13/06/2018

La question de la monnaie, un vrai casse-tête

Maintenant que les passions sont retombées (à vrai dire assez peu nombreuses sur ce sujet-là, qui n’a pas soulevé les foules), reprenons sereinement la question, mal posée par les initiants, de la monnaie. On a voulu confier (ou plutôt rendre) à la Banque nationale le monopole de la création monétaire, ce qui est au fond une tautologie, puisque la seule monnaie, au sens strict du terme, est bel et bien la monnaie dite fiduciaire légale (les billets et les pièces, y compris les réserves auprès de la BNS). Les dépôts bancaires sont en réalité des créances sur les banques, et ils ne (re)deviennent de la monnaie (du «cash») qu’à l’occasion des retraits.


Par abus de langage, les économistes ont peu à peu étendu la notion de monnaie au support scriptural étayant les différentes modalités de paiements : virements de compte à compte, règlements de factures, versements de loyers, d’intérêts, de dividendes, etc. De la sorte, l’ensemble du trafic des paiements administré par le truchement des banques est désormais assimilé à des mouvements de monnaie, alors qu’il n’est en réalité qu’un ensemble de jeux d’écriture, la monnaie au sens strict ne réémergeant que sous forme d’encaisses liquides dans les poches et les coffres.

Le seul moyen de sécuriser totalement les dépôts bancaires servant au trafic des paiements, ou «M1» (les dépôts d’épargne n’en sont pas même si, statistiquement parlant, ils sont considérés comme de la «quasi-monnaie», ou «M2» – voire «M3» s’ils incluent les dépôts à terme) serait évidemment de les transformer, comme le suggérait l’initiative Monnaie pleine, en dépôts de monnaie fiduciaire légale, ou M0, ce qui a fait hurler les opposants. Avec quelques bonnes raisons, puisque cela aurait complètement chamboulé l’organisation bancaire, et transformé littéralement la banque centrale en «cash machine».

La solution existe cependant. Elle passera, un jour, par ce qu’on pourrait appeler de la monnaie électronique de banque centrale. Il existe déjà des e-monnaies privées, telles les crypto-monnaies du type bitcoin. Pourquoi pas, alors, des e-monnaies publiques, c’est-à-dire des monnaies électroniques «émises» par les banques centrales, détenues sous forme de dépôts du public auprès de celles-ci, donc constituées de créances sur l’émetteur, mais créances 100% sûres, à la différence des créances sur les banques commerciales, toujours soumises aux risques d’illiquidité ou d’insolvabilité de celles-ci.

L’organisation logicielle et logistique du trafic des paiements (la tenue des comptes, en somme) qui est aujourd’hui l’affaire des banques, toujours intercalées entre les deux parties d’une même transaction (sauf dans les règlements en «cash»), pourrait finir par s’effacer au profit de la généralisation des techniques dites de «blockchain» qui se passent complètement de l’intermédiation bancaire.

On n’aurait plus besoin de banques ? Dans ce rôle-là, en effet. En revanche, la rencontre de l’offre (d’épargne) et de la demande (d’investissement) que les banques organisent et facilitent demeurera leur prérogative naturelle. Il n’y a nul besoin pour cela qu’elles mobilisent de la «monnaie» créée par elles-mêmes. Epargne et investissement sont des grandeurs économiques réelles, qu’il ne fait pas confondre avec les formes monétaires qu’elles empruntent.

Tout cela paraît compliqué, confus et s’embrouille dans la tête du commun des mortels. Il faudra bien, pourtant, s’y atteler sérieusement, car trop de choses en dépendent.

05:20 Publié dans Banques centrales, Monnaie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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