03/10/2018

Le "De l’autre côté de la rue" de Macron

En assurant à un jeune chômeur horticulteur qu’il lui suffirait de traverser la rue pour trouver du travail, Emmanuel Macron a déclenché une avalanche de sarcasmes sur les réseaux sociaux. Avait-il tout tort ? Si les internautes s’en sont donné à cœur joie, la réalité, en apparence en tout cas, n’est pas si éloignée que cela de la leçon présidentielle. La France souffre en effet, comme beaucoup d’autres pays, de la coexistence d’un chômage persistant et d’une importante offre d’emplois non satisfaite.


Mais il y a aussi le constat, déploré par beaucoup d’employeurs, d’une inadéquation complète entre les qualifications requises et le profil présenté par la plupart des candidats à l’embauche. Un horticulteur peut certes trouver un emploi dans l’hôtellerie ou la restauration, mais ce ne sera ni en qualité de sommelier ou de chef cuisinier. Tout au plus se retrouvera-t-il à faire la plonge ou à porter des bagages, moyennant un salaire médiocre et un contrat de courte durée. Car des chefs de rang qualifiés, comme dans l’industrie des soudeurs expérimentés ou des charpentiers dans le bâtiment, la France en manque en nombre et depuis des années. Formations trop longues, peu goûtées, hors de portée de jeunes en décrochage scolaire. Tout cela explique une pénurie de main-d’œuvre qui rime avec un sous-emploi d’autant plus étonnant que la croissance s’était peu à peu affirmée.

En Allemagne – et par conséquent, demain, dans les pays dont l’économie exportatrice en est largement tributaire –, l’horizon conjoncturel est en train de s’assombrir. En cause, outre l’impact du«diesel gate» sur une économie largement tributaire de l’industrie automobile, les nombreuses incertitudes engendrées par le protectionnisme rampant et les zigzags diplomatiques de l’administration républicaine aux Etats-Unis. Mais il y a aussi, élément insuffisamment pris en compte par les prévisionnistes, l’effet de freinage provoqué par une inadéquation grandissante entre offre et demande de travail. Ce serait en tout cas la première fois qu’un ralentissement conjoncturel ne serait pas dû à un fléchissement de la demande, mais à un goulot d’étranglement apparu du côté de l’offre.

On peut en tirer deux conclusions. La première, c’est qu’il faut de toute urgence (car les effets seront longs à se manifester) réorienter les formations scolaires et professionnelles, à défaut de pouvoir puiser les forces nécessaires dans le réservoir d’une immigration partout contestée – alors qu’elle contient plus qu’on ne le croit de qualifications de bon niveau.

La seconde, c’est qu’il est parfaitement illusoire de tabler, comme vient de l’annoncer le gouvernement populiste de Giuseppe Conte en Italie, sur une relance de la dépense intérieure par des programmes d’investissement et des injections de pouvoir d’achat, quand la production bute sur un manque criant de main-d’œuvre qualifiée dans les métiers manuels de la petite industrie et de l’artisanat, qui forment le cœur de l’économie de la Péninsule.

Italie, France, Allemagne : partout, on compte sur une croissance suffisante, qui pour amorcer la décrue d’une dette publique excessive, qui pour assurer le financement d’un régime des retraites menacé par le déclin démographique. Or les indices montrent que la fin du cycle conjoncturel en cours se rapproche, qui viendra doucher ces espoirs.

06:04 Publié dans Air du temps, Chômage, Démocratie, Emploi | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook | | |

Commentaires

L'école ne doit-elle pas apporter des savoirs culturels en premier chef… les êtres humains étant appelés à se développer, à s'enrichir l'esprit, à évoluer, spiritualité comprise (jamais imposer la foi) passant de la pénétration d'esprit à celle de l'élévation du même... le travail rémunéré étant un moyen de survie et de sécurité, non un but!

Imaginer une autre forme de société vouée à l'épanouissement de l'être humain, au respect de la nature et de l'ensemble des êtres humains et bio diversités... donnant chaque jour quelques heures de son temps au service de la société tout en étant payé selon sa situation: seul, en couple, famille, etc. mais fin des hyper riches et, à l'extrême des plus faibles… bien souvent les plus exploités et visés par les maladies professionnelles, mauvaise alimentation, environnement, frustrations variées, etc., (maladies professionnelles:robots prochains évitant peut-être nombre de ces atteintes à la santé) en même temps, ces salariés de misère, que méprisés par les élites et les bien nés.

