06/06/2018

Commerce : l’erreur américaine

Trump se trompe. En détruisant l’ordre multilatéral que les Etats-Unis ont eux-mêmes construit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour le remplacer par une série de matches de catch à deux gagnables à la seule force du poignet, il commet une quintuple erreur.


1° L’origine du déficit abyssal de la balance américaine n’est pas dû, comme lui et son administration semblent en être convaincus, à la fermeture des marchés étrangers aux produits américains, mais au fait que les Etats-Unis consomment davantage que ce qu’ils sont capables de produire. Une autre manière de présenter la chose est d’expliquer le surplus d’épargne du reste du monde par la persistance d’un excès de consommation américain, puisque à l’échelle de la planète entière l’un égale nécessairement l’autre.

2° Un rééquilibrage du commerce secteur par secteur, voire produit par produit, n’aurait aucun sens, non seulement parce que des pommes américaines ne s’échangent pas nécessairement contre des poires européennes ou chinoises (les principaux produits d’exportation américains vers la Chine sont, après les avions, les graines de soja, pendant que la Chine exporte surtout des téléphones cellulaires et des ordinateurs*), mais aussi parce qu’une balance qui serait équilibrée selon le vœu du président américain continuerait par la force des chose à se décliner en une multitude de déficits et d’excédents tantôt sectoriels, tantôt bilatéraux.

3° Une balance commerciale équilibrée succédant à des décennies de soldes passifs exercerait fatalement une pression à la hausse du taux de change, puisque elle ferait disparaître, toutes choses égales par ailleurs, l’excès d’offre sur la demande de dollars, et réduirait d’autant le peu de compétitivité des produits américains y compris sur leur propre marché.

4° Une taxation de l’acier et d’autres produits importés aux Etats-Unis soulagerait peut-être momentanément les producteurs nationaux soumis à la concurrence étrangère, mais elle aurait nécessairement pour effet de réduire, via la hausse des prix, la demande domestique pour les mêmes produits, donc la production et l’emploi global que Trump promet pourtant de défendre.

5° Les mesures punitives d’ores et déjà annoncées ou en voie de l’être à l’encontre de la Chine et d’autres partenaires devenus adversaires commerciaux ne peuvent qu’exercer un effet dépresseur sur la conjoncture mondiale et réduire d’autant les chances de succès des exportateurs américains, ce qui conduirait ipso facto à une dégradation supplémentaire de la balance commerciale des Etats-Unis.

Ces banales vérités avaient déjà été oubliées dans les années trente, avec les conséquences que l’on sait : un repli protectionniste entretenu par une série de mesures isolément compréhensibles mais globalement funestes, qui engendra un recul massif des échanges internationaux, une profonde dépression, la montée d’extrêmes populismes, et finalement la guerre. Il serait vraiment dommage, et dévastateur pour tout le monde, que les mêmes erreurs se produisent à nouveau à quatre-vingts ans de distance.

 

* Cf. Martin Wolf dans le Financial Times du 8 mai 2018 (“Donald Trump declares trade war on China”)

 

07:39 Publié dans Chine, Concurrence, Croissance, Etats-Unis, gouvernance | Lien permanent | Commentaires (13) | |  Facebook | | |

Commentaires

"...et finalement la guerre."

On peut légitimement se demander si ce n'est pas la finalité recherchée de la démarche lorsqu'on sait que l'industrie de l'armement est la plus importante et profitable principalement pour les USA qui tentent de garder le leadership mondial en alimentant artificiellement des foyers de tension ici ou là.

On peut aussi se poser des questions sur la suprématie de la FED qui donne le ton aux banques centrales de tous les pays exceptés l'Iran, la Corée du Nord et Cuba. https://www.youtube.com/watch?v=31xI8joRnCw

A cela s'ajoute le souci de certains de voir la population mondiale radicalement réduite pour pouvoir jouir infiniment des ressources de la Terre et viser l'immortalité.

Écrit par : Pierre Jenni | 06/06/2018

"A cela s'ajoute le souci de certains de voir la population mondiale radicalement réduite pour pouvoir jouir infiniment des ressources de la Terre et viser l'immortalité."
Remarque amusante, effrayante et peut-être même prophétique. Adjectif à choisir, parmi d'autres, en fonction de sa vision du monde et de sa résilience mentale.

Écrit par : Mère-Grand | 06/06/2018

"Remarque amusante, effrayante et peut-être même prophétique." Amusante surtout, parce que même une bonne vieille guerre même très meurtrière - pour les autres, bien sûr...- ne change pas grand chose à la courbe effrayante de l'explosion démographique de ces cellules cancéreuses qu'on appelle humains...
La seule chose qui mettra fin précisément à ce cancer, c'est le même processus qui créé le pétrole : la mort par submersion par ses semblables et la fin totale des ressources disponibles.

