L’idée sulfureuse des crypto-monnaies

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Les crypto-monnaies ont beaucoup pour plaire : elles sont nouvelles, donc excitantes (“hype”), basées sur le numérique, donc dans l’esprit du temps, et indépendantes des autorités monétaires, ce qui leur donne cette touche libertaire dont raffolent les jeunes générations. Mais à quoi servent-elles ?


A rien, diront les sceptiques, ou tout au plus à faire fonctionner des réseaux privatifs sans beaucoup d’importance pour la majorité des usages inhérents aux vraies monnaies, celles émises par des banques centrales au bénéfice d’un monopole de l’émission de moyens de paiement ayant cours légal.

 

Après avoir retourné en tous sens ces bizarres sortes d’animaux cryptiques, les experts en science monétaire ont tranché : les bitcoins et consorts ne sont pas des monnaies, mais des actifs hautement spéculatifs dont il convient de se méfier. «A plus d’un titre, a même avancé Benoît Cœuré (le Français membre du directoire de la Banque centrale européenne), le bitcoin est le produit diabolique de la crise financière».


Moins direct mais tout aussi catégorique dans son jugement, le directeur général de la Banque des règlements internationaux, l’économiste mexicain Agustín Carstens (rival malheureux de Christine Lagarde dans la course à la direction du FMI) vient d’exécuter en dix points l’espérance de vie des crypto-monnaies*.

On ne va pas tous les développer ici, mais en résumer l’essentiel. Le plus dirimant, sans doute, est que le support technologique de ces cryptos, la «blockchain», accumule au fur et à mesure des transactions un nombre d’octets tellement élevé que la chaîne s’alourdit au point d’atteindre en quelques jours un poids qui rend le tout d’une lenteur extrême et consomme une quantité de kilowatts-heures proprement hallucinante. Une simulation montre que le déroulement en bitcoins de l’ensemble des transactions passant aujourd’hui par les systèmes de paiement nationaux aboutirait en quelques semaines à des fichiers lourds de plusieurs dizaines de milliers de gigaoctets.

Il n’y a pas besoin d’être informaticien pour comprendre que les crypto-monnaies constitueraient de ce fait de très médiocres substituts aux monnaies classiques. Alors que ces dernières sont d’autant plus efficaces que les volumes en jeu sont élevés, les effets d’échelle sont complètement inversés dans le cas des crypto-monnaies, ce qui explique d’ailleurs la propension de leurs créateurs à compartimenter les chaînes pour en empêcher l’engorgement.
Pour ces raisons et bien d’autres encore, on considérera avec davantage d’intérêt l’idée de faire émettre de la monnaie électronique par les banques centrales elles-mêmes.

La Riksbank suédoise y travaille sérieusement, dans un pays confronté à la disparition presque complète des transactions en cash (à peine 13% de l’ensemble des paiements aujourd’hui, alors que cette proportion atteignait encore de 39% en 2010) au profit exclusif des systèmes de paiement privés, contrôlés par les agents émetteurs des cartes de crédit et de débit en tout genre. Là, il ne s’agit pas d’une mode, mais d’une tendance de fond qui poserait de sérieux problèmes de sécurité en cas de crise, car le déclenchement de paniques bancaires se ferait alors à la vitesse de l’éclair. D’où la nécessité, jugée impérieuse, de permettre aux banques centrales de reprendre la main, sinon le monopole, sur l’émission de monnaie électronique.

Lien permanent Catégories : Bitcoin, Monnaie 5 commentaires

Commentaires

  • Parce que vous pensez que les monnaies "officielles" ne sont pas virtuelles ?

  • Bonjour,

    Les monnaies courantes traditionnelles sont basées sur la crédulité.

    Une petite histoire circule sur le web : googlez les mots suivants

    iles aux naufragés
    le mystère de l'argent


    Bye

  • Disons que la solidité des monnaies étatiques sont basées sur des non-actifs alors que les monnaies cryptographiques reposent sur des actifs et des algorithmes connus !

  • @Ethe,

    Ces petites histoires ne sont pas réalistes et hors contexte, bien que mignonnes !

    Premièrement des intérêts trop élevés sont contre-productifs, nous l'avons vu avec les subprimes et d'autres exemples, deuxièmement, ils interviennent lorsque des intéressés ont besoins de capitaux afin de développer un projet et non, simplement dans l'exemple d'un outil de transaction.

  • Pour Ethe, puisque les petites théories économiques semblent l'intéresser, au 17ème, un économiste anglais avait expliquer certains phénomènes concernant les interactions entre les segments dans l'économie, c'était Richard Cantillon, à lire !!

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