Avoir réalisé qu'on ne devrait pas imposer à l'être humain un travail qui ne lui convient pas ou ne signifie rien pour lui… lui est étranger ou pose des problèmes éthiques comme les expériences cruelles sur les animaux...

Dès l'école en l'invitant à découvrir et cultiver ses centres d'intérêt tout en étudiant l'indispensable, pour les uns, les études poussées pour les autres tout en cultivant la solidarité et le respect les uns des autres en se fondant sur la conviction du fondateur du scoutisme selon laquelle côte à côte le fils du prince et celui de l'ouvrier s'enrichissent mutuellement

le tout en se demandant, pour l'avenir proche, s'il vaudrait mieux se familiariser avec la langue de l'Empire du milieu ou celle de la civilisation arabe?

Belle soirée.

Écrit par : MB | 03/10/2018

L'école, telle qu'elle fonctionne chez nous, est avant tout une usine à trier ceux qui se débrouillent déjà bien tout seuls, de ceux qui sont "paumés", notamment, au niveau du Collège de Genève surtout, ceux qui réussissent en allemand et en mathématique(s).
En faisant passer d'une année à l'autre, le niveau de réussite scolaire de la moyenne de 3.5 à celle de 4.0, les responsables du DIP ont jeté de la poudre aux yeux du public, tout en allant dans le sens d'une accentuation des difficultés de formation chez nous.
A côté de cette tâche de tri et d'élimination, qui permet à certains d'entre eux, nuls dans la tâche d'éducation, de nuire à des générations d'élèves, ceux qui veulent véritablement faire un effort d'instruction et d'éducation sont vite découragés ou submergés. La "pédagogie", dont les spécialistes nous abreuvent les oreilles, est ainsi reléguée dans des cours de formation (lorsque formation il y a eu) et s'arrête à la porte des écoles.
P.S.
Pour prendre un seul exemple de la prétention suisse à former des étudiants de première qualité, les études d'infirmières sont tellement difficiles que nous ne trouvons dans nos hôpitaux et cliniques que des infirmières françaises payées au lance-pierre selon les salaires suisses, touchant un salaire hors norme selon les critères valables en France.

Écrit par : Mère-Grand | 04/10/2018

Vaste sujet, lorsque l'on veut se débarrasser de son chien, on dit qu'il a la rage, dans le cas présent, quand un pays est structurellement rongé et paralysé par les ponctions de la fiscalité, ils disent que c'est la formation !

Voudriez-vous créer une entreprise en France ?

Dans un tel cas, où vous (si vous êtes un acteur de taille) obtenez quelques centaines de millions dans le cadre d'un "projet de développement" et le gouvernement en plus des millions vous place des stagiaires offerts par les contribuables, ou vous êtes une PME et vous devez employer plus de secrétaires que de travailleurs pour effectuer les tâches administrative, en plus de payer 60% de charges (sociales) pour chacun des salariés !

Avec en cadeau, un code du travail de 2'000 pages et des inspecteurs qui viennent vous annoncer que vos installations ne sont plus compatibles avec les nouvelles normes récemment édictées par l'UE !

Ajoutez à cela les 35 heures et quelques prestations syndicales et vous aurez la recette magique pour foncer dans le mur !

Écrit par : Corto | 04/10/2018

Autre constat, tous les diplômés et personnels hautement qualifiés, pensez-vous qu'il vont rester en France ?

Allez voir en Angleterre, out tout simplement en Suisse et même dans la Silicone-Valley !

Écrit par : Corto | 04/10/2018

Mère-Grand,

Vous dénoncez avec raison la discrimination (également les conditions d'entrée dans une haute école ou à l'université...connaissances ou savoirs nullement requis concernant les disciplines choisies par les jeunes candidats étudiants concernés).

Mais le public... par son indifférence, son égoïsme, son individualisme forcené est complice de la tragique dégradation sociale de ce temps.

Écrit par : MB | 04/10/2018

@MB
Merci de votre compréhension.

Écrit par : Mère-Grand | 04/10/2018

Si les banques voulaient bien investir et encourager les investisseurs dans le développement des innovateurs en Suisse, ce pays serait un exemple mondial, mais voilà, ils préfèrent investir des milliers de milliards dans des régimes qui enferment le directeur d'Interpol !

Écrit par : Corto | 06/10/2018

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