Écrit par : Géo | 06/06/2018

Trump est le seul, contrairement à l’Europe, à tirer des leçons des années trente et vous le critiquez! Quant à une troisième guerre mondiale c’est aux européens à qui on doit les deux guerres mondiales et non aux américains! De plus, les mentalités ont bien changé depuis........ Aujourd’hui les assassinats - contre les israéliens, donc des juifs, eux, sont parfaitement ignorés - sont suivis d’une « marche blanche » et ne sont plus vecteurs de guerres mondiales.......

Bonne journée

Écrit par : Patoucha | 06/06/2018

Vous ne parlez guère de l'Europe ?

Obama a laissé les USA dans un état déplorable et à situation déplorable, ne faut-il pas soigner le mal par le mal ?

D'accord avec Patoucha, de plus les guerres, lorsqu'elles ne sont pas militaires, ne sont-elles pas économiques, et si dans les années 30 les USA avaient cessé toutes les relations commerciales déficitaires, que le fascisme européen aurait sombré ?

Et ne me parlez pas uniquement du fascisme allemand, de grâce !!

Écrit par : Corto | 06/06/2018

Juste un exemple, actuellement 70% des transports militaires français et OTAN dépendent d'avions russes !!!

SALIS [Solution intérimaire pour le transport aérien stratégique], attribué à l’Otan aux compagnies Volga-Dnepr [Russie] et Antonov DB [Ukraine].

Écrit par : Corto | 06/06/2018

"Trump est le seul, contrairement à l’Europe, à tirer des leçons des années trente et vous le critiquez!" C'est tout de même assez effrayant de lire des conneries pareilles et de constater que le maître des lieux ne réagit pas. C'est son blog, ce serait à nous de faire le service minimum ?

Écrit par : Géo | 06/06/2018

C'est parti le guide suprême du parti central Géo-stratégique aimerait pouvoir censurer tout ce qui ne va pas dans le sens de la doctrine universelle !

Allez Géo, va nous faire des cafés !

Écrit par : Corto | 06/06/2018

Vous le savez fort bien, Géo, les conneries des uns sont les vérités des autres et visse le versant, comme le disait ma grand-mère. Le maître des lieux n’a pas à intervenir, la liberté de s’exprimer reste un droit fondamental et vous en usez bien vous-même, me trompe-je ?

De retour de voyage, ai bien lu sur un blog voisin que le concept du modèle standard, improprement appelé Big Bang et qui décrit un Univers primordial chaud et dense, pour faire très court, ce modèle donc allait s’effondrer comme un château de cartes. Mes amis de Sauverny ont bien ri et Mario Jelmini n’est pas intervenu pour autant. On se doit d'intervenir sur la forme, quand fleurissent les noms d'oiseaux.

Écrit par : Gislebert | 06/06/2018

Cette théorie du big-bang est tout aussi farfelue que le dogme catho qui imposait que la terre fut plate !

Écrit par : Corto | 07/06/2018

La FED va relever ses taux d'intérêts, comment l'Europe va t'elle résister ?????

Écrit par : Corto | 11/06/2018

Si la BCE continue de resserrer son dispositif plus précautionneusement que ne le fait la FED, l'euro baissera un peu face au dollar et les exportateurs européens ne s'en plaindront sûrement pas! Tout autre est évidemment la position des pays tiers endettés en dollars, ce qui n'est pas le cas de ceux de la zone euro, plutôt créanciers des Etats-Unis.

Écrit par : Marian Stepczynski | 11/06/2018

Marian, sauf que les investissements vont plutôt s'orienter des taux d'intérêts attractifs !

Le taux de chômage n'ayant jamais été aussi bas depuis 40 ans aux USA devrait également encourager les investisseurs, sans compter que les USA vont faire de sérieuses économies en plus de ne plus financer la mafia du "présideur" Abbas élu à vie, va pouvoir couper son son budget militaire dans la péninsule coréenne !

Nous verrons également comment vont se comporter les européens avec le financement de l'OTAN. Ce qui semble aussi devoir alléger les dépenses et voir augmenter les ventes !

Vous le verrez, contrairement aux annonces de la presse orientée, plus les USA rééquilibreront leur balance importations(exportations et plus le dollar sera apprécié !!

Vous parlez de la zone euro, ne pas négliger que l'Angleterre augure un net retrait sur les marchés européens et s'oriente plutôt vers Wall-Street, que 90% des investissements faits en Europe sont accompagnés de mesures fiscales peux rentables pour les états et, par contre, très rentables pour les investisseurs, que ces investissements touchent de plus en plus les pays de l'Europe de l'Est afin d'orienter un rééquilibrage au sein de l'Euro, alors l'Euro dans beaucoup de cas. continue de produire d'importantes marges bénéficiaires aux investisseurs, cela avec des contrats déficitaires pour les états tel que c'est le cas depuis quelques années, cela ne va pas renforcer la monnaie européenne, bien au contraire !

Disons pour faire simple, que la dette US s'oriente vers une baisse conséquente, ce n'est pas du tout le cas de l'Europe !

Bien à vous !

Écrit par : Corto | 12/06/2018

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