29/08/2018

Les turqueries de Donald Trump

Entre le président américain et l’autocrate au pouvoir à Ankara, il n’y a pas grand-chose de commun, sinon une même et profonde aversion pour tout ce qui viendrait contrecarrer leurs projets respectifs de grandeur, et singulièrement leur désir d’apposer leur marque sur des économies qui seraient maintenues grâce à eux en perpétuelle croissance. Côté turc, l’exercice est raté, non seulement en raison des sanctions imposées par Washington pour les motifs qu’on connaît, mais aussi parce que l’économie turque, frappée depuis des années de déséquilibres qui n’ont cessé d’augmenter, est au surplus malmenée par les visions absconses d’un président fâché avec les mécanismes monétaires les plus élémentaires.


De son expérience d’homme d’affaires ayant réussi dans l’immobilier, Donald Trump s’imagine quant à lui pouvoir tirer un profit qui l’autorise à dépasser, en matière de conduite de l’économie, tout ce que ses prédécesseurs auraient pu faire valoir, jusqu’au pilotage de la politique monétaire, chasse pourtant gardée du Federal Open Market Committee, le comité d’open market de la Réserve fédérale. C’est pour cela qu’il ne manque pas une seule occasion d’exprimer son désaccord avec le président de celle-ci, le juriste Jerome Powell, qu’il avait pourtant choisi comme successeur de la brillante (mais nommée par Obama) Janet Yellen à la tête de l’institution. Or, contre son attente sinon celle des vrais connaisseurs de la Fed, le nouveau président de la Réserve fédérale a continué de suivre la voie tracée par l’autorité monétaire depuis le retour de la croissance, savoir l’option de procéder à un resserrement graduel des liquidités afin d’éviter le retour de l’inflation.

Oh, Jerome Powell y va mollement, partageant avec la majorité des autres membres du FOMC le souci de ne pas interrompre inopinément la bonne marche d’une économie encore et toujours placée, selon eux, sous plusieurs épées de Damoclès (un fort endettement du secteur privé, une productivité en berne, le choc en retour de sanctions commerciales décidées à la va-vite). Mais Powell persiste à programmer un resserrement monétaire contre la volonté d’un Trump qui, sur ce point, rejoint Recep Tayyip Erdoğan dans une même aversion pour tout ce qui ressemble à une hausse des taux d’intérêt.

Les marchés non plus n’aiment guère la perspective de taux plus élevés, comme en attestent les mouvements alternatifs de la Bourse et des cours de change à chaque fois qu’une nouvelle déclaration vient contredire la déclaration précédente. Mais il n’empêche que la tendance générale des politiques suivies par les banques centrales est bien celle d’un retour progressif à la normale, c’est-à-dire d’un niveau de taux d’intérêt nettement supérieur au quasi zéro qui a prévalu depuis bientôt dix ans.

Toute la difficulté réside dans la détermination du rythme auquel doit s’opérer le rétablissement. Jusqu’ici, la Réserve fédérale a réussi cette délicate manœuvre entre Charybde – une replongée dans la crise – et Scylla – un retour de l’inflation. Parviendra-t-elle à maintenir le cap, ou les coups de boutoir assénés par un président américain aux imprévisibles sautes d’humeur réduiront-ils à néant, après tant d’autres, l’un des derniers pans de l’ordre économique mondial ?

07:16 Publié dans Banques centrales, Dette, Etats-Unis, Inflation/déflation, Taux d'intérêt | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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