la bonne moyenne européenne. Enfin, en parité de pouvoir d’achat, la France se classait, toujours en 2016, en 3e position des pays de l’UE, derrière l’Autriche et le Luxembourg, mais devant l’Allemagne et la Suède. Alors ?


Alors il se trouve qu’afin de parvenir à ces résultats, la France absorbe, au titre des transferts de revenu de l’Etat vers les ménages, une part de son produit intérieur brut qui dépasse tout ce qui se fait dans les autres pays. Au total, la quote part de l’Etat y atteint plus de 56%, soit la proportion la plus élevée de tous les pays de l’Union européenne. En d’autres termes, il faut à la France une main publique beaucoup plus lourde qu’ailleurs pour parvenir au même résultat. Et, comble d’infortune, les conquêtes sociales dont elle pourrait s’enorgueillir – une Sécurité sociale sans égale, une médecine de pointe et un système éducatif à la portée de tous – sont mal considérées par une protestation populaire qui les juge scandaleusement insuffisantes.


Cette inefficacité de la politique de redistribution et de la politique sociale en général tient sans doute à une multiplicité de facteurs. Mais on peut imaginer que l’un des plus importants d’entre eux découle d’une centralisation excessive, typique de cette sorte de monarchie républicaine qu’est devenue la France, qui concentre les pouvoirs et les moyens financiers autour de sa capitale, comme le révèle d’ailleurs la position sur la carte de la région Île-de-France, seule région française à figurer au top 10 des régions les plus riches et les plus compétitives d’Europe, alors que les autres régions françaises demeurent pour la plupart d’entre elles à la traîne de la moyenne européenne. C’est peut-être là que se situe la peine qu’éprouve la France à renouer avec une compétitivité qui depuis plusieurs années lui échappe, et dont la perte l’empêche de combler ses déficits internes et externes.


Une autre explication, et non des moindres, tient sans doute aux institutions politiques de la Ve république, qui ont engendré ces innombrables lourdeurs et rentes de situation que le président Macron a promis de réformer de fond en comble, un peu à la manière d’un Gorbatchev aux prises avec les monstrueuses déficiences de l’appareil soviétique. Aussi, de même que le père de la perestroïka a finalement été emporté par le mouvement qu’il avait déclenché, de même le fondateur de La République en marche risque-t-il de voir son projet se fracasser contre le mur des résistances d’un pays qu’il a d’ailleurs lui-même déclaré irréformable.

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Commentaires

Je pense qu'il y a un mélange de tout, des extrêmes déçus d'avoir perdu des élections et un espoir de changement qui a disparu.
Le quiproquo est que Macron s'est senti élu pour l'économie, alors que beaucoup espéraient des changements de gouvernances.

Or, il apparaît être dans la lignée de ses prédécesseurs. Il a oublié que la grosse crise est de la responsabilité de la finance. Les gens ne supportent plus de payer les pots cassés, tandis que la finance continue à amasser fortune.
Si supprimer des privilèges peut être compris, la hausse de taxes est la goutte d'eau qui a fait déborder. La France n'est pas le seul pays où la colère monte.

Les tenants de la ligne libérale doivent se faire du souci. Sans libéralisme humain et juste dans la répartition de la richesse, ce qui semble être le moins mauvais des systèmes, le libéralisme va crever.

C'est le défi de demain, un système économique efficace sans l'appendice surdimensionné de cette finance qui pille les richesse.

Écrit par : motus | 05/12/2018

Et si nous parlions du budget lié au remboursement de la dette, sauf erreur le budget principal du gouvernement français ?

En moyenne basé sur un taux de 2% avant Macron, qu'en est il aujourd'hui ?

Pratiquement 50 milliards annuels dont personne ne parle sur les médias, alors que cet argent avait prêté à taux zéro par les banques centrales alors que les banques privées prêtent ce même argent à un taux supérieur à 2% soit 50 milliards donnés aux banques, au nom de quoi ?

Écrit par : Corto | 05/12/2018

"monarchie républicaine qu’est devenue la France"

Dites plutôt une dictature. Le sentiment d'injustice, vous connaissez?!
Que vient faire l'indice gini quand vous avez des exemples comme ghosn?
Privatisation des routes, privatisation du rail, privatisation des aéroports.
Chacun sait ce que cela signifie. Et une aristocratie qui s'empiffre. Balkany n'est que la pointe de l'iceberg. Autant de régions, de villes, autant de fiefs détenus par des féodaux qui pratiquent le clientélisme, la corruption, le passe-droit et j'en passe.

