01/08/2018

Raiffeisen: de l’utilité des coopératives

Les turbulences récemment traversées par Raiffeisen démontrent à quels désagréments peut conduire la forme coopérative lorsqu’elle s’applique au monde de la finance. Le troisième groupe bancaire helvétique ne doit bien entendu pas les mésaventures qu’il a connues à sa seule forme juridique. D’autres banques, et non des moindres, ont eu affaire à des tracas d’une autre envergure, alors même qu’elles constituaient des sociétés anonymes pur sucre – que l’on songe simplement aux circonstances ayant entouré la fusion entre UBS et SBS, ou aux déboires d’autres mastodontes telle la Deutsche Bank. Mais se rappelle-t-on encore des péripéties qui avaient conduit à l’époque la Banque Populaire Suisse, cette autre banque coopérative, à finir entre les mains du Crédit Suisse ? A l’origine de ses multiples déconvenues, on retrouve, comme pour Raiffeisen, une défaillance dans le mode de gouvernance, qu’il faut bien imputer à la forme coopérative. Car à la différence de ce que l’on observe pour les sociétés anonymes, la surveillance exercée par le conseil d’administration sur la direction de la coopérative pêche par plusieurs aspects : une absence – ou une insuffisance – de pression sur les organes dirigeants de la part des coopérateurs (ou de leurs délégués dans le cas des grandes coopératives), une lenteur dans la prise de décision, et bien souvent une connaissance lacunaire des membres de la coopérative du domaine dans lequel celle-ci est active. Dans ces conditions, des managers peu scrupuleux, ou tout simplement imprudents, ont toute liberté d’engager l’entreprise dans des aventures risquées. A quoi s’ajoute une certaine fragilité structurelle sur le plan financier, puisque la forme coopérative, lorsqu’elle s’applique à la banque, rend difficile le processus de recapitalisation en cas de besoin urgent de refinancement.


A contrario, la réussite de la forme coopérative dans le commerce de détail n’est plus à démontrer, encore que le succès de ces deux géants de la distribution que sont les groupes Coop et Migros ne soit pas uniquement redevable à leur structure juridique, mais tienne probablement aussi à des circonstances particulières rencontrées à certaines étapes de leur développement. Le hasard faisant parfois bien les choses, l’un comme l’autre des deux groupes ont eu en effet la chance d’être dirigés à un moment donné par des patrons – ou des équipes – d’une rare clairvoyance. Ce qui n’empêche que l’on puisse se demander jusqu’à quand, sur des marchés en plein bouleversement, nos deux géants pourront demeurer fidèles à leur forme coopérative.

Moins emblématique, et surtout peu répandu du moins en Suisse romande, le logement coopératif bénéficie d’un regain d’intérêt dans les agglomérations urbaines où on l’imagine plus apte que les autres formes de propriété à résister à la hausse des loyers et des charges immobilières. Ce que leurs adeptes omettent de souligner, c’est que les coopératives d’habitation bénéficient la plupart du temps d’aides publiques sous diverses formes, à défaut desquelles leurs plans financiers déboucheraient sur des niveaux de loyers et de charges similaires à ceux des autres formes de logements. Et comme viennent de le signaler de récentes études, ces logements en coopérative demeurent inaccessibles à certaines des catégories sociales auxquelles ils devraient en principe se destiner. Mais ne faisons pas la fine bouche : si la formule permet de contribuer fût-ce modestement au rééquilibrage d’un marché du logement encore et toujours frappé de pénurie, eh bien encourageons les coopératives d’habitation!

07:23 Publié dans Banques suisses, Concurrence, Démocratie, Ethique, gouvernance, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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