23/08/2018

Les déficits, une histoire d’œuf et de poule

La France affiche régulièrement des déficits commerciaux, que l’on explique généralement par la faiblesse de sa compétitivité, le manque d’originalité de sa production industrielle, ou encore l’insuffisance de son épargne. Mais tout cela passe à côté d’un problème plus général, estiment certains économistes français, qui rejoignent sur ce point ceux de leurs collègues américains qui voient dans l’excès d’épargne du reste du monde, tous pays confondus, la cause première du déficit extérieur des Etats-Unis. Dans le cas de la France, postule un chroniqueur des Echos, cest essentiellement l’Allemagne, avec son énorme et persistant excédent courant, qui serait la contrepartie nécessaire, et dans une certaine mesure causale, du déficit commercial qu’enregistre, année après année, l’économie française.


Le cheminement emprunté par la thèse est assez tortueux. Dans un monde, respectivement une zone monétaire unique, où règnent l’incertitude et son corollaire, la recherche de sécurité, les placeurs de capitaux privilégient évidemment les actifs les plus sûrs, libellés en l’occurrence en euros. Les obligations d’Etat allemandes seraient naturellement le premier choix. Mais elles sont rares, parce que très recherchées, et par définition peu abondantes, puisque l’Allemagne est viscéralement attachée à la rigueur budgétaire et dégage de ce fait une forte épargne. Or, en dehors d’elle, quels sont les pays de la zone euro dont les titres de dette pourraient jouer le même rôle ? Eh bien, la France précisément, même si ses obligations assimilables du Trésor (OAT) font figure de deuxième choix par rapport aux «Bund» allemands. Ce ne seraient en tout cas pas les titres de dette émis par l’Italie ou l’Espagne, pays aux prises avec d’importantes difficultés budgétaires, même si, à l’inverse, leurs comptes extérieurs bouclent par des soldes positifs.

D’où l’émergence de ce curieux binôme franco-allemand, qui conduit le chroniqueur à définir ce qu’il appelle «une relation assez symbiotique» dans laquelle «les excédents allemands ont besoin des déficits français», de manière analogue à la position tenue par les Etats-Unis dans leur rôle de fournisseurs de la monnaie la plus répandue: si le reste du monde veut du dollar, il faut bien que les Etats-Unis en exportent. Donc la France, comme les Etats-Unis, doit dégager des déficits, budgétaires d’abord, extérieurs ensuite, pour satisfaire la condition d’équilibre général qui veut qu’à un trop-plein d’épargne corresponde un excès de dépense.

L’équation macro-économique a pour elle la beauté formelle, mais elle ne tranche pas la question de savoir ce qui, de l’œuf ou de la poule, est arrivé en premier. Les déficits français sont-ils la réponse aux excédents allemands, ou n’est-ce pas plutôt parce que la France importe trop et n’exporte pas assez qu’une économie aussi compétitive que l’allemande peut s’engouffrer dans la brèche ainsi ouverte dans les comptes courants de la balance extérieure française ?

 

14:29 Publié dans Croissance, Dette, Finances publiques, gouvernance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

Les commentaires sont fermés.