14/11/2018

Les "somnambules du XXIe siècle", version économique

Les «somnambules du XXIe siècle» (la formule est d’Emmanuel Macron, lors de la campagne présidentielle) n’arpentent pas seulement la scène politique. On les rencontre aussi sur le terrain économique, qu’ils minent à force de contre-vérités et d’initiatives malencontreuses et risquent d’entraîner dans la crise. La mise en pièces du multilatéralisme, la méfiance à l’endroit de la construction européenne, le repli sur soi et le rejet de l’immigration en sont les principales manifestations, à l’Est du continent comme aussi dans nos riches démocraties occidentales. Il ne faut pas se leurrer : la Suisse est tout autant frappée par le phénomène que ses voisins.


Acheter local, privilégier le chez soi sur le voyage au loin, consommer moins pour vivre mieux, toutes ces «bonnes pratiques» érigées en vertus cardinales auront pour effet, une fois réunies, d’amorcer une régression dont il serait insensé d’ignorer le risque. De profondes dépressions, brutalement déclenchées à l’instar de celle des années trente, ne peuvent plus survenir, car on a appris à les empêcher par le truchement de politiques économiques correctement dessinées. Mais de lentes descentes vers la paupérisation demeurent possibles, et semblent même en train de prendre forme.


L’éloge de la sobriété en toutes choses, qui serait contre ? Mais comme souvent en économie, l’addition des bonnes intentions ne conduit pas à un mieux général. Il en résulte au contraire un recul du bien-être, de la même manière que l’adoption par chacun d’un strict comportement d’épargne diminue le revenu global au lieu de l’augmenter. Or les exemples abondent d’initiatives censées sauver la planète qui s’annulent les unes les autres. Prenons le commerce international. Le «rejet massif de la mondialisation» (l’expression est du «démondialiste» Jacques Sapir), qu’une grande majorité appelle paraît-il de ses vœux, ouvre grande la porte à un protectionnisme qui n’est plus considéré comme une erreur majeure mais encensé au contraire comme la remise des économies sur le droit chemin. Bienvenue à bord de cette version moderne de la Nef des fous !

 

On y trouve réunies toutes les fausses bonnes idées, de la renationalisation de secteurs «stratégiques» au rapatriement d’entreprises délocalisées en passant par les préférences nationales en matière d’embauche et le rejet de la libre concurrence.


A notre modeste échelle, il ne se passe pas beaucoup de périodes législatives sans initiatives «contre» (tel projet de réforme de l’imposition des entreprises) ou «pour» (le «maintien des prestations publiques»), qui toutes auraient pour conséquence, si elles étaient acceptées, d’amoindrir l’attractivité du canton et de réduire à la longue les bases mêmes de la prospérité du canton. Mais voilà, elles plaisent à une partie de l’opinion, qui va grandissant au fur et à mesure que le somnambulisme, version locale, s’en empare.


Le danger n’est pas seulement visible à l’international («Les élites n'ont pas conscience de ce qui se passe», relevait récemment Christine Lagarde, la directrice du FMI, dans une interview aux quotidien français Les Echos). Il l’est donc aussi tout près de nous, dans nos affaires les plus quotidiennes sinon les plus banales. Prenons-y garde.

06:47 Publié dans Air du temps, Chômage, Croissance, Financement des retraites | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Bon, une mise en garde pourquoi pas, mais des pistes ce serait mieux non ?
Car je vois mal que nous continuions ainsi, à ce rythme et dans le déni des conséquences sur l'environnement.
Quand on pense qu'en l'espace de 300 petites années, la population aura décuplé, on est bien obligé de réfléchir à la suite et pas simplement constater le ralentissement de la croissance.
Et puis on peut parler de prospérité sereine et sobre mais ces mots semblent arracher la gueule à certains.

Écrit par : Pierre Jenni | 14/11/2018

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