18/07/2018

Prestidigitations italiennes

De toutes les économies européennes, Grèce mise à part, l’Italie est sans doute celle qui a le plus souffert de la crise financière. Après une forte secousse entre 2008 et 2009
(-7% au cumul), son produit intérieur brut réel a pratiquement stagné, au point que le revenu disponible par tête n’y a toujours pas rejoint le niveau qui était le sien avant la création de l’euro. Ce qui fait dire à beaucoup d’Italiens qu’avec la lire, tout irait beaucoup mieux.


Ils ont tort, non seulement parce qu’une sortie de l’euro s’accompagnerait d’une cascade de faillites, de ruptures contractuelles et de dérives budgétaires en regard desquelles les problèmes actuels du pays apparaîtraient bien minces, mais aussi, et peut-être surtout, parce que les maux dont souffre l’économie italienne plongent leurs racines dans un passé lourd d’erreurs de politique, d’insuffisances de gestion et de déséquilibres (entre le nord et le sud, entre centre et régions, entre mains publiques et initiatives privées) qu’aucun gouvernement n’a su jusqu’ici réduire.

Pour autant, l’Italie n’est pas une quantité négligeable. Troisième économie de la zone euro, huitième ou neuvième économie mondiale – devant ou derrière le Brésil selon les sources – elle continue de figurer parmi les grandes puissances du G7. Mais c’est précisément à raison de sa taille que son incapacité à sortir de l’ornière inquiète. Si son endettement public, voisin de 132% du PIB à la fin de 2017, semble se stabiliser, ses comptes demeurent plombés par le lourd fardeau d’un stock de créances impayées («non performing loans»), équivalant à quelque 21% du PIB, qui pèse sur son secteur bancaire, et d’une productivité totale des facteurs, à la traîne de toutes les autres économies de la zone, bien trop faible pour engager le pays sur une pente de croissance qui lui permettrait de faire reculer durablement le chômage.

Entre autres singularités, il en est une qui retient de plus en plus l’attention des observateurs: c’est la montée, continue depuis 2011, du solde net des engagements de la Banque centrale d’Italie envers la BCE dans le cadre de TARGET2, la plateforme de paiement interbancaire transfrontalier propre à l’Eurosystème. Ce système de règlement brut en temps réel (TARGET est l’acronyme de «Trans-European Automated Real-Time Gross Settlement Express Transfer System»), qui en est à sa deuxième version (d’où la terminaison «2»), permet l’exécution quasi immédiate de virements entre banques dans l’ensemble de la zone euro, virements imputés aux comptes que ces banques entretiennent auprès de leurs banques centrales respectives, elles-mêmes membres du SEBC (Système européen de banques centrales) chapeauté par la BCE.

Dans un régime monétaire à banque centrale unique, tel le nôtre, où la BNS administre les comptes de virement de toutes les banques du pays, les soldes nets des transferts entre banques se compensent par définition et n’apparaissent pas comme tels dans la statistique bancaire. Dans un système à deux étages, tel celui de la zone euro, des écarts peuvent apparaître entre soldes créditeurs et soldes débiteurs. Et celui, de plus en plus manifeste, entre le solde créditeur de la Bundesbank allemande (956 milliards d’euros au total à la fin de mai) et celui, débiteur, de la seule Banca d’Italia (465 milliards) fait dire à beaucoup que les déficits italiens sont en réalité bien plus importants que ceux affichés par la comptabilité officielle. Ou que les sorties de capitaux outrepassent considérablement l’excédent toujours positif de la balance des paiements, comme le relève le FMI. Nihil novum sub sole

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