26/09/2018

La vérité sur la finance de l’ombre  

On n’a pas réalisé qu’en renforçant la réglementation du secteur bancaire pour éviter la répétition des événements ayant conduit à la crise de 2007-2008, on allait ouvrir encore plus grande la porte aux acteurs toujours plus nombreux du «shadow banking». Cette finance de l’ombre ne dissimule rien d’illégal ni de criminel. Elle recouvre simplement les activités d’intermédiation financière menées en dehors des banques par tout ce que le monde compte d’institutions non bancaires : compagnies d’assurance, caisses de pensions, fonds d’investissement, hedge funds, opérateurs du «private equity», sociétés d’affacturage, de leasing, mais aussi services publics, constructeurs automobile, émetteurs de cartes de crédit, etc., etc.


 

Cette finance non bancaire, donc non régulée ou si peu, gagne d’année en année en importance. Selon les dernières estimations du Financial Stability Board (Conseil de stabilité financière regroupant l’ensemble des pays du G20, et domicilié auprès de la Banque des règlements internationaux)*, elle représentait à fin 2016 un actif total de 160 billions de dollars, soit presque la moitié de l’ensemble des actifs de la sphère financière tous acteurs confondus (340 billions), et davantage même que les seules banques (138 billions). On y trouve des noms tels que Blackrock, Vanguard, State Street, Fidelity, géants mondiaux de la gestion d’actifs, enrôlant dans leurs conseils d’administration et leurs directions les plus belles pointures de la finance.

Les instances de régulation et de surveillance s’inquiètent à bon droit de cette masse d’actifs et surtout de crédits se baladant hors de tout contrôle sur les marchés les plus divers et contribuant de manière déterminante à l’endettement global de la planète. La majorité des pourvoyeurs non bancaires de crédit ont certes les reins solides et résisteraient sans broncher au défaut de leurs débiteurs. Mais il subsiste à côté d’eux bon nombre d’acteurs présentant un vrai risque systémique pour toutes sortes de raisons, et notamment pour la raison qu’ils se refinancent eux-mêmes en empruntant à court terme ou à des conditions susceptibles de déclencher l’équivalent des paniques bancaires («bank runs») dans la sphère financière classique. Or ce sont précisément ces acteurs-là qui affichent depuis quelques années la plus forte progression. En moyenne, note le FSB, les seuls organismes de placement collectifs présentant une structure qui les expose à de tels risques – fonds de placement ouverts («open ended»), credit hedge funds ou encore money market funds – enregistrent depuis 2011 une croissance annuelle de 13%.

Le «shadow banking» ne fut certainement pas le premier responsable de la crise, même si, par certains de ses aspects (on se souvient des «Special Purpose Vehicles» (SPV), ces véhicules de financement utilisés dans le cadre de la titrisation des subprimes aux Etats-Unis), il y a joué le rôle de déclencheur. Mais son développement accéléré pose à nouveau la question centrale du risque de liquidité : comment éviter, si la confiance venait soudain à disparaître, que les marchés concernés ne s’assèchent d’un coup et n’entraînent, par réaction en chaîne, une paralysie de secteurs entiers tenus jusqu’ici pour sûrs et y provoquent un effondrement des prix qui viendrait se rappeler à notre bon souvenir…

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