Restez donc avec vos "statistiques". Cela évite d'être au contact de la réalité. Parce que vous n'êtes JAMAIS allé discuté avec les Gilets Jaunes, pour les écouter bien sûr et apprendre d'eux et pas pour venir avec vos chiffres magouillés et votre "science" nauséabonde.

Écrit par : Daniel | 05/12/2018

Les statistiques ... on les arrange.
On oublie les particularités régionales, là où sont les plus pauvres et on regroupe le tout autour de Paris pour montrer que la France va très bien.

J'ai travaillé près de 40 ans en France. De Gaulle l'a redressée puis Mitterrand l'a coulée. En 1981 1CHF valait 1,2FF et en 1995 (départ de Mitterrand) 1CHF valait 4,96FF (en équivalent €) et la plupart des entreprises nationalisées étaient au bord de la faillite. Juppé voulait même vendre la THOMSON (fleuron de l'industrie française) pour 1€ symbolique !
Et depuis, la dette n'a fait qu'augmenter sans que rien ne change et que les pauvres deviennent de plus en plus pauvres et que les nantis deviennent plus riches ou profitent des largesses de l'Etat.

Concernant les taxes, j'ai calculé leur somme totale sur mon salaire brut de l'époque (IR + Taxes habitation et foncière + Taxes sociales + Taxes diverses + TVA sur le salaire net + etc). J'avais un bon salaire mais sans plus.
On ne parle plus de 48% mais de ..... 83% !

Alors pour les paysans, petits entrepreneurs, artisans et autres qui supportent TOUTES les taxes y compris les taxes employeurs, ça devient absolument insupportable et il est normale que les français en aient marre et le disent.

Écrit par : Lambert | 05/12/2018

Y a que les banques, "BNP Paris-bas", "Crédit lyonnais", "Crédit agricole", "Société générale", qui se partagent les intérêts, soit environ 50 milliards par an volé dans le budget français, 2'300 milliards qui ont été prêtés à un taux zéro aux banques précédemment citées et ensuite prêtés à un taux moyen de 2% au gouvernement !

Je le répète, c'est ce qui tue l'économie française, l'état consacre 80 milliards d'euros pour l'éducation et 50 milliards rien que pour rembourser les intérêts de la "dette", comme le dit Lambert, en 1978, juste avant l'arrivée de Mitterrand, la dette nationale n'excédait pas 80 milliards d'euros actuels pour passer à plus 2'300 milliards en 2018. Avec Hollande la dette a dépassé le PIB !

Pour illustré cette folie, il y a une dizaine de jours, un article parut dans un journal local du nord de la France disait que lorsqu'une cliente est allée chercher des euros à la banque, lorsque l'employée a voulu séparer des billets de 50 euros d'une liasse, ils étaient collés entre eux, la banque nationale n'avait pas eu le temps de faire sécher les billets et a livré des liasse dont les billets s'étaient collés entre eux après impression !!

Écrit par : Corto | 05/12/2018

Après que les mafias politiques et autres aient pillés, ils mettent le feu, ça s'appelle, la politique de la terre brûlée !

Écrit par : Corto | 05/12/2018

En France les classes moyennes plongées dans la précarisation croissante sont touchées durement et le "déclassement" qui s'en suit provoque le désarroi le plus absolu avec des ressentis de honte et d'échec.

On ne mettra jamais assez en garde concernant les statistiques.

En Suisse, par exemple, dans les années nonante, arrivés en fin de droit, les chômeurs toujours sans emploi sortaient du chômage ce qui permettait de fausser les statistiques

les chômeurs et les chômeuses arrivés en fin de droit n'ayant toujours pas retrouvé un emploi.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 06/12/2018

Les calculs de l'INSEE sont faussés sur tous les produits issus de la technologie, je parle principalement des appareils électroniques et informatiques, l'INSEE calcul ses statistiques sur des produits qui évoluent en justifiant des prix basés sur des améliorations. Si vous prenez l'exemple d'une tablette graphique, ces dernières n'ont pas baissés de prix depuis leur création et elles rien de plus que des améliorations cumulées au cours des années, cependant leurs prix n'ont pas baissés et leurs optimisations techniques évoluent rapidement sans néanmoins changer radicalement.

