20/06/2018

Un dette à plus d’un billion de francs

Le marché immobilier s’est paraît-il stabilisé l’an dernier en Suisse. Les prix auraient même légèrement reculé pour les appartements en PPE, et à peine augmenté pour les maisons individuelles. La situation dans les grands centres urbains n’est évidemment pas celle des régions périphériques. A Genève par exemple, les prix moyens demeurent très élevés. A Zurich ou Bâle également, même si à certains égards la situation hors centre-ville y est moins tendue.


 

En revanche, le volume des prêts hypothécaires a poursuivi sa belle ascension. En un an, de mars 2017 à mars 2018 (dernière statistique disponible), le total des créances hypothécaires de l’ensemble des banques actives sur le marché suisse a augmenté de 2,7% pour friser les 992 milliards de francs. Si l’on y ajoute la part des autres fournisseurs de crédit (assureurs, caisses de pensions, etc.), le billion est même dépassé : selon la FINMA, le volume total des hypothèques suisses enregistré à fin 2017 s’est en effet élevé à 1008 milliards. On dépasse ainsi 140% du produit intérieur brut, ce qui confirme la première place de la Suisse au palmarès de l’endettement hypothécaire, et illustre la rapidité avec laquelle cette proportion a été atteinte (elle n’était que de 100% du PIB en 2000).

Les raisons de pareille ascension sont connues. Le bas niveau des taux hypothécaires et celui, comparativement élevé, des loyers ont incité bon nombre de ménages à opter pour la propriété de leur logement. Dans le secteur commercial, une anticipation sans doute trop optimiste des besoins futurs d’espace n’a pas découragé l’activité de construction, avec pour résultat un stock actuellement pléthorique de nouvelles surfaces, surtout à Genève. Mais il n’y a pas que la demande de crédits hypothécaires. Il y a aussi, de la part des pourvoyeurs de fonds à la recherche de placements plus lucratifs que ceux dégagés par les autres classes d’actifs, une intensification de la quête de nouveaux clients, particulièrement marquée pour certaines banques.

Essayons d’y voir un peu plus clair. Si l’on prend, pour simplifier, les trois catégories de banques les plus actives sur le marché hypothécaire (banques cantonales, grandes banques, groupe Raiffeisen, qui totalisent à elles trois 80% du marché) et quatre cantons urbains où leur présence est dominante (Zurich, Vaud, Bâle-Ville, Genève), on constate d’intéressantes évolutions. Tout d’abord, deux de ces trois catégories bancaires, celles des banques cantonales et de Raiffeisen, y ont massivement augmenté leurs prêts au cours des dix dernières années, les premières de près de 65%, et les secondes carrément de 100%, tandis que les grandes banques ont nettement ralenti leur présence (+17%). Les deux cantons, parmi ceux retenus, qui ont connu entre 2007 et 2016 (dernière année disponible) la plus forte progression du crédit hypothécaire accordé par les trois catégories de banques sont Vaud (+51,6%) et Genève (+50,7%), alors que dans ceux de Zurich (+39,8%) et surtout de Bâle (+27,4%), ces banques ont été moins actives que dans l’ensemble du pays (+41,9%). Enfin, les grandes banques dominent encore largement à Genève : leur part du marché y est deux fois et demie supérieure à celle des banques cantonales, alors que les deux catégories se tiennent dans le canton de Vaud, où le groupe Raiffeisen, particulièrement actif,  a plus que doublé son encours hypothécaire en l’espace de 10 ans.

Il n’est donc pas exagéré d’affirmer que c’est dans l’arc lémanique que les risques hypothécaires sont les plus élevés. La FINMA, autorité de surveillance, y est certainement très attentive.

 

(Toutes ces séries statistiques sont disponibles sur le portail de données de la Banque nationale suisse)

06:28 Publié dans Banques suisses, Dette, Genève, Immobilier, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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