Donc, premièrement, un de ces objets perd énormément de sa valeur dès qu'une simple amélioration apparaît sur un nouveau modèle introduit dans le marché, ce qui empêche une baisse de prix mais qui dans le fond ne révolutionnent pas des atouts techniques justifiant un maintien des prix élevés. Donc une dévaluation basée sur des améliorations comme décrites plus haut, faussent les indices de pouvoir d'achat. Dans le sens que ce que vous acheter perd de sa valeur drastiquement à chaque amélioration mineure !

Écrit par : Corto | 06/12/2018

"Une autre explication, et non des moindres, tient sans doute aux institutions politiques de la Ve république, qui ont engendré ces innombrables lourdeurs et rentes de situation que le président Macron a promis de réformer de fond en comble, un peu à la manière d’un Gorbatchev aux prises avec les monstrueuses déficiences de l’appareil soviétique. Aussi, de même que le père de la perestroïka a finalement été emporté par le mouvement qu’il avait déclenché, de même le fondateur de La République en marche risque-t-il de voir son projet se fracasser contre le mur des résistances d’un pays qu’il a d’ailleurs lui-même déclaré irréformable."

Excellente comparaison ! Une fois éliminé, Macron sera remplacé par un autre président que les Français s'ingénieront à traiter de tous les noms. A moins que le peuple ne ressortent les guillotines pour en finir avec les souverains.

En France, malheureusement, le peuple est juste spectateur de ce qu'il croit posséder : le pouvoir de la rue.

Irréformable jusqu'à l'explosion finale.

Écrit par : Michel Sommer | 07/12/2018

@Michel,

Je dirais que non seulement la France, mais que la plupart des nations européennes, sans parler des votes en faveur de Trump et de Bolsnonaro, en ont assez des promesses boiteuses des partis de gauche.

On assiste à un retournement vers des valeurs plus traditionnelles, si possible en évitant les extrêmes, mais Macron n'était qu'un reliquat du socialisme bourgeois ayant souvent été au pouvoir sans jamais avoir favorisé ceux qu'ils étaient censés défendre.

Que personne ne se trompe et n'écoutez pas ceux qui cherchent trop à noyauter ou infiltrer les gilets jaunes, c'est un retour vers la droite traditionnelle !!

Écrit par : Corto | 07/12/2018

L'unique solution économique pour survivre en France, c'est de se convertir à l'islam, prendre 4 femmes, faire une vingtaine de gamins, obtenir un logement dans un HLM et toucher plus de 8'000 euros d'aides sociales et d'allocations familiales sans travailler !

Écrit par : Corto | 08/12/2018

« Échanges commerciaux : Comment Trump fait plier le monde », c’est sous ce titre respirant la surprise que La Tribune se demande quand même comment fait Trump…

« America First… Après les menaces de rétorsions commerciales massives, les États-Unis ont à chaque fois négocié en position de force. Donald Trump a d’abord fait plier le Mexique et le Canada, puis la Chine : les États-Unis renoncent à la mise en place de droits de douane exorbitants en contrepartie d’achats de produits américains à la hausse par ces pays. Le « Buy American » est l’axe fort de la stratégie de Donald Trump. »

Il explique tout simplement à ses interlocuteurs qui bénéficient d’avantages qu’ils n’auraient jamais dû avoir qu’il vaut mieux baisser d’eux-mêmes progressivement que de forcer Trump à couper beaucoup tout de suite !

La mondialisation n’a pu se faire que parce que les grands pays occidentaux ont abdiqué toute politique de protection et de droit de douane. Ce n’était pas du tout une évidence. Si l’on remet des droits de douane, tous les pays exportateurs seront frappés de plein fouet.Quand vous devez 50 000 euros à la banque, vous avez un problème ; quand vous devez 20 milliards à la banque, c’est la banque qui a un problème avec vous.

C’est la même chose entre les pays exportateurs et importateurs.

Encore faut-il avoir notion de sa puissance et d’être capable de la penser.

La France est dirigée par une classe politique qui s’est rendue à Bruxelles et ne croit plus elle-même en sa propre nation.

Charles SANNAT

Source Latribune.fr ici

Écrit par : Corto | 09/12/